L’état de putréfaction politique du pays n’a jamais été aussi grand autour du génocide palestinien. Alors que les soutiens de la Palestine sont censurés, traqués, humiliés et réprimés, des lobbyistes d’un régime colonial et génocidaire sont accueillis au Sénat.

Annulation d’un colloque sur la Palestine au Collège de France
«Il ne peut pas y avoir d’occupation heureuse, démocratique et c’est elle qui engendre la violence» disait Henry Laurens, historien, invité sur le plateau de France 24, le 20 septembre 2025 à propos de la situation en Palestine et du régime colonial israélien. L’homme en question est titulaire et professeur au Collège de France, spécialiste du monde arabe. L’établissement parisien est rattaché au ministère de l’enseignement. C’est un lieu de recherche et de liberté académique où l’on dispense des cours gratuits ouverts à toutes et tous, sans conditions d’inscriptions ou de diplômes. Un lieu préservé au sein de l’espace universitaire français.
Un colloque, intitulé «La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines», devait être coorganisé par Henry Laurens et le Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris (Carep Paris) les 13 et 14 novembre 2025. Il a tout simplement été annulé sous la pression des sionistes, avec la complicité du Ministre de l’enseignement supérieur.
La Licra, organisation prétendument anti-raciste et réellement pro-israélienne, a signalé immédiatement le cycle de conférences au ministère de l’enseignement supérieur. Cette organisation a dénoncé une «foire antisioniste» et évoqué le «dévoiement d’une institution prestigieuse». On a du mal à comprendre en quoi organiser une conférence autour d’un État reconnu par les organisations internationales pourrait dévoyer le prestige du Collège de France. Quant à l’accusation en antisionisme, il ne s’agit pas encore d’un délit, même si les macronistes et les défenseurs du régime israélien ont un fort désir de le criminaliser.
Yonathan Arfi, président du Crif, sioniste forcené lui aussi et pourfendeur de la cause palestinienne, a dénoncé l’événement sur le réseau social X. Il estimait que «rien n’allait dans ce colloque. Ni l’approche partiale et militante, ni les intervenants contestables, ni la date indécente du 13 novembre». En associant dans cette déclaration marécageuse des interventions universitaires et les attentats du Bataclan et des terrasses du 13 novembre 2015 à Paris, Arfi veut sciemment jeter l’opprobre sur les organisateurs. En sous-texte, Henry Laurens et le Carep, en organisant des discussions autour de la Palestine, seraient complice du terrorisme international. Une accusation déjà utilisée à tort et travers contre les soutiens du peuple palestinien.
Rappelons qu’en février 2024, ce même monsieur Arfi affirmait qu’il n’y avait «pas d’équivalence morale» entre les morts israéliens et palestiniens, avant de parler de «victimes collatérales» à Gaza lors d’une interview sur France info. Mais attention ce discours négationniste au service de la propagande du régime génocidaire israélien n’est, lui, ni militant, ni partial sur le sujet…
C’est dans ce contexte boueux que ce dimanche l’administration du Collège de France a annoncé l’annulation de la manifestation à la demande du ministre macroniste Philippe Baptiste «en réaction à la polémique entourant la tenue» de l’événement.
Dans un communiqué, l’administrateur du Collège de France explique qu’il «se voit dans l’obligation, en tant que chef d’établissement, responsable de la sécurité des biens et des personnes ainsi que de la sérénité des événements tenus dans l’enceinte du Collège de France, d’annuler la manifestation». Le Collège de France «ne prône, ni n’encourage, ni ne soutient aucune forme de militantisme», a affirmé l’établissement qui assure de sa «stricte neutralité (…) au regard des questions de nature politique ou idéologique». Les soutiens des colonialistes et criminels de guerre ont encore une fois eu gain de cause. «Cette annulation est un soulagement» s’est félicité le président du CRIF sur X.
Quelques heures après la censure du colloque le Carep répondait avec amertume au ministre de l’enseignement : «Sous couvert de ‘garantir la scientificité’, le ministère justifie une intervention politique dans le champ de la recherche […] Accuser ces chercheurs d’antisémitisme ou de militantisme revient à disqualifier sans fondement leurs travaux, pourtant validés par leurs pairs et publiés dans les revues scientifiques les plus prestigieuses. Cette confusion entre évaluation savante et contrôle idéologique met directement en péril l’indépendance du savoir. La recherche n’a pas vocation à être ‘équilibrée’ politiquement : elle doit reposer sur la compétence, la méthode et la probité intellectuelle. Depuis quand le pouvoir politique se substitue-t-il aux instances de la recherche pour décider de ce qui est ‘scientifique’ ou non ?»
Un lobby israélien au Sénat
Dans le même temps, les problèmes de militantisme et d’ingérence étrangère ne se posent évidemment pas lorsqu’il s’agit d’Israël. En effet, on apprenait sur Mediapart ce lundi 10 novembre que le Sénat accueille discrètement un colloque financé directement par Israël. C’est le lobby Elnet, porte-voix de l’entité génocidaire en France, qui en est l’instigateur. Elnet, c’est cette institution qui a payé des voyages en Israël à des centaines de parlementaires français.
Un lobby qui ne s’est jamais inscrit à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Sauf que le ministère des affaires étrangères israélien finance l’événement à hauteur de 72.000€, alors même que le groupe d’influence prétend être indépendant de l’État génocidaire. Des représentant·es du gouvernement israélien seront également présente·s. Un scandale : leur place est devant une Cour Pénale Internationale, pas sur un des palais de la République française.
Summum de l’indécence, ce colloque s’intitule «coalition mondiale des femmes contre les violences basées sur le genre utilisées comme armes de guerre». Alors même que les violences sexuelles perpétrées par Israël sur les Palestiniennes et les Palestiniens sont largement documentées. En mars 2025, les Nations Unies dévoilaient un rapport sur les violences sexuelles, soulignant que «Israël a eu de plus en plus recours à la violence sexuelle et procréative, ainsi qu’à d’autres formes de violence fondée sur le genre contre le peuple palestinien, dans le cadre d’un effort généralisé pour affaiblir les droits de la population à l’autodétermination».
Ces violences sont systémiques et organisées et ne résultent nullement d’actes isolés : «Des viols et des actes de violence ciblant les organes génitaux, ont été commises soit sur ordre explicite, soit avec l’encouragement implicite des hauts responsables civils et militaires d’Israël» conclue le rapport. Autre élément accablant, «des femmes et des filles sont mortes de complications liées à la grossesse et à l’accouchement en raison des conditions imposées par les autorités israéliennes, qui leur ont refusé l’accès aux soins de santé procréative, des actes qui relèvent du crime contre l’humanité par extermination».
Mais le Sénat estime que ce n’est pas un problème que les responsables de tels crimes fassent un colloque sur cette thématique. Les autrices de cette mascarade sont la sénatrice Dominique Vérien et la ministre Aurore Bergé, qui s’est vue offrir des voyages en Israël par Elnet à de nombreuses reprises et qui est une fervente soutien du régime génocidaire. La présence de Manuel Valls est également annoncée. Dans un avis favorable du gouvernement israélien rendu en avril, ce colloque est surtout présenté comme une «occasion de renforcer la position politique et l’image d’Israël dans le monde». Du lobbying pur et dur.
Au Sénat, on a un penchant particulier pour les génocidaires. Déjà en avril 2024, Gérard Larcher recevait Amir Ohana, le Président du Parlement israélien, avec tous les honneurs. Ce même Gérard Larcher qui sera présent à une soirée de «débats» organisée par le Crif, autre relais du sionisme en France, le 12 novembre prochain, avec la présidente de l’Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet.
Que retiendront les générations futures de cette période de négation de l’Histoire, où les dirigeants français déroulent le tapis rouge aux tortionnaires israéliens et leurs soutiens, tandis qu’ils frappent celles et ceux qui osent dénoncer le génocide ?
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