Le Ministre de la justice est lui-même accusé de viols. Des avocates répondent qu’il «n’est pas possible de juger correctement des affaires de viol en une seule journée»

Gérald Darmanin est un violeur, mis en cause par deux femmes. Visiblement, cela ne lui pose pas de problème, le viol. Ce qui le dérange, c’est que la justice veuille juger les viols – et encore, à peine, puisque seuls 1 à 2% des violeurs sont condamnés aux Assises.
Mais, coup de chance, Gérald a le pouvoir de changer ça : le violeur est en effet Ministre de la Justice, après avoir été Ministre de l’Intérieur. Sa nouvelle brillante idée afin de s’assurer de l’impunité pour les autres comme pour lui : juger les viols en un jour. C’est L’Humanité qui a révélé une note en date du 27 février, envoyée aux procureurs et présidents de toute la France. Darmanin les invite à « limiter la citation des témoins et experts aux seules dépositions strictement nécessaires à la qualité des débats » et à se limiter à une seule et unique journée d’audience. Circulez, y a rien à voir. La justification qu’il donne : l’engorgement des tribunaux. Des solutions pour les désengorger, il y en a bien d’autres : par exemple, arrêter d’envoyer au tribunal des personnes pour un vol de cannette ou un jet de peinture sur une vitrine. Mais non, il a choisi de s’attaquer aux jugements violeurs.
« Il n’est pas possible de juger correctement des affaires de viol en une seule journée » expliquent Isabelle Steyer et Violaine De Filippis-Abate, avocates et co-présidentes de l’association Action Juridique Femmes. En effet, mais depuis quand souhaite-on juger les violeurs ? Ce n’est pas le but. Cette impunité généralisée des violeurs, Gérald en a amplement profité. Et il veut que tout le monde puisse en bénéficier.
Rappel des faits : en 2017, une femme l’accuse de l’avoir violée en 2009 dans une chambre d’hôtel, alors qu’elle était chargée de mission au service des affaires juridiques de l’UMP. Elle l’accuse de l’avoir contrainte à un rapport sexuel en échange d’une lettre à transmettre à la Chancellerie pour nettoyer son casier judiciaire d’une condamnation de 2004. Il dit à la victime : «Vous aussi, il va falloir m’aider». Une relation sexuelle non consentie et sous contrainte donc, et un abus de pouvoir certain. Le ministre reconnaît la relation sexuelle mais affirme quant à lui que la relation était consentie. L’avocate de la victime affirme «qu’il s’agit d’un ‘viol par surprise’ et d’un rapport sexuel ‘extorqué’, ni libre, ni consenti».
Des échanges de messages ont été rendus publics. La plaignante répond à Darmanin : «Quand on sait l’effort qu’il m’a fallu pour baiser avec toi. Pour t’occuper de mon dossier». L’actuel ministre de l’Intérieur lui répond alors : «Tu as raison je suis sans doute un sale con. Comment me faire pardonner ?» Ces messages sont assez explicites sur le niveau de consentement de la victime.
Pourtant l’affaire avait fini par un non-lieu. La décision de non-lieu est celle du juge d’instruction, qui estime qu’il n’y pas suffisamment d’éléments pour que l’affaire soit en état d’être jugée devant un tribunal. Pourtant, les éléments ne manquaient pas, ne seraient-ce que les échanges rendus publics entre lui et Olga Patterson, ainsi que plusieurs expertises psychiatriques infligées à la survivante. Les irrégularités et les exceptionnels passe-droits dont a bénéficié le ministre non plus. En mars 2021, la demande express de l’ex-épouse du violeur d’être convoquée lorsqu’elle a découvert l’histoire, est tout simplement refusée par la juge Huguet.
Une autre plainte avait été déposée à l’encontre de Gérald Darmanin pour des faits d’abus de faiblesse, pour avoir contraint une habitante de Tourcoing à des relations sexuelles en échange de l’obtention d’un emploi et d’un logement en 2015. Déposée en février 2018, la plainte a été classée sans suite dès le mois de mai 2018.
Depuis, Olga Patterson a saisi la Cour Européenne de justice, qui doit statuer sur la partialité sexiste et le traitement du dossier par les autorités, qui frôle l’illégalité à de nombreuses reprises. Ce ne serait pas la première fois que la France serait épinglée pour son traitement des affaires de viols. Le 4 septembre 2025, la CEDH condamnait la France pour sa définition du viol : « La France a manqué à ses obligations (…) qui lui imposaient d’instaurer des dispositions incriminant et réprimant les actes sexuels non consentis et de les appliquer de façon effective ».
Le 24 juillet de la même année, la France était condamnée pour le sexisme de sa justice : « Les autorités nationales ont manqué à leur obligation de protéger la dignité de l’intéressée, en l’exposant à des propos culpabilisants, moralisateurs et véhiculant des stéréotypes sexistes propres à décourager la confiance des victimes dans la justice ». La France, l’eldorado des violeurs.
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