Une sarkozyste chez les rappeurs ? Le double jeu de Rachida Dati


Lundi 11 février Rachida Dati a participé à l’émission de rap DVM Show, diffusée sur la plate-forme de streaming Twitch. À cette occasion elle a même invité les créateurs de cette émission à venir enregistrer un épisode au ministère de la culture.


Derrière ce coup de com habile, il ne faut pas oublier que Dati est une redoutable stratège politique et à toujours réussi à jouer un double jeu en se faisant passer pour une femme proche du peuple, notamment des quartiers populaires, tout en multipliant les déclarations réactionnaires et très violentes à l’égard de ces mêmes quartiers.

Soutien de Sarkozy de la première heure, elle déclarait en riant en 2007 qu’elle serait bientôt «ministre de la rénovation urbaine à coup de Karcher» en référence à une autre sortie de Sarkozy contre les banlieue, qui appelait à «nettoyer la racaille». En tant que ministre de la Justice, elle fait voter une loi instaurant des peines planchers et l’exclusion possible de l’excuse de minorité pour les récidivistes, un vieux rêve de l’extrême droite. En 2017, elle qualifiait encore Sarkozy de «meilleur d’entre nous».

L’été dernier, lors des émeutes suite à la mort de Nahel, elle plaidait comme tout son camp politique pour les peines les plus sévères contre les jeunes arrêtés, en déclarant que la police a plus peur de la justice que les délinquants. Résultat : des milliers d’interpellations et des centaines de personnes incarcérées lors de procès expéditifs. Rachida Dati est de ceux qui font arrêter la jeunesse des banlieues et qui défend systématiquement les violences policières.

On pourrait croire qu’il est positif qu’une Ministre de la Culture s’intéresse au rap et qu’elle légitime cette culture. Mais il ne faut pas être naïf sur les intentions politiques de la ministre qui se retrouve forcément gagnante dans ce genre de coup de com’ sans aucune confrontation ni mise en perspective par rapport à son parcours politique et son bilan en tant que ministre de la justice.

Au micro de Konbini, la journaliste rap Mekolo Biligui a déclaré : «Elle fait partie de la droite réactionnaire, cette droite raciste qui a criminalisé les jeunes de quartiers populaires, une droite qui nous a traités de racailles. Je fais partie d’une génération qui a écouté Tandem, qui était anti-sarkozyste. Le DVM, c’est des mecs d’Aulnay, du 93. Je pensais qu’on était tous d’accord là-dessus». Aulnay, c’est justement la ville où des policiers ont violé Théo en 2017 à coup de matraque métallique, et où plusieurs jeunes noirs et arabes ont subi de graves violences policières, comme dans la plupart des quartiers périphériques.

Il faut aussi se souvenir que le rap est souvent la cible de la droite et de l’extrême droite, comme le rappeur Medine qui a vu certains de ses concerts annulés suite à une polémiques lancée par plusieurs membres du parti Les Républicains – d’où vient Rachida Dati, récemment exclue après avoir accepté le Ministère de la Culture par Macron – dont Éric Ciotti et Laurent Wauquiez. Avant cela, le parti de Dati avait notamment poursuivi le groupe Sniper.

Dans un contexte politique de plus en plus fascisant, il ne faut pas oublier l’histoire de la droite vis-à-vis des anciennes générations de rappeurs. Mekolo Biligui complète aussi : «On vit une droitisation de la pensée, de la société et naturellement, on voit toutes ses questions infusées dans le rap. Il y a une perméabilité et un auditoire prêt à accueillir ce discours, c’est la conséquence de la popularisation du rap à grande échelle».

À ce sujet, le groupe IAM alertait déjà en 2007 : «Munitions, flingues et balles, c’est du rap de droite, Femmes soumises ou à poil, c’est du rap de droite, Corruption, copinage, c’est du rap de droite, Slogans chocs, affiches et bâts, pour un bon rap de droite, Vrais fachos, faux rebelles, c’est du rap de droite».

Le temps où le rap était un art qui revendiquait son engagement, son hostilité à la police et diffusait dans quasiment chaque morceau des punchlines contre le racisme et l’extrême droite semble révolu. Depuis les années 1990, à travers de nombreux groupes comme Assassin, NTM, La Rumeur, Kery James, Casey, Tout Simplement Noir, Sniper, Rocé, Ministère Amer et bien d’autres, des générations de jeunes ont été éduqués par du rap contestataire.

Aujourd’hui, la plupart des artistes dominants recyclent largement l’imaginaire capitaliste, compatible avec celui de Rachida Dati. L’exemple le plus caricatural est le soutien du rappeur Maître Gims à la candidate de droite Valérie Pécresse en 2021, où plus tôt celui de Doc Gynéco à Nicolas Sarkozy. Le rap est devenu une énorme industrie avec des rapports de forces, des dominants du côté du pouvoir et des outsiders, qui continuent de dénoncer l’ordre établi.

Si les politiques s’intéressent au rap c’est justement parce qu’il s’est largement démocratisé et qu’il est difficile de continuer à le diaboliser tant il touche un public large. Mais en se démocratisant il s’est aussi dépolitisé, ce qui amène souvent les jeunes auditeurs à méconnaître le parcours politique et la vision des politiques de droite et d’extrême droite vis-à-vis du rap et de la culture populaire en général.

À tel point que Jordan Bardella du Rassemblement National tente de séduire les jeune pour les européennes en démarrant ses meeting sur des chansons de Jul. Le même a pourtant déclaré que l’émission DMV – où s’est rendue Rachida Dati – faisait la promotion permanente du deal, et Zemmour a même annoncé qu’il voulait supprimer le ministère de la culture pour instaurer un ministère des beaux-arts et du patrimoine Français. Il avait d’ailleurs déjà qualifié le rap de «sous-culture d’analphabète» alors que son complice Henry De Lesquen avait appelé à bannir la «musique nègre». Zemmour avait, du reste, porté plainte contre le rappeur Youssoupha.

En 2006, Médine interrogeait ses auditeurs : «Sais-tu vraiment ce qu’est le rap français ? Pas une machine à sous mais une machine à penser». La récupération du rap par des politiciens réactionnaire est révélatrice de leur méconnaissance de cette culture et de la vision qu’ils ont de la culture populaire. Ne les laissons pas récupérer un genre musical venu d’en bas, qu’ils ont méprisés et condamné pendant des années.

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Une réflexion au sujet de « Une sarkozyste chez les rappeurs ? Le double jeu de Rachida Dati »

  1. Le Seum – Palestiniens
    voilà peut être un morceau de RAP à faire écouter aux élites politiques et médiatiques de droite et d’extrême droite qui soutiennent inconditionnellement le massacre du peuple Palestinien.

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