? L’extrême droite tente de terroriser un journal breton


Alertes à la bombe, harcèlement, menaces de mort contre le journal Le Poher


Le Poher est le nom d’un territoire breton situé dans les Monts d’Arrées. C’est aussi un hebdomadaire basé en centre Bretagne. Journal local, il couvre la vie sociale, politique et culturelle de la région autour de Carhaix, dans le Finistère. Depuis plusieurs mois, l’extrême droite la plus radicale s’acharne sur ce journal et son équipe. La raison ? Le Poher ne se soumet pas aux surenchères racistes des groupuscules néo-nazis qui multiplient les actions.

Alors que les médias de masse sont déjà possédés par une poignée milliardaires et que le patron d’extrême droite Bolloré a constitué un empire audiovisuel, l’extrême droite s’acharne sur les petits médias qui échappent à leur influence. Ici, Le Poher.

La situation s’est cristallisée à Callac. Dans cette petite commune du Finistère, un centre d’accueil pour les personnes exilées devait ouvrir ses portes. Les réseaux d’Éric Zemmour ainsi que des groupes néo-nazis appuyés par quelques militants d’extrême droite locaux ont mené une campagne d’intimidation massive pour l’empêcher. Menaces de mort contre des élus et des habitants, manifestations d’extrême droite sous protection policière, diffamations sur les réseaux sociaux… Épuisés par ce harcèlement, les élus locaux ont fini par abandonner le projet, et les racistes crient désormais victoire.

C’est dans ce contexte que le journal Le Poher a été attaqué. En tant que média local, il a couvert les évènements de Callac. À l’automne 2022, le journaliste du Poher Erwan Chartier est menacé par des néo-nazis lors d’une manifestation anti-migrants dans la commune, alors qu’il prenait des photos. Les gendarmes, présents sur place, ont éloigné le journaliste plutôt que les agresseurs.

Le 31 janvier 2023, Erwan Chartier, reçoit un courriel anonyme, raciste et homophobe, promettant de le «crever». Le 8 février, un homme appelle le journal pour demander à quelle heure il peut passer pour «mettre une balle dans la tête» du rédacteur en chef et de l’agent chargée de l’accueil. En parallèle, les réseaux d’extrême droite ont diffusé les noms et les photos des journalistes du Poher, pour les intimider. Une journaliste de France 3 Bretagne a elle aussi été cyber-harcelée. C’est donc une campagne de terreur organisée et concertée contre la presse. Étonnement, ces menaces gravissimes contre un journal n’ont pas fait de bruit dans les médias nationaux. Les journalistes de grands médias, d’habitude si susceptibles lorsque la profession est critiquée, n’ont pas souhaité défendre leurs collègues.

Lundi 20 février, un appel sonne à la rédaction du Poher. «Nous allons vous crever, nous avons mis une bombe dans votre journal, vous allez sauter». La gendarmerie intervient, aucun explosif n’est retrouvé, mais c’est une nouvelle tentative de terrorisation.

Tout cela dure depuis des mois, en toute impunité. Pourtant les responsables sont parfaitement connus. Les antennes du parti Reconquête d’Eric Zemmour, le réseau Riposte Laïque, qui a lancé des campagnes diffamatoires sur son site, et une poignée de militants d’extrême droite locaux bien connus.

Le fondateur du média fasciste Breizh Info, Yann Vallerie, est justement implanté près de Callac. Il vient d’ailleurs de publier un livre appelant à une «sécession» raciale, s’alarmant que «les blancs deviennent minoritaire» et appelant à construire des communautés rurales. Ce fasciste vit dans une commune voisine, juste au sud de Callac. Il est d’ailleurs pompier volontaire à Callac avec d’autres nazillons, et étend son influence dans la fachosphère bretonne. Il n’a jamais été inquiété.

Où est passé l’esprit Charlie alors qu’une équipe de journalistes est menacée de mort ? Si ces intimidations n’émanaient pas de suprématistes blancs mais de réseaux islamistes, l’affaire serait-elle aussi peu mise en avant ? Jusqu’à quand allons nous laisser une poignée de fascistes, très minoritaires en Bretagne, faire la loi et semer la terreur ?

Une mobilisation antifasciste est prévue ce samedi 25 février à Saint-Brévin, près de Saint-Nazaire, où les mêmes réseaux veulent empêcher un autre centre pour réfugiés. Avec les mêmes méthodes.


Une tribune de soutien au Poher par différents médias.

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