Insolite : l’extrême droite est au second tour, la presse locale et certains syndicats dénoncent la gauche


Spirale de la défaite et diffamations : «risque de débordements» et «allusion voilée à la présence de militants du groupuscule d’ultra-gauche Nantes révoltée»


Dans cet article, on apprend que «Solidaires 44 appelle à manifester contre l’extrême droite» mais que «par crainte de débordements, les autres syndicats ne seront pas présents dans le cortège». En effet, le syndicat Solidaire prend ses responsabilités, et rappelle que «le RN n’est pas un parti comme les autres ​et que le choix de l’extrême droite ne fera qu’empirer la crise sociale et la crise écologique, générer et attiser la haine, le racisme et la violence». Un discours évident, minimal, mais visiblement même pas partagé largement. En effet, Presse Océan expliquait que «la CGT et la FSU ne se joignent pas à l’appel de Solidaires. Les contours de la manif ne sont pas clairs, ni dans le mot d’ordre, ni dans les organisations appelantes». Si l’extrême droite au second tour n’est pas une situation «claire» pour les autres syndicats, il y a de quoi s’inquiéter.

La responsable de la FSU, le syndicat des profs, qui a été en dessous de tout durant le quinquennat, abandonnant les enseignants aux humiliations régulières du ministre Blanquer, ne réagissant même pas face aux gestes désespérés de profs, ni lorsque la police réprimait les élèves, appelle à la «prudence». La permanente locale, Catherine Tuchais évoque le «risque» d’une «faible mobilisation ou des débordements qui ne feraient qu’alimenter le vote contre lequel on lutte​». Le niveau de défaite est tellement intégré dans les appareils syndicaux que leurs responsables se déclarent vaincus avant même d’avoir envisagé de combattre. Autant dire qu’avec un tel état d’esprit, la résistance n’aurait tout simplement jamais existé. Pire, si l’on suit cette logique, il faut refuser toute révolte car cela pourrait «alimenter» l’extrême droite. Tout va bien, restons chez nous, en attendant que Bolloré ait totalement normalisé les idées fascistes dans le pays.

Le journaliste de Presse Océan voit dans cette intervention de la FSU «une allusion voilée à la présence dans le cortège de militants du groupuscule d’ultra-gauche Nantes Révoltée». Nous voilà au cœur du sujet. L’enjeu de l’article était simplement de faire peur : le danger, ce n’est pas Le Pen à l’Élysée, mais l’hypothétique présence de Nantes Révoltée dans un cortège. Rappelons à nos confrères de Presse Océan que Nantes Révoltée n’est pas un «groupuscule ultra» mais un média, par ailleurs menacé de dissolution par un ministre autoritaire. Même le préfet de Loire-Atlantique reconnaissait en janvier dernier qu’une dissolution de notre média posait des questions de liberté de la presse. Presse Océan serait-il donc moins bien informé, ou moins sensible au droite de la presse que la préfecture ?

Pour finir en beauté, le dernier mot revient aux syndicats «responsables» : «la CFDT et l’Unsa, qui ont appelé à voter Emmanuel Macron se démarquent clairement de l’initiative de Solidaires et de son mot d’ordre ambigu». Ces courroies de transmission du Macronisme, qui ont accompagné le programme de casse sociale inouïe du gouvernement, estiment que voter blanc c’est être «complice de l’arrivée possible de Marine Le Pen au pouvoir. On ne peut pas dire non à l’extrême droite sans aller au bout de la démarche.» Aller au bout de la démarche, c’est donc selon eux refuser toute mobilisation réelle contre l’extrême droite et les causes de son ascension, mais voter Macron. Fascinant.

Résultat samedi 16 avril : une belle mobilisation, 3000 manifestants et manifestantes sous le soleil, de tous horizons, avec beaucoup de jeunes en tête de cortège. Pas de débordements en dehors de provocations de la police. Des structures institutionnelles, en dehors du syndicat Solidaires, toujours plus coupées du réel. Il était possible de réussir un rassemblement encore plus massif, plus déterminé, plus populaire. Comme lors de la venue d’Eric Zemmour à Nantes, autre événements lors duquel les syndicats avaient, déjà, brillé par leur absence. Pour faire face au quinquennat qui vient, tout est à réinventer.

Retrouvez notre récit de la manifestation et de nombreuses photos ici :

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