Des milliers de personnes ont défilé à Nantes pour le Premier Mai 2026, dans une ambiance aussi festive que combattive. Les grands cortèges sont rares ces derniers temps et la météo printanière a permis un défilé familial et revendicatif tout en démontrant sa solidité.
La journée débute dans une ambiance de camaraderie et de retrouvailles, même le soleil fait son apparition un peu après l’heure du rendez-vous. Alors que des discours égrainent toutes les raisons que nous avons de nous mobiliser, des morts au travail à la fascisation ambiante, un ballon aux couleurs de la Palestine s’envole dans les airs, portant avec lui un message : «Guerre à la guerre : le 8 mai tou·te·s à Saint-Nazaire». Le ballon s’enflamme peut après et s’écrasera sur un trottoir, mais peu importe : le message est passé.
À l’avant, un cortège antimilitariste s’élance, guidé par les fumigènes et les slogans. Un bloc compact est regroupé derrière des banderoles qui prennent la largeur de la voie. C’est une vraie réussite : des centaines, peut-être un millier de personnes sont réunies en tête de manifestation pour exprimer leur rejet de l’impérialisme et de la guerre.
Dès les premières minutes des CRS cherchent à nasser la tête de cortège en essayant de s’insérer des deux côtés de la foule. On ne connaît que trop bien cette méthode qui ne visent qu’à terroriser et asphyxier les manifestations. L’an dernier, le 1er mai était une procession lugubre cernée au corps à corps par des centaines d’individus cagoulés, armés et menaçants. Pas question cette fois-ci. Un slogan résonne : «Pas de shtars sur les trottoirs !» Le cortège s’étend pour occuper tout l’espace et empêcher la manœuvre de la police qui est encore sur un carré de pelouse. Les CRS, trop en confiance, commencent à cogner comme des sourds sur toutes les têtes qui se trouvent à leur portée : jeunes, syndicalistes, passant·es.
Les flics devaient penser que Nantes s’était calmée, qu’à force de répression la ville était rentrée dans le rang. Raté. Quelques patates partent spontanément en direction des agresseurs, un pavé atterrit sur la tête d’un CRS qui doit être évacué, et un feu d’artifice vient illuminer la scène. Le poulet pomme de terre de jour férié est servi. Des grenades lacrymogènes pleuvent sur le cortège, qui se reforme, et va pouvoir défiler sans encadrement policier étouffant. Première petite victoire de la journée.
La suite de la manifestation est finalement assez classique : la BAC rôde à distance du cortège de tête qui remonte la rue de Strasbourg et en profite pour repeindre la mairie, suivi des cortèges syndicaux où la musique donne le rythme d’une ambiance familiale. L’arrivée devant la préfecture se fait sous un tonnerre d’applaudissements alors qu’une gigantesque banderole est déroulée, proclamant que «La Révolution française n’est pas finie».
Puis le cortège s’engouffre sur le Cours des 50 Otages, les CRS et la BAC tentent à nouveau de mettre la pression sur les côtés, essuyant parfois des tirs de feux d’artifice, répliquant à grands coups de lacrymogènes. Une barricade est érigée sur la voie de tram avec du matériel récupéré sur un chantier. À l’arrière, l’ambiance reste globalement calme et festive.
À la croisée des trams, le cortège de tête cherche à bifurquer vers Bouffay où un hommage doit être rendu à Oussama, syndicaliste, révolté et ami, décédé le 29 avril. La police ne l’entend pas de cette oreille et gaze dans toutes les directions, empêchant plusieurs fois la manifestation de repartir vers le CHU où elle est sensée se terminer. Une dame âgée tombe au sol dans un mouvement de foule, elle est relevée la bouche en sang tandis qu’un mégaphone appelle les médics : nouvelle salve de gaz, inutile et dangereuse.
Bon gré, mal gré, le camion de la CGT parvient à rejoindre le CHU, encadré par des CRS qui créent encore de la tension en chargeant parfois sans qu’on sache trop pourquoi. Un néo-nazi s’approche pour faire un salut et agresser des manifestant·es, il reçoit une pêche. Mais tout de suite, une nuée d’agents se précipite pour le protéger et l’exfiltrer. On a décidément de plus en plus de mal à distinguer la police et les nostalgiques d’Hitler.
Les violences policières ne sont pas gratuites mais idéologiques. C’est ce qui se confirmera juste après, alors que la manifestation du Premier Mai est terminée : la police reviendra à Bouffay pour empêcher de rendre hommage à Oussama. Le fascisme en acte, que nous racontons dans un autre article à lire ici.
Photos : Estelle Ruiz, Tonio, Oli Mouazan, CA
Notre montage vidéo de ce 1er Mai antimilitariste :
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