Un gouvernement validé par le RN

Bayrou, Valls, Darmanin et Retailleau : des ministres validés par le RN pour un gouvernement d'extrême droite.

«Le premier ministre m’a informé ce matin, contrairement à ce qu’il m’avait proposé hier, qu’il n’était plus en mesure de me confier la responsabilité du ministère de la justice en raison de l’opposition du Rassemblement National […] je refuse de participer à un gouvernement de la France formé avec l’aval de Marine Le Pen».

Ce message a été publié hier, 23 décembre au soir, par Xavier Bertrand, politicien très réactionnaire du nord de la France, par ailleurs détesté par le RN. Les états d’âme de ce monsieur sont assez peu intéressants. Ce qui l’est, c’est qu’il révèle qu’une nouvelle fois le gouvernement a été composé avec la validation du RN. Cela veut d’abord dire que le clan Le Pen a choisi et approuvé la nomination de Manuel Valls, Gérald Darmanin, François Rebsamen et les autres. Un casting qui ressemble à l’affiche des superméchants dans un film de série B.

Xavier Bertrand, président de la Région des Hauts-de-France, s’est vu retirer son poste à la dernière minute sur demande expresse de l’extrême droite parce qu’il n’est pas assez raciste. À la place, Bayrou a nommé comme Ministre de la Justice Gérald Darmanin, qui est lui très proche du RN. Il trouve même Marine Le Pen «trop molle»… et il s’est dernièrement illustré en soutenant Marine Le Pen dans le cadre de son procès pour détournement de fonds. Alors que la candidate d’extrême droite est menacée d’inéligibilité par la justice, Darmanin avait violemment critiqué les réquisitions. Avec un tel Ministre de la Justice, la candidate est assurée de ne pas être condamnée.

Par le passé Darmanin avait aussi attaqué les juges dans le cadre affaire Fillon, mais aussi lors de la condamnation de son copain Nicolas Sarkozy. Un tel homme à la tête de la Justice est une déclaration de guerre aux magistrats.

Bayrou lui-même est à la tête d’un parti condamné par la justice, le Modem, et il doit être jugé prochainement en appel. Il a, lui aussi, publiquement soutenu la présidente du RN dans le cadre de son procès. Hier soir, il a même refusé de qualifier le RN de parti d’extrême droite, en se contentant de déclarer que, pour lui, le parti «ne respecte pas un certain nombre de valeurs et de principes, il est protestataire». Finalement, le RN est donc un interlocuteur acceptable, contrairement à la France Insoumise, constamment traitée d’«anti-républicaine».

Juste avant l’élection présidentielle de 2022, François Bayrou avait déjà volé au secours de Marine Le Pen pour lui donner sa signature, nécessaire pour se présenter. À l’époque, il disait avoir parrainé Le Pen «pour sauver la démocratie».

Lors d’un débat télévisé pour les législatives de 2022, face à un député du Rassemblement National, Bayrou avait été très conciliant avec le parti. Il avait lancé à son propos : «Je ne sais pas si ça s’appelle extrême droite». Même le droitard Jean-François Copé, présent sur le plateau, avait été choqué : «Ça, c’est la meilleure de l’année. Vous faites une concession à l’extrême droite qui est vraiment touchante !» Historiquement, l’extrême centre n’a pourtant jamais hésité à nouer des alliances avec les fascistes en temps de crise.

À l’inverse, en septembre dernier, François Bayrou, déclarait sur BFM à propos de la dissolution : «Le but de cette élection n’était pas de désigner un vainqueur mais d’écarter des gens dont on ne voulait pas». Sous-entendu : les partis de gauche. Dans le monde de Bayrou, le RN n’est pas d’extrême droite, et il faut même sa validation pour choisir les membres du gouvernement, mais la gauche, même molle, doit être «écartée».

Cette soumission totale au RN ne paiera même pas. Le président du Rassemblement National, Jordan Bardella, s’est moqué de Bayrou sur Twitter : «Heureusement que le ridicule ne tue pas. Hélas, rien n’aura été épargné aux Français : François Bayrou a réuni la coalition de l’échec». «La coalition des minorités macronistes accouche en catastrophe d’un gouvernement enchaîné à l’impuissance du ‘en même temps’» écrit de son côté Eric Ciotti. Sur internet, l’extrême droite se déchaîne contre le nouveau Premier Ministre.

Autrement dit, le gouvernement est sous contrôle du RN, qui va en tirer parti au maximum en lui réclamant les lois les plus racistes et liberticides possibles, avant de le censurer comme il l’a fait pour Barnier. En attendant la prochaine dissolution.


Le macronisme aura été le marchepied du RN jusqu’à la plus ultime limite.


AIDEZ CONTRE ATTAQUE

Depuis 2012, nous vous offrons une information de qualité, libre et gratuite. Pour continuer ce travail essentiel nous avons besoin de votre aide.

Faites un don à Contre Attaque, chaque euro compte.

2 réflexions au sujet de « Un gouvernement validé par le RN »

Laisser un commentaire