Dans la tête d’un gendarme de Sainte-Soline


Puisque les médias du pouvoir diffusent encore et encore et encore la fiction de gendarmes qui auraient eu peur pour leur vie, voici ce qu’il s’est réellement passé.


Deux photos de la manifestation de Sainte-Soline prises du côté gendarmes : une vue dégagée et un climat relaxant, d'où l'on observe une foule lointaine.

Faisons un exercice : mettez-vous à la place d’un gendarme à Sainte-Soline. Vous êtes un militaire. Entraîné, lourdement protégé, entouré de blindés, fourgons, équipé de grenades. Vous êtes avec 3200 autres gendarmes, autour d’une bassine qui fait la taille d’un stade de foot.

Votre position est idéale : vous êtes juché sur une butte de terre, et protégé par deux rangées de grillages. Vous êtes derrière votre bouclier et votre casque. Équipé de grenades à volonté, vous tirez, encore et encore, sur une foule qui avance au loin.

Comme on le voit sur toutes les images prises du côté des gendarmes : votre vue est totalement dégagée. Vous voyez arriver la manifestation écologiste de très loin, au milieu d’une plaine vide et plate, sans aspérité. C’est depuis cette position confortable que vous tirez sur une foule, située à 100 mètres de vous. Vous utilisez des grenades GM2L, propulsées avec votre lanceur. Votre arme vous permet d’envoyer vos munitions à plusieurs dizaines de mètres devant vous, en hauteur. Vous voyez vos grenades exploser au-dessus de leurs têtes, à leurs pieds. Depuis votre promontoire, vous voyez tomber ces silhouettes. Vous voyez des gens portés, inconscients, évacués. Vous voyez les quads de vos collègues prendre à revers la foule paniquée et envoyer, de l’autre côté aussi, des grenades.

Pendant 1h30, vous continuez ce petit jeu de massacre. Sans le moindre risque pour votre intégrité. C’est trop facile.

Sur 3200 gendarmes, une poignée a eu des hématomes ou des “traumatismes sonores”, dit la presse : les rares gendarmes situés au niveau des fourgons, au plus près des manifestant-es. C’est là qu’on trouve les fameux «deux gendarmes gravement blessés», qui sont sortis de l’hôpital le soir même.

Vous-même, comme l’écrasante majorité de vos collègues, tirez depuis l’arrière, depuis un poste en hauteur, au niveau des grilles. Vous envoyez des grenades sur une foule. En cas de bobo, vous avez les meilleurs soignants et même des hélicoptères prêts à vous évacuer, vous le savez. Pendant que les corps qui tombent dans la boue en face de vous seront privés de soins pendant des heures, isolés au milieu de champs. Vous le savez aussi.

Voilà ce qu’ont vécu et vu les gendarmes à Sainte-Soline. Ils ont tiré depuis leur forteresse sur des vagues de personnes qui avançaient dans un champ. Ils n’ont pas ressenti le moindre risque. La plupart , ceux qui étaient situés sur les autres flancs de cette mégabassine, n’ont d’ailleurs même pas vu les manifestant-es. Ou alors de très loin. Nous le savons, nous y étions. Nous avons vu comme eux. Mais de l’autre côté. Du côté qui recevait les grenades.

Pour celles et ceux qui n’y étaient pas : cela n’avait rien à voir avec du maintien de l’ordre en ville. Et encore moins avec des affrontements au corps à corps. C’était un champ de tir. Des personnes situées à 100 voire 200 mètres des grilles recevaient des explosif et du gaz lacrymogène.

Il n’y avait absolument ni risque ni courage du côté de ces militaires, protégés, équipés et préparés. Ils n’ont fait qu’envoyer une pluie de bombes sur des gens en bleu de travail qui n’avaient, au mieux, que quelques cailloux, un peu de flammes et des feux d’artifice pour avancer. Du point de vue militaire, la dissymétrie était absolument totale.

En rentrant, ces gendarmes ont-ils repensé à ces gens qui tombaient sous leur feu ? Se sont-ils demandé s’ils ont pu mutiler ? Ont-ils eu honte de cette disproportion presque obscène ? Non. Ils se sont victimisés. Ils font même croire partout qu’ils ont eu la peur de leur vie. Peut-on avoir moins d’honneur et d’humanité qu’un gendarme de Sainte-Soline ? Difficile.


Quelques images des gendarmes en danger de mort à Sainte-Soline :

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Une réflexion au sujet de « Dans la tête d’un gendarme de Sainte-Soline »

  1. Merci, j’attendais un article comme celui-ci au lieu des typiques pleurnicheries propagandistes de l’état relayées par les médias.

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