Darmanin aux USA : visite du FBI pour parler de «techniques policières»

Le ministre de l’Intérieur français est en déplacement aux États-Unis. À cette occasion, il s’est rendu dans un centre du FBI pour «exprimer la reconnaissance du Gouvernement» français «pour la coopération en matière de police technique et scientifique». Entre l’agence américaine et le chef de la police française, il est même question d’échanges «très intéressants sur les techniques d’intervention des forces de l’ordre». En effet, la police nord-américaine est l’une des plus armées et meurtrières au monde.

Darmanin ajoute que «la police scientifique» au sein du FBI «est en pointe sur la généalogie génétique et les sciences du comportement». Dystopique. Mais au fait, qu’est-ce que c’est le FBI ?

  • L’ancêtre du Federal Bureau of Investigation se nomme BOI, «Bureau of Investigation», et apparaît dès 1908 à l’initiative de Charles Joseph Bonaparte-Patterson, petit-neveu de Napoléon et procureur des États-Unis. Cocorico !
  • On ne peut pas parler du FBI sans parler de J. Edgar Hoover. Il dirige l’agence de 1935 jusqu’à sa mort. Pendant 37 ans, sous 8 présidents successifs. Le chef du FBI aura accumulé un pouvoir démentiel aux USA et créé une véritable mafia.
  • Dès l’après guerre, Hoover crée un gigantesque fichier des opposant-es politiques. Plusieurs centaines de milliers de noms et des dizaines de milliers de fiches biographiques. C’est le début du fichage de masse.
  • Hoover est réactionnaire, misogyne et raciste. Il interdit le recrutement de femmes et de personnes non-blanches. Il est viscéralement anticommuniste, animé par une haine viscérale de la gauche. Rappelons qu’aux USA, il y a plusieurs épisodes de «peur rouge», durant lesquelles les autorités éliminent avec férocité tous les «communistes» et autres opposant-es. Dès les années 1920, une loi sur le «syndicalisme criminel» permet d’arrêter des milliers de syndicalistes pour des distributions de tract.
  • Pendant la seconde guerre mondiale, le FBI rafle les personnes d’origine japonaise vivant aux États-Unis, avant de les parquer dans des camps. Sur la simple base de leurs origines, ces personnes sont soupçonnées de conspirer pour le camp ennemi. Un épisode méconnu du conflit.
  • C’est le FBI qui mène la chasse aux communistes après la seconde guerre mondiale. Au prétexte de la guerre froide, l’agence va surveiller, infiltrer et ficher tous les mouvements contestataires : étudiants, anti-racistes, écologistes, anticapitalistes… C’est le moment d’une immense paranoïa d’État.
  • Entre 1956 à 1971, le FBI met en place un programme gigantesque : COINTELPRO, pour Counter Intelligence Program. C’est une opération contre-insurrectionnelle massive pour détruire la gauche. Dans ce programme, il y a des expériences «psychologiques» pour «reprogrammer» un esprit humain, des opération de manipulation et d’infiltration pour briser ou salir les groupes révolutionnaires, des meurtres. Tous les moyens, surtout les pires, sont utilisés par le FBI pour «neutraliser» les ennemis intérieurs.
  • Le FBI s’attaque en particulier au mouvement afro-américain. Cela va des enquêtes pour nuire à Martin Luther King, par exemple en utilisant des informations intimes sur le pasteur pour le pousser au suicide, jusqu’aux assassinats purs et simples. Le FBI mène des raids et des exécutions au sein des mouvements Noirs. Ses agents abattent notamment le militant Black Panther Fred Hampton dans son lit. Pour la seule année 1970, trente-huit militants sont tués lors d’attaques de bureaux du Black Panther Party.
  • Le FBI définit son objectif comme étant de «démasquer, briser, fourvoyer, discréditer, ou au moins neutraliser les activités des organisations nationalistes noires qui prêchent la haine». Avec COINTELPRO, les agents n’hésitent pas à diffamer ou semer la zizanie au sein des groupes contestataires.
  • Le FBI persécute aussi les luttes autochtones. En 1973, l’agence met en place le siège militaire de la ville de Wounded Knee, ville symbolique des persécutions contre les amérindiens, et occupée par des mouvements autochtones. Le militant Leonard Peltier est toujours emprisonné sur la base d’accusations très contestables du FBI, c’est l’un des plus vieux prisonniers du monde.
  • L’agence a détruit la vie de l’actrice Jean Seberg, qui soutenait les Black Panther, en la surveillant et en divulguant des informations personnelles sur son intimité. Elle s’est suicidée en 1979.
  • J. Edgar Hoover intimidait les élus, il était aussi accusé d’être corrompu par la mafia, qui a d’ailleurs pu se développer aux USA sans crainte du FBI, pendant que tous les efforts se concentraient contre la gauche.
  • Depuis la chute du bloc de l’Est, le FBI se concentre sur l’antiterrorisme et la surveillance de masse. L’agence organise le fichage généralisé et un contrôle des communications numériques d’une ampleur inouïe. Le FBI chercher désormais à surveiller «in real-time» de multiples services en ligne.

Aujourd’hui, le FBI est un État dans l’État, qui compte 40.000 employé-es, 430 agences locales aux États-Unis, des attaché-es d’ambassades dans 59 pays et des bureaux de liaison dans une quinzaine d’autres. Avec une telle histoire, pas étonnant que Darmanin se sente comme un poisson dans l’eau au FBI et rêve de partenariats avec la France !

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