Nouvelle condamnation pour Claude Guéant : 6 mois ferme… ou presque


La chute en pente douce d’un ancien pilier mafieux du Sarkozysme


On aurait presque eu envie de se réjouir en lisant les premiers mots de l’article de Médiapart quant à la nouvelle condamnation de Claude guéant, ex-secrétaire général de l’Élysée et ex-ministre de l’intérieur sous Sarkozy, dans une affaire d’atteinte à la probité. Il était jugé pour des faits de «minoration volontaire de ses comptes de campagne, dépassement du plafond autorisé et escroquerie au remboursement des frais de campagne» à l’occasion des élections législatives de 2012., qui avait coûté la modique somme de 30.000 euros au contribuable français.

Au moment où chaque jour en chambre de comparution immédiate des dizaines de personnes sont envoyées en prison pour des vols à la roulotte et autres petits larcins dont le préjudice financier équivaut bien souvent à quelques euros, Claude Guéant, quant à lui, a été condamné le mardi 22 novembre à la peine de 18 mois d’emprisonnement dont 12 avec sursis. 6 mois d’emprisonnement ferme donc, mais c’est sans compter que ces 6 mois seront à exécuter… à domicile !

Le tribunal de Nanterre fait donc le choix d’aménager la peine ab-initio, c’est-à-dire directement à l’audience, ce que les magistrats se refusent bien souvent de faire, pour laisser la décision au magistrat compétent en la matière : le Juge d’Application des Peines.

En effet, habituellement le juge, lorsqu’il prononce une peine d’emprisonnement, à condition qu’elle ne soit pas assortie d’un mandat de dépôt (celui-ci vous envoie en prison le soir-même sans négociation possible), laisse la possibilité au juge d’application des peines qui rencontrera le prévenu les jours suivant l’audience, d’aménager la peine de prison ferme. Le plus souvent cet aménagement correspond à un placement sous surveillance électronique à domicile. Un luxe dont seules les personnes «insérées» disposent, entendez par là un logement à son nom, un travail en CDI et une famille nucléaire si possible!

Une peine qui n’est toutefois pas anodine pour beaucoup de justiciables, notamment lorsque l’on vit dans un studio insalubre et que l’on travaille toute la journée, réduisant ainsi notre seule activité sociale au travail contraint… Mais pour Claude Guéant, ancien ministre, qui déclare toucher une modeste retraite s’élevant à 4700 euros par mois, il semble légitime de s’interroger sur l’intérêt d’une telle sanction pénale ! Au procès, il s’est même déclaré «étranglé financièrement». On aurait presque de la peine pour lui.

Claude Guéant n’est pas suffisamment récompensé pour l’ensemble de son œuvre. Dès 1995, il est Directeur Général de la Police Nationale. C’est lui qui décide d’introduire une nouvelle gamme d’armes à feu dans l’arsenal de la police : le «fusil Flash-Ball». Le Flash-Ball est censé «lutter plus efficacement contre les formes nouvelles de la criminalité». Il introduit dans la police l’acte de tirer sur des individus. Les Flash-Balls vont se généraliser, puis seront remplacés par des LBD toujours plus puissants. Claude Guéant, c’est donc celui qui inaugure la longue liste des mutilés par la police. Il sera ensuite bras droit de Sarkozy, nommé Ministre de l’Intérieur, distributeur de «primes en liquide» illégales et trafiquant de tableau, en lien avec les réseaux libyens entre autres pratiques mafieuses. Il est mis en examen à de multiples reprises et a déjà été jugé coupable dans plusieurs affaires.

Dans le cadre du procès du 22 novembre 2022, il est par ailleurs condamné à verser une amende de 30.000 euros ainsi que «la somme de 30.529 euros à titre de dommages et intérêts à l’agent judiciaire de l’état». Mais que l’on se rassure, son avocat, Philippe Bouchez El Ghozi, a annoncé faire appel : «M. Guéant a le sentiment de ne pas avoir été entendu par la justice»… Ouin-ouin.

Le multirécidiviste de 78 ans va donc pouvoir préparer tranquillement le procès en appel, probablement dans plusieurs années. Selon que vous serez Guéant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Financez Contre Attaque

Tous nos articles sont en accès libre. Pour que Contre Attaque perdure et continue d’exister, votre soutien est vital. Vous pouvez nous faire un don en cliquant sur les homards

Une réflexion au sujet de « Nouvelle condamnation pour Claude Guéant : 6 mois ferme… ou presque »

Les commentaires sont fermés.