L’école privée serait-elle publique ?


Les établissements privés crient sur tous les toits que leurs résultats sont meilleurs, mais lorsqu’ils sont pointés du doigt il n’y aurait plus de différence avec le public : l’hypocrisie du séparatisme


Ces dernières semaines, le vase a débordé dans l’éducation nationale. Après des décennies de casse des services publics, l’école est loin de remplir sa mission d’émancipation (elle ne l’a jamais fait) mais elle est plus que jamais une institution de violence sociale au service du patronat. Nombre de personnels d’éducation refusent d’être systématiquement transformés en flics ou en matons, car comment peut-on apprendre aux élèves à être libres si c’est en faisant de l’école une prison ?

En Loire-Atlantique, le mouvement s’est illustré en étant particulièrement offensif : blocage de la direction départementale du ministère de l’éducation, journées de grève reconductibles, manifestations régulières et, surtout, visites d’établissements privés.

C’est ce qui inquiète le directeur de l’établissement Saint-Stanislas, un collège-lycée privé catholique très conservateur et pépinière de jeunes fascistes, situé en plein centre-ville de Nantes – à ne pas confondre avec l’établissement Stanislas de Paris, qui accueille les rejetons de la ministre des sports, entre autres héritiers de la bourgeoisie.

L’école avait reçu la visite de manifestant-es en février, qui avaient lancé des œufs pourris sur la devanture en chantant “On veut du fric pour l’école publique, on va récupérer la thune de l’école privée”.

Thierry Bougère, le directeur du collège-lycée surnommé “Saint-Stan'” à Nantes, écrit ainsi une lettre paniquée aux parents d’élèves, que nous nous sommes procurée : “Non, ce n’est pas un mauvais rêve, la guerre scolaire est bien à nouveau déclarée”. Parlant de “suppôts du public” – pourquoi pas “suppôts de Satan” tant qu’on y est ? – son courrier transpire la peur de vivre un blocage comme un autre établissement privé, celui du Loquidy, en a connu un il y a quelques jours. Le directeur prend pour référence un article mensonger du Figaro, qui avait largement extrapolé les faits.

Pour les personnels du public, le “mauvais rêve”, c’est de voir leurs établissements en ruine, les élèves maltraités et les classes sans enseignants. Pour le directeur de Saint-Stan’, c’est qu’ils puissent réclamer “le fric de l’école privée” devant son bahut. Cocasse.

La suite n’est qu’une longue lamentation : selon lui, le privé, comme le public, manquerait de moyens et qu’il faudrait se battre pour l’école catholique, quitte à organiser une grande manifestation comme au temps du projet de loi Savary en 1984. C’était une loi visant à intégrer les écoles privées dans un grand service public de l’Éducation. Face aux grandes manifestations de droite, le gouvernement socialiste avait reculé.

Et 30 ans après, les écoles privées, dont certaines sont de plus en plus réactionnaires, se gavent de subventions pendant que les établissements publics sont à l’abandon. Rappelons qu’à cette occasion en 1984, sur le parcours de la manifestation nantaise qui réunissait toute l’extrême droite intégriste, une banderole avait été déployée sur le Château des Ducs : “Dieu n’existe pas, rentrez chez vous”.

L’attitude de Thierry Bougère interroge : pourquoi se vanter d’une spécificité de l’enseignement privé, pourquoi afficher ses meilleurs résultats, pourquoi se réfugier derrière les murs opaques de Saint-Stan’ si c’est pour nous dire que, au final, l’école privée est identique à l’école publique ?

Camarade Bougère, il va falloir choisir : soit l’enseignement privé possède de meilleurs résultats parce qu’il est avantagé, auquel cas le privé est séparatiste et donc bientôt menacé de dissolution par Darmanin. Soit l’école privée est identique au public, auquel cas rendre Saint-Stanislas public ne changerait finalement rien à la situation. Puisque vous naviguez entre ces deux possibles, il ne peut y avoir qu’une seule conclusion : vous vous foutez de la gueule du monde et n’attendez qu’une chose, pouvoir faire vos affaires tranquille, sans rendre de comptes à la société.


Mais tôt ou tard, les comptes vont devoir se faire. Ce midi une manifestation de plusieurs centaines d’enseignant-es s’est arrêtée de longues minutes devant le portail de Saint-Stanislas, rappelant au directeur que s’il veut la guerre sociale, on peut lui donner.


Le mail complet envoyé aux parents d’élèves :

MESSAGE DU DIRECTEUR DE SAINT STANISLAS, MR. THIERRY BOUGERE

Chers amis de Saint Stan,

J’ai l’impression désagréable de me retrouver dans un mauvais rêve. 

Non, ce n’est pas un mauvais rêve, la guerre scolaire est bien à nouveau déclarée.

Des suppôts du public ont tenté de pénétrer dans l’enceinte de Saint-Stanislas voilà près d’un mois, sans succès grâce à notre réactivité désormais légendaire suite à l’épisode “Stan” à Paris, aux cris de “Saint Stan on veut ton fric, les riches en prison” ! Tout un programme.

Cette semaine, rebelote mais cette fois-ci la cible était Le Loquidy où ils ont réussi à forcer l’entrée et à invectiver élèves et adultes au son de “on veut le fric du privé”. Le Figaro en a fait un article.

Que cherche-t-on ? A monter les uns contre les autres ?

A l’échelle départementale, le président Ménard refuse d’appliquer l’augmentation de notre forfait à l’élève (cf message de l’EC 44 ici et du Président de l’EC44 ici)

En cela, il sait bien qu’il met en péril nos collèges, et que dire du plan informatique qui s’arrête et des cantines publiques financées grâce à nos impôts pour une facture aux familles voulue bientôt à 1 euro !!!

Les jeunes scolarisés dans nos établissements sont tous des gosses de riches, des bourgeois, des fils et filles de grandes familles et bien entendu ne rencontrent aucune difficulté scolaire. C’est grotesque ! Qui va croire çà ? De qui se moque-t-on ? Qu’ont fait ces enfants et ces jeunes pour mériter cela ? Les collèges privés catholiques ont tous signé un contrat d’Association avec l’Etat et en cela ils remplissent leur mission d’éducation avec en plus le fameux caractère propre. Doit-on se laisser faire ?

Que nenni !!!

Sans doute mu par l’esprit vivace du Chanoine Guiberteau, je participe activement à la lutte avec tous mes collègues directeurs. Ce lundi matin, un cortège de directeurs va partir au Conseil Départemental pour manifester notre mécontentement pendant le vote du budget. Comme cela ne suffira sans doute pas, en collaboration étroite avec l’Apel 44, une pétition par internet a été lancée : https://chng.it/QKhLNjjx5d

SIGNER LA PÉTITION

A l’heure où j’écris ce mot, elle rassemble déjà plus de 8000 signatures. Enfin, nous réfléchissons à la tenue d’une grande manifestation à Nantes qui rassemblerait les parents, les élèves, les communautés éducatives et tous les amis et défenseurs de l’Enseignement Catholique, et vous en êtes. 

NON, nous ne nous sommes pas battus pour rien en 1984. S’il faut à nouveau nous faire entendre et nous défendre, ils nous trouveront face à eux. Haut les cœurs !!! Vive l’Enseignement Catholique !

RECTE SEMPER

Thierry BOUGERE

Directeur du Lycée & Collège Saint-Stanislas de Nantes

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