Qui se cache derrière BFM ?

Capture d'une diffusion de BFM présentant les "groupes" qui se cachent derrière les casserolades

À l’antenne sur BFM le mardi 25 avril, un montage aussi ridicule qu’inquiétant. «Qui se cache derrière les casseroles ?» interroge la chaîne, avec un journaliste qui commente une infographie montrant les logos de différents syndicats, de partis politiques et d’associations de gauche, et un encadré mentionnant «anarchistes» et «antifascites». Ce traitement de BFM est drôle et inquiétant à la fois. Comme si les mobilisations sociales étaient des structures qui se «cachaient» dans une semi-clandestinité pour organiser… des casserolades ! Le vocabulaire n’est pas choisi au hasard, et participe de la construction de l’ennemi intérieur. Derrière cette infographie, c’est le spectre de ce que l’État bourgeois veut réprimer, de l’anticapitalisme à ATTAC. Vous ne verrez jamais un tel traitement sur l’extrême droite et ses ramifications jusqu’au sommet du pouvoir.

Mais alors, qui se cache derrière BFM ?

Un milliardaire

La chaîne Business FM est fondée en 2005 et rachetée par un multimilliardaire, Patrick Drahi, propriétaire du groupe Altice, multinationale des télécommunications. Drahi a aussi racheté SFR, l’Express ou Libération. En 2015, Drahi estime qu’il faut réduire les congés payés et augmenter le temps de travail en déclarant : «Les Chinois travaillent 24 heures sur 24. C’est là, le problème pour nous…». Il fait condamner un média indépendant qui avait publié des révélations sur son train de vie. Drahi aurait également déplacé pour 750 millions d’euros de tableaux pour échapper à l’impôt au Luxembourg.

Des paradis fiscaux

Une enquête du Média parue en 2019 révèle qu’une «part conséquente» des bénéfices générés par la chaîne d’info s’envolerait vers les paradis fiscaux pour échapper à l’impôt. «Le développement de BFM-TV et de NextRadio a été permis grâce à de l’argent qui a été injecté depuis les paradis fiscaux. Et sans cet argent-là, [injecté] de façon assez importante, BFMTV n’aurait jamais pu se développer» explique un enquêteur du Media. En 2009 plus de 50 millions d’euros provenant d’un fonds offshore ont été investis dans le groupe. Le fisc suisse réclame également plusieurs milliards à Patrick Drahi pour des impôts non payés.

Le syndicat de police Alliance

Dominique Rizet est «l’expert police/justice» de BFM TV. Quasiment tous les jours à l’antenne, pour diffuser les infos données par ses «sources» policières ou défendre l’action répressive. Rizet a carrément été l’invité d’honneur du congrès du syndicat policier Alliance. Il expliquait : «J’anime gracieusement le congrès d’Alliance comme j’avais été approché par Unité-SGP police pour faire la même chose. Toujours gracieusement, parce que j’aime et je respecte la police et la justice de mon pays». BFM envoie régulièrement ses caméras «en immersion» directement au sein des unités de policiers qui chargent les manifestant-es, ou sur les motos de la BRAV, produisant ainsi des reportages policiers dignes de dictatures.

Marc Olivier Fogiel

Ce “journaliste” (plutôt animateur) proche du couple Macron est le directeur général de BFM depuis juillet 2019. Il qualifie de «relation fluide» ses liens avec Emmanuel et Brigitte Macron. Il a interdit à ses équipes d’utiliser le terme de «violences policières» à l’antenne car il est, selon lui, «connoté politiquement».

Une journaliste fan de Macron

Le 26 avril 2017 une des principales journalistes de la chaîne, Ruth Elkrief, croyant qu’elle était hors champ, tape dans la main de Macron qui rentrait sur scène pour donner un meeting électoral. Durant cette campagne, les meetings de Macron ont cumulé autant d’heures à l’antenne que ceux de tous les autres candidats réunis.

Des sondeurs proches du pouvoir

BFM travaille en partenariat avec l’institut Elabe, basé dans la ville cossue de Levallois. Le siège, composé «d’open spaces et bureaux vitrés» avec «une vue sur la tour Eiffel» a été créé en 2015, et l’entreprise est dirigée par un certain Bernard Sananès. «De Vincent Bolloré à Stéphane Fouks en passant par Xavier Bertrand ou Manuel Valls, son président connaît le Tout-Paris depuis de longues, très longues années» écrit Les Échos. Et son ami d’enfance, Olivier Pardo, n’est autre que l’avocat d’Eric Zemmour.

Sananès était responsable de la communication du groupe parlementaire centriste dès les années 1980, puis directeur chez Euro RSCG, entreprise devenue Havas : l’une des plus grandes boites de marketing et de communication du monde, possédée par Bolloré. Il y vend ses conseils à EDF, Veolia, Orange, McDonald’s, la RATP ou la SNCF, mais aussi aux personnalités politiques comme Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand. Aujourd’hui, le sondeur est régulièrement à l’antenne, qui influence l’opinion. Entre temps, Sananès a reçu l’ordre national du Mérite créé par la République pour «récompenser les mérites distingués, militaires ou civils, rendus à la nation française».

Un siège à Paris

Pour rappel, le siège de BFM est au 2 rue du Général-Alain-de-Boissieu dans le 15e arrondissement de Paris, non loin de celui d’Europe 1, quai André-Citroën (rue des Cévennes).

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