L’Occident soutient-il une guerre de religion ?


«Nous sommes le peuple de la lumière, eux sont le peuple des ténèbres… nous réaliserons la prophétie d’Isaïe» a déclaré le Premier Ministre d’extrême droite israélien Netanyahou le 25 octobre.


Cette phrase n’est pas anodine. Netanyahou ne se contente pas de mettre en scène un combat du «bien» contre le «mal», déjà extrêmement inquiétant quand il s’agit de justifier l’attaque d’une population civile : il en fait une guerre sainte. Le Livre d’Isaïe est un texte de l’Ancien Testament qui évoque l’exil du peuple juif à Babylone et son retour en Judée pour reconstruire le Temple à Jérusalem. En termes religieux, cette prophétie est appelée «eschatologique», c’est-à-dire qu’elle renvoie à la fin du monde. Les juifs doivent reconquérir leur terre pour réaliser la victoire finale de Dieu.

Moshe Feiglin, ancien politicien du parti de Netanyahou, a déclaré à la télévision : «Nous ne nous sommes pas vengés d’une manière biblique ! Nous n’avons pas réduit Gaza en cendres. Niveler toute la zone, ne pas laisser pierre sur pierre. Anéantir Gaza maintenant.» Ici, l’attaque de Gaza doit être totale, comme dans les textes sacrés vieux de plus de 2000 ans.

Après l’attaque du 7 octobre, le vétéran de l’armée israélienne Ezra Yachin disait dans un reportage : «Si vous avez un voisin arabe, n’attendez pas, allez dans sa maison et tuez-le […] Nous allons voir des choses que nous n’avions jamais rêvée […] Toutes les prophéties sont sur le point de se réaliser».

Prophétie, vengeances bibliques, fin du monde… Ceux qui bombardent Gaza sont des dirigeants d’extrême droite animés par un délire religieux et messianique. Il ne s’agit même plus de se «défendre» ni de «combattre le terrorisme» : c’est une guerre de religion à visée génocidaire.

Ces idées obscurantistes étaient longtemps minoritaires en Israël. En 1974, un parti de colons religieux est créé, le «Bloc de la foi». Celui-ci se base sur la Torah pour justifier le vol des terres qu’il restait encore aux palestiniens. Ce mouvement envoie ses membres s’installer directement dans les zones peuplées de palestiniens, pour raser leurs maisons et les chasser au nom d’une interprétation littérale du judaïsme. Selon eux, Dieu a donné Israël au peuple juif, reprendre ces terres et en chasser les arabes doit donc permettre le retour du Messie.

Délirant ? Pas tant que cela. Le mouvement des colons a pris une place énorme dans la société israélienne. Ils étaient 100.000 en 1992 et sont plus de 500.000 en 2022, avec des moyens, des armes, des partis, des relais… Depuis l’an dernier, les colons religieux d’extrême droite sont même représentés dans le gouvernement de Netanyahou. Et les vols de terre se sont encore accélérés, sous la protection de l’armée. Un colon israélien faisait un parallèle avec les colons des États-Unis qui ont progressivement volé les terres des amérindiens pour les faire disparaître…

Pourquoi est-ce important de souligner ces éléments souvent ignorés en Europe ? Car les soutiens d’Israël en Occident n’ont que le mot «laïcité» à la bouche pour défendre Israël et dénigrer les palestiniens. Israël serait une «démocratie laïque» et éclairée, alors que les palestiniens seraient des arriérés islamistes et fanatiques.

Rien n’est plus faux. À l’origine, l’OLP (l’Organisation de Libération de la Palestine) a été fondée dans les années 60 sur des bases laïques et démocratiques, sans aucun groupe islamiste. Le projet du Fatah de Yasser Arafat était une «Palestine démocratique non confessionnelle» ouverte aux juifs, musulmans et chrétiens sans distinction d’ethnie ou de religion. Rien à voir avec le projet suprémaciste et confessionnel des colons.

Il a fallu des décennies d’oppression, d’enfermement, de liquidation de la résistance palestinienne progressiste, ainsi que le soutien de Netanyahou à l’égard du Hamas pour voir la religion progressivement infuser dans le mouvement anti-colonialiste palestinien.

En définitive, la droite et l’extrême droite européenne qui défendent inconditionnellement Israël, soutiennent en réalité une guerre de religion et des colons fanatiques imprégnés d’idées messianiques. Ces gens transforment un conflit colonial et politique en choc religieux. C’est extrêmement grave.

Que les dirigeants français cessent d’agiter des «valeurs universelles» et la laïcité pour stigmatiser les musulmans alors qu’ils soutiennent un clan de fanatiques religieux au pouvoir en Israël, qui croient mener une guerre Sainte.

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