Criblé de balles par la police, Nordine risque 4 ans de prison pour refus d’obtempérer !


Violences d’État et inversion accusatoire : la victime sur le banc des accusés


La scène, terrifiante, a été filmée par un automobiliste le 16 août 2021. On y voit un groupe d’individus armés, sans signes distinctifs particuliers, dégainer et tirer de nombreuses balles sur un véhicule. Il s’agit d’agents de la BAC, qui intervenaient sans brassard ni aucun élément attestant de leur fonction de policiers, pour contrôler un véhicule. Nordine est criblé d’impacts. 6 balles policières dans le corps. Sur les images, les tirs continuent alors que le véhicule est totalement arrêté. 90 jours d’ITT, des séquelles lourdes, une vie en suspens.

Dans la même voiture, sa compagne, Merryl, 39 ans, reçoit une balle dans l’omoplate gauche. Sa rate est explosée, le lobe du poumon perforé et plusieurs de ses côtes sont fracturées. Elle passe 30 jours à l’hôpital, où elle subit plusieurs opérations. Les deux frôlent la mort.

Pourtant, mercredi 11 octobre 2022, c’est Nordine, la victime, qui était jugé en appel pour «tentative d’homicide sur personne dépositaire de l’autorité publique». À l’audience, les policiers tireurs ont accusé Nordine et plaident la légitime défense pour justifier leur acte. Pourtant, ils n’ont eu, en guise de blessures constatées, qu’une cheville tordue et quelques bleus. Un des agents s’était blessé en montant sur le véhicule.

Revenons en arrière. Alors qu’il venait d’être blessé été 2021, Nordine était passé une première fois en comparution immédiate, puis placé sous contrôle judiciaire alors que son état de santé était très dégradé. En février dernier, il était jugé en première instance pour «violences sur personnes dépositaires de l’ordre public» : deux ans de prison ferme et à 15 000 euros d’amende. Une peine hallucinante, alors que l’enquête sur les tirs de la police n’avait, elle, toujours pas avancé.

Nordine avait été emprisonné sur le champ dans des conditions inhumaines. Il faisait appel de la décision de justice, et obtenait une libération pour raisons médicales : «J’avais des blessures profondes à cause des balles, j’étais censé prendre des douches à base de bétadine, ainsi que des anticoagulants et des anti-douleurs mais je n’ai eu le droit à rien de tout cela.»

C’est donc dans le cadre de cet acharnement judiciaire atroce qu’un nouveau procès a lieu le 11 octobre. Au tribunal, de nombreux soutiens de Nordine ont été empêchés d’entrer. Encore plus grave, les magistrats ont refusé de verser au dossier une enquête précise, reconstituant l’évènement en 3 dimensions, réalisée par par l’ONG Index. Il faut dire que la vidéo recoupant le déroulé des faits est accablante et ne laisse aucune place au doute : c’est une tentative d’exécution par des individus armés sans brassards.

L’audience aura duré six heures éprouvantes. Le procureur demande une peine encore plus lourde qu’en première instance : quatre ans de prison ferme et de 20.000 euros d’amende ainsi que cinq ans d’interdiction de conduite. Le délibéré aura lieu le 29 octobre prochain. Cette affaire est un condensé de l’horreur policière et judiciaire qui règne en France. Permis de tuer pour les policiers. Harcèlement judiciaire pour celles et ceux qui subissent leur violence.

Ces derniers mois, pas moins de onze personnes ont été tuées par balles par la police pour «refus d’obtempérer» en France. Un bilan unique en Europe. Parmi les défunts, plusieurs passagers de véhicules, victimes collatérales de la militarisation policière.


Le compte rendu d’audience par Street Press

La reconstitution de INDEX :

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