🔮 Le gouvernement veut dissoudre le Bloc Lorrain 🔮


Une association qui pratique l’entraide et participe aux luttes anticapitalistes dans l’Est de la France


Connaissez-vous le Bloc Lorrain ? L’association libertaire est trĂšs active en Lorraine et organise Ă  la fois des actions de solidaritĂ©, des distributions de nourriture et des manifestations de rue. Elle anime aussi son propre mĂ©dia sur les rĂ©seaux sociaux. Le Bloc Lorrain est dans le collimateur des autoritĂ©s depuis un certain temps.

Aujourd’hui, le gouvernement passe Ă  la vitesse supĂ©rieure : il y a quelques jours, une procĂ©dure de dissolution leur a Ă©tĂ© adressĂ©e par courrier. Explications avec le porte-parole de l’association.

Avril 2022, une «Marche pour le Futur» rĂ©unit des centaines de personnes Ă  Nancy, pour rĂ©pondre Ă  l’urgence Ă©cologique. À l’initiative : le Bloc Lorrain. Le 4 septembre, des centaines de panneaux publicitaires qui restent allumĂ©s toute la nuit sont Ă©teints, Ă  Metz, Nancy et Commercy. DerriĂšre cette action Ă©colo : le Bloc Lorrain. Fin septembre, des banderoles sont dĂ©ployĂ©es dans la centrale Ă  charbon de Saint-Avold en Moselle. Les manifestants se sont introduits sur ce site pour protester contre la rĂ©ouverture de cette centrale trĂšs polluante et pour appeler Ă  la sortie du capitalisme. Le Bloc Lorrain revendique le coup d’Ă©clat. Le collectif a Ă©tĂ© trĂšs actif durant les Gilets Jaunes, ou contre le Pass Sanitaire.

La structure est une association loi 1901 qui «regroupe environ 200 adhĂ©rents et adhĂ©rentes de tous les Ăąges» nous explique son porte parole. Le collectif se revendique libertaire, altermondialiste, Ă©cologiste, et promeut des idĂ©es anarchistes. À la base, c’est «un groupe de potes, certains militent depuis 20 ans». AprĂšs les Gilets Jaunes et le mouvement des retraites, la bande dĂ©cide de passer aux choses sĂ©rieuses. «On s’est constituĂ© en association en mars 2021, pour mener Ă  bien certaines actions autour de la justice sociale.»

Et le Bloc Lorrain ne mĂ©nage pas ses efforts. Des maraudes sont organisĂ©es «toutes les semaines, Ă  Nancy, Metz, dans toute la Lorraine». DĂ©sormais, il «y a des militants partout dans la rĂ©gion» et mĂȘme «des sympathisants ailleurs». En deux ans, le Bloc Lorrain a distribuĂ© plus de 20.000 repas.

Le collectif réalise aussi des distributions de nourriture aux étudiants chaque semestre et vient en aide à des familles de réfugiés. «On fait aussi des actions environnementales» nous explique le porte-parole. Par exemple, le groupe sort ramasser des tonnes de déchets jetés dans la nature. Des initiatives salutaires, en faveur du bien commun.

C’est un vĂ©ritable «systĂšme alternatif de luttes» qui se met en place. Le Bloc Lorrain pratique l’entraide concrĂšte et lutte dans la rue. «On manifeste aussi, Ă©videmment, on tient les banderoles», ou encore «on milite aussi sur Bure, contre l’enfouissement des dĂ©chets nuclĂ©aires». Le Bloc Lorrain s’est aussi dĂ©placĂ© Ă  Paris lors de grosses manifestations ou Ă  Nantes lors de fĂȘtes de la musique en hommage au jeune Steve.

Pour ses actions solidaires et bĂ©nĂ©voles, le Bloc Lorrain n’a jamais Ă©tĂ© fĂ©licitĂ©, au contraire, il subit une forte rĂ©pression : «beaucoup d’interpellations mais jamais pour des faits de violences ou de dĂ©gradations». «Moi mĂȘme j’ai souvent Ă©tĂ© jugĂ©, pour des dĂ©lits de presse, ce qu’on Ă©crit, quand on dĂ©nonce des violences policiĂšres, quand on parle de milice pour dĂ©noncer les policiers par exemple» raconte le porte-parole.

Autre exemple aprĂšs une manifestation dĂ©clarĂ©e Ă  Nancy : «40 personnes ont Ă©tĂ© convoquĂ©es parce qu’on aurait fait une entrave Ă  la circulation». Il y a beaucoup d’autres «situations complĂštement absurdes», par exemple une pluie de verbalisations contre des militants pendant le confinement, des «gardes-Ă -vue sans motif ni procĂšs derriĂšre» 

Ces derniers mois «on Ă©tait suivis par des gens chelous, mĂȘme pendant les maraudes. On ne sait pas si c’est les services de renseignement, la prĂ©fecture de police, une cellule sur l’ultra-gauche. Des mecs cachĂ©s pour nous prendre en photo. On a tout documentĂ© sur notre page facebook, en les tournant en dĂ©rision.»

Cela n’a visiblement pas fait rire le MinistĂšre de l’IntĂ©rieur, qui est entrĂ© dans une frĂ©nĂ©sie de dissolution depuis deux ans. Dans un courrier datĂ© du 21 octobre 2022 que nous avons pu consulter, le Bloc Lorrain est accusĂ© de provoquer «à des manifestations armĂ©es ou Ă  des agissements contre des personnes et des biens». Rien que ça.

Comme lorsque le gouvernement a tentĂ© de dissoudre Nantes RĂ©voltĂ©e, le Groupe Antifasciste Lyon et Environ ou des associations de dĂ©fense de la Palestine, il ne s’agit que d’accusations floues, basĂ©es sur des intentions supposĂ©es. Par exemple le gouvernement accuse la structure de «valoriser les dĂ©bordements» sur sa page Facebook, ou encore la diffusion d’une vidĂ©o montrant «des dĂ©placements de rĂ©fugiĂ©s et des Ă©vĂ©nements cataclysmiques» pour dĂ©noncer le capitalisme. Dire la vĂ©ritĂ© est dĂ©sormais interdit en France.

Chaque publication ou commentaire sur Facebook semble scrutĂ©e, Ă©pluchĂ©e, pour en dĂ©duire que le collectif «incite» Ă  la «commission d’actes violents». Le procĂšs d’intention ne fait aucun doute : «Vous ne dĂ©savouez Ă  aucun moment les paroles ou les actes de vos militants, vous les encouragez comme le montre votre dĂ©nonciation des violences policiĂšres». Encore une fois, dĂ©noncer un fait rĂ©el et documentĂ©, Ă  savoir la rĂ©pression, devient un dĂ©lit. Les procĂ©dures de dissolution sont d’abord des procĂ©dures contre la libertĂ© d’expression.

D’ailleurs, le courrier reproche le «dĂ©nigrement» des forces de l’ordre et l’emploi de l’acronyme «ACAB». Comme pour les autres procĂ©dures de dissolution, la police semble ĂȘtre devenue un corps intouchable, qu’il est interdit de mettre en cause, sous peine d’ĂȘtre dissout.

Encore plus absurde, «la crĂ©ation de Street Medics au sein du Bloc Lorrain vient clairement dĂ©monter une vĂ©ritable prĂ©paration Ă  l’affrontement» peut-on lire. Soigner les blessĂ©s en manifestation serait donc passible de dissolution alors qu’il s’agit, en principe, d’une obligation pour les autoritĂ©s !

Durant quatre pages, tout est aussi lunaire, jusqu’Ă  la signature de Pascale LĂ©glise, la «directrice des libertĂ©s publiques et affaires juridiques» du MinistĂšre de l’IntĂ©rieur. On croit rĂȘver. Le clan de Darmanin semble bien dĂ©cidĂ© Ă  dĂ©truire tous les contre-pouvoirs locaux. Hier, c’Ă©tait Nantes RĂ©voltĂ©e, petit mĂ©dia indĂ©pendant de l’Ouest qui Ă©tait visĂ© par cette procĂ©dure. Aujourd’hui c’est une association d’entraide bĂ©nĂ©vole en Lorraine. Et demain ? Jusqu’oĂč ira le dĂ©lire rĂ©pressif ?

Le Bloc Lorrain n’a pas l’intention de baisser les bras : «on a un collectif d’avocats pour nous dĂ©fendre au Conseil d’État». Et une manifestation est dĂ©jĂ  prĂ©vue le 5 novembre Ă  Nancy.

Enfin, une cagnotte en ligne a Ă©tĂ© lancĂ©e pour faire face aux frais de justice, «on n’a pas de finances, l’argent qu’on collecte on l’investit pour nos maraudes ou pour aider des rĂ©fugiĂ©s» explique le porte-parole. Ses membres ont donc besoin de soutien, vous pouvez les aider ici : https://www.helloasso.com/associations/le-bloc-lorrain/

La page Facebook du collectif : Le Bloc Lorrain

Une rĂ©flexion au sujet de « đŸ”Ž Le gouvernement veut dissoudre le Bloc Lorrain 🔮 »

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