Attaque raciste «sportive», le fascisme gagne du terrain

« C’était 150 personnes » raconte un témoin de la scène. Le groupe d’ultras néonazis de l’OGC Nice, accompagné de ceux du LOSC Lille et de l’AS Nancy, ont attaqué un bar et des passants au hasard dans le quartier du canal Saint-Martin, à Paris, le 21 mai dernier. La finale de la Coupe de France entre l’OGC Nice et le RC Lens se jouait le lendemain.
Anouk, 20 ans, témoigne de la scène à Street Press : « On savait pas qui c’était de loin, mais on a capté que c’était menaçant. Une centaine de mecs qui font des saluts nazis ». Quelque instant après, des cris, des jets de projectiles en direction du bar « L’Atmosphère » puis « une armée de mecs capuchés, habillés tout en noir » chargent le bar. « Tous étaient blancs avec le crâne rasé ». L’attaque se concentrera au niveau du bar. Sur des images filmées par différents témoins, on peut voir les supporters d’extrême droite s’acharner en lançant des chaises sur les fenêtres et même à l’intérieur du bar sur les clients. De violents affrontements s’en suivent dans la nuit.
Malgré l’extrême gravité de ces faits au cœur de la capitale, les médias parlent d’une « rixe » ou d’une « bagarre entre supporters ». Il s’agissait pourtant ce soir là d’une milice néo-nazie faisant une descente, ciblant ses victimes en raison de leur couleur de peau ou de leur apparence vestimentaire. « Les mecs frappaient dans tous les sens ». Plusieurs témoins indiquent avoir entendu « On va casser du noir et de l’arabe » ou encore « c’est des gauchos ». Martina, 24 ans, raconte à Street Press avoir aperçu plusieurs symboles nazis chez les assaillants.
Les personnes présentes s’enfuient, alertent les passants de la présence de « néonazis qui frappent tout le monde ». Face à ces alertes, un groupe antifasciste criant « Nique les fachos » se monte tant bien que mal pour tenter de faire front. La police, elle, est aux abonnés absents, malgré la constitution d’un groupe d’ultras cagoulés et habillés de noir de longues minutes avant l’attaque, une veille de match, alors que les supporters niçois sont connus pour leurs tendances néo-nazies particulièrement violentes. Plus intriguant encore : sur une vidéo montrant le début de l’attaque du bar, on voit un véhicule de police de l’autre côté du canal ralentir, observer la scène, puis repartir sans intervenir. Au sol, un homme inanimé, face contre terre. Pendant 15 longues minutes, la police ne fait rien. L’attaque aurait commencé vers 23h30, les premiers policiers arrivent vers 23h45, les groupes de néonazis fuient vers 23h50 selon plusieurs témoins.
« Durant ces violences, un homme noir tente de s’interposer pour calmer tout le monde. Il reçoit un coup de couteau dans le dos. Quand la police arrive, les agents lui gazent le visage au lieu de poursuivre les agresseurs » selon un témoin interrogé par Street Press. Sans autodéfense populaire et les antifas, jusqu’où aurait été cette expédition punitive ?
Lors de leur retraite, un slogan « La BSN est toujours là » aurait été scandé. La « Brigade Sud Nice » était le groupe d’ultra Niçois déjà connu pour des actes néonazis, dissout en 2010. Aujourd’hui le groupe s’est remonté sous le nom de « Populaire Sud Nice », groupe ultra, majoritaire au sein du club. On ne le dira jamais assez : il ne sert à rien de se réjouir de la dissolution de groupes d’extrême droite. Ceux-ci peuvent toujours se recomposer et agir en toute impunité, ces dissolutions ne font que donner le change et justifier de dissoudre les groupes militants qui bousculent réellement l’ordre social. Rappelons-nous toujours que le fascisme est l’assurance-vie de la bourgeoisie radicalisée qui est au pouvoir : pourquoi le gouvernement combattrait-il réellement les fascistes ?
Un peu plus tard, 65 personnes sont finalement interpelées, des gants coqués, des cagoules de l’OGC Nice ainsi que des protèges dents sont retrouvés sur place.
À présent, plus d’une semaine s’est écoulée et on attend toujours la réaction du gouvernement, lui qui est d’habitude si prompt à réagir et commenter n’importe quelle action menée par les militants de écologistes, pro-palestiniens ou anticapitalistes. Souvenons-nous des journées de polémiques et de la répression militarisée lors de blocages étudiants contre Israël ou d’actions sur les ZAD. Même Sophie Binet, timide secrétaire générale de la CGT a été envoyée récemment au tribunal par un lobby patronal pour «injures».
Pour ne pas changer, la préfecture de police de Paris a déclaré «ignorer le motif des altercations». Comprendre : « circulez, il n’y a rien a voir ! » Éric Ciotti, le maire d’extrême-droite de Nice, a commenté qu’il ne fallait pas assimiler une minorité violente aux supporters Niçois. C’est pourtant lui qui assimilait les associations d’aide aux personnes migrantes à des « passeurs », mais Ciotti n’est pas vraiment connu pour sa décence.
À Nice justement, le 23 mars, la CGT appelait à un rassemblement suite à la victoire d’Eric Ciotti aux municipales. Des néo-nazis attendaient la dispersion de la foule pour tendre des embuscades. À la fin du rassemblement, deux groupes de militants qui quittaient les lieux étaient attaqués par une vingtaine d’individus d’extrême droite. Ce sont de véritables lynchages avec des coups à la tête, aux côtes et des tabassages au sol qui ont eu lieu, et des militants ont été pourchassés dans les rues. Une véritable milice municipale contre la gauche. Ici encore, silence radio.
Pas de réaction du pouvoir donc. Il s’agirait presque de nous faire oublier que six personnes ont été blessées, dont une grièvement. Une fois de plus l’extrême droite montre son vrai visage. Une idéologie à mettre hors d’état de nuire : pour cela, ne comptons que sur nous-mêmes.
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