Nantes, 31 janvier : deuxième sommation arrosée de répression


65.000 manifestant-es, un nouveau préfet, regain d’énergie


Il s’appelle Fabrice Rigoulet-Roze, il a 54 ans : c’est le nouveau préfet de Nantes, arrivé il y a quelques jours. Comme le shérif raté d’un western de série B, il veut marquer son territoire en frappant fort.

Mardi 31 janvier, deuxième grande date de mobilisation contre la casse des retraites. 12 jours après la manifestation massive qui avait réuni 50.000 personnes à Nantes, sous une pluie glaciale et dans une ambiance trop sage. Ce deuxième rendez-vous parait beaucoup plus tonique. Il y a encore plus de monde que la dernière fois. Un imposant cortège de tête se forme avant le départ. Dès l’aube, le lycée Mandela était bloqué et un cortège étudiant et lycéen est venu grossir les rangs et donner de la voix. C’est donc dans une ambiance dynamique que démarre cette manifestation. Tracteurs, slogans repris en cœur, fumigènes, multiples banderoles et pancartes créatives. En plus, il fait plutôt beau.

Une ombre au tableau : le nouveau préfet a déployé un gros dispositif policier en amont du rassemblement. Des hordes de policiers cagoulés sont venus arracher à la foule des personnes isolées pour les arrêter préventivement. Notamment une manifestante avec une sono.

À l’arrière, le premier cortège syndical est orange : celui de la CFDT. Passé la première rue, un guet-apens semblait préparé. Des CRS surexcités et la BAC débarquent en nombre, lourdement armés, et coupent la manifestation. Ils chargent l’arrière du cortège de tête. L’attaque est inattendue et violente, c’est une provocation gratuite et surprenante pour un début de manifestation syndicale. Les coups de matraque pleuvent même sur des syndicalistes qui arrivent sur le parcours qui était pourtant annoncé aux autorités. Stratégie de la tension.

Les premiers affrontements éclatent. Salves de lacrymogènes contre projectiles divers et feux d’artifice. Les CRS chargent en hurlant, tirent des grenades de désencerclement. Il y a plusieurs blessés. L’avant du cortège, coupée du reste, va déjouer le piège. Au pas de course, il emprunte des rues désertes en esquivant les barrages policiers pour raccrocher le gros de la manifestation. La police n’a pas brisé la dynamique, mais elle a désorganisé et intimidé les forces vives de la manif.

L’ambiance se réchauffe à nouveau devant Hôtel Dieu. Des hommes en armes sont nombreux pour canaliser le parcours officiel, et c’est une souricière. Les syndicats mènent les troupes sur l’île de Nantes, sur la Loire, à l’écart du centre ville, au milieu de rien. Sur le quai de la Fosse, une ligne de gendarmes et des agences d’intérim sont repeintes. Les tentatives de sortir du parcours imposé se heurtent aux lignes de boucliers. Arrivées sur l’île, des milliers de personnes refusent de rentrer chez elles après avoir fait deux heures de promenade.

Départ en manifestation sauvage sur l’île. Quelques tags fleurissent, des poubelles sont renversées, mais dès la première rue, nouveaux tirs de gaz lacrymogène. Le cortège accélère, une barricade est montée Place de la République, dans un épais brouillard toxique. Des slogans résonnent. Nouvelles charges, et arrestations. La police bloque tous les ponts. Le piège s’est refermé, fruit d’une collaboration entre le préfet et les permanents syndicaux. Reflux vers le pont Anne de Bretagne, où les camions sono et les innombrables manifestant-es continuent d’affluer. Un groupe se rassemblera à la croisée des trams pour tenter un troisième tour, sans succès.

65.000 personnes étaient dans les rues, c’est l’une des plus grosses mobilisations que Nantes ait jamais connue. Face à la contestation de plus en plus massive, le gouvernement ne répond que par le mépris et la répression de tout ce qui sort du cadre officiel et contrôlable. Cela ne durera qu’un temps. La troisième sommation est prévue le mardi 7 février, prochaine journée de grève, de blocages et de manifestations…

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