Marche contre la vie chère : comment diaboliser une manifestation en 6 leçons


Ce dimanche 16 octobre, plusieurs dizaines de milliers de personnes, autour de 140.000, ont marché à Paris pour la justice sociale et climatique, alors que les grèves se multiplient en France. Une foule dense qui répondait à l’appel de la NUPES. Pourtant, cette manifestation bon enfant a subi un feu roulant d’attaques médiatiques et policières, une guérilla politique. Étude de cas.


⚫ Étape 1 : la manifestation du 16 octobre est annoncée, et commence à trouver un écho national. Jean-Luc Mélenchon tweete début octobre : «Le 5 et le 6 octobre 1789 les femmes marchent sur Versailles contre la vie chère. Elles ramènent le roi la reine et le dauphin de force à Paris sous contrôle populaire. Faites mieux le 16 octobre». Une référence à la Révolution française. Immédiatement, les éditorialistes et les élus macronistes hurlent, l’accusent d’appeler à l’insurrection, d’être un «factieux», de créer le «désordre». Pourtant, on peut difficilement faire plus républicain qu’un rappel historique sur la fin de la monarchie. Mais c’est déjà trop radical pour nos élites.

⚫ Étape 2 : deux jours avant la manifestation, la presse titre sur la présence de manifestants «ultras» qui vont «s’infiltrer» dans le cortège. Les services de police estiment que «500 black blocs» seront présents. Un élément de langage destiné à créer artificiellement de la tension et à légitimer à l’avance la répression policière. Les mêmes services annoncent que 30.000 manifestants sont attendus lors du défilé. Un chiffre qui semble dérisoire.

⚫ Étape 3 : le jour de la manifestation. Parmi les bus qui montent à Paris de toute la France, ceux qui viennent de Marseille, Arles ou Mulhouse sont interceptés par la gendarmerie. Les véhicules et leurs passagers sont fouillés par des dizaines de gendarmes avant d’entrer en Île-de-France. C’est connu, les militants de la France Insoumise sont des émeutiers en puissance. À Paris, pas moins de 2000 forces de l’ordre sont déployées. Des unités de la BRAV, brigade de choc créée pour briser les manifestations, patrouillent. Un dispositif devenu habituel en France, mais qui aurait choqué il y a encore quelques années.

⚫ Étape 4 : Attaques policières. Le cortège est ceinturé par des lignes de policiers anti-émeutes. Rapidement, les CRS chargent et gazent alors que tout est calme. Leur objectif est d’arracher un drapeau pirate et une banderole en frappant tout le monde au passage. Des grenades sont tirées. Les images de lacrymogènes sont immédiatement dans les médias.

⚫ Étape 5 : «Marche contre la vie chère : des commerces dégradés tout au long du parcours» titre BFM TV en live. Un mensonge. Il n’y a en tout et pour tout qu’une seule banque dégradée sur tout le parcours. Pas un commerce.

⚫ Étape 6 : «30.000 participants selon les autorités» titre de nouveau BFM TV. Incroyable, les autorités avaient deviné exactement ce chiffre avant la manifestation, au millier près ! Il était inutile de manifester puisque tout était écrit à l’avance. Une autre annonce va plus loin : «29.500 personnes selon un comptage indépendant». Il s’agit en fait d’un comptage du cabinet privé Occurrence, aux méthodes opaques. Assaël Adary, le patron d’Occurence, est lié à LREM, et leur méthode est basée sur un seul point fixe de comptage. Sur un parcours avec des charges de police et des blocages, de nombreux participants prennent des itinéraires adjacents et ne sont pas pris en compte. L’absence de fiabilité du cabinet privé «indépendant» est désormais largement reconnue.


Bilan : mensonges médiatiques et campagne diffamatoire, répression préventive et minimisation de l’affluence. Et tout cela contre une gentille marche organisée par la gauche sociale-démocrate. Une ballade inoffensive entre Bastille et Nation. Moralité ? La bourgeoisie radicalisée ne lâchera rien. Elle déploie une énergie folle pour nuire à la moindre contestation, même bon enfant et légaliste. Elle en mettra encore plus face aux luttes plus déterminées, anticapitalistes ou écologistes. Il n’y a rien à attendre de ces médias et des autorités : aucune «respectabilité» à chercher de leur côté. Aucun gage de «crédibilité» ou de «sérieux» : ils seront toujours hostiles.


Nous n’avons pas à leur plaire, nous devons leur faire peur. Rendez-vous dans la rue ces prochains jours.


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