Crise climatique, crise sanitaire : «Travaille, consomme, et ferme ta gueule»


Restrictions et mesures autoritaires d’un côté, poursuite de la production et obligation d’aller au travail de l’autre


Alors que le ministre du travail multiplie les déclarations pour minimiser l'impact de la chaleur sur les conditions de travail et envoyer les français au boulot, les autorités profitent de la canicule pour interdire des événements festifs et revendicatifs.

Nous vivons les jours et les nuits les plus chaudes jamais mesurées, le bilan sanitaire est déjà terrifiant, notre écosystème souffre le martyr, mais pour le gouvernement, il n’est pas question de ralentir l’économie. Le business avant tout, c’est ce que répète le ministre du Travail macroniste, Jean-Pierre Farandou.

Ce monsieur, qui était dirigeant de la SNCF avant d’entrer au gouvernement, estime qu’il faut «permettre à l’économie de fonctionner» malgré des températures potentiellement mortelles pour des dizaines de milliers de travailleurs du BTP, de l’industrie, de l’agriculture… Il martèle lors d’une interview donnée le 24 juin : «On ne peut pas arrêter la France à partir de 30°C», ou encore qu’il faut «assurer la continuité de l’activité du pays». Jusqu’aux portes de l’enfer, les néolibéraux voudront faire tourner les entreprises.

Encore plus déconnecté, le ministre assène que nous devons nous «habituer et prendre en compte le fait que de juin à septembre, on aura des épisodes de chaleur important» et qu’il faut que «les salariés puissent continuer à produire». Jean-Pierre Farandou, qui ne connait que la vie de bureau, n’a pas encore intégré que, quand il fait 40°C à l’ombre, le corps humain ne résiste pas, et qu’un ouvrier sur un toit cuit littéralement. C’est ce qui est arrivé au jeune David, 19 ans, mort d’hyperthermie le 26 mai après avoir travaillé sur une charpente en plein soleil. En d’autres termes, nos dirigeants n’ont aucun scrupule à risquer la vie des prolétaires, tant que les profits continuent.

À l’inverse, les autorités n’hésitent pas à interdire les événements revendicatifs et festifs. Ce vendredi, la préfecture de Paris a interdit en dernière minute le festival Solidays – grand évènement musical et engagé pour les droits humains, la santé sexuelle, l’environnement et la jeunesse – et la Marche des fiertés – moment important de revendications LGBTQIA+ – qui devaient avoir lieu ce week-end dans la capitale. Certains préfets, comme celui de Moselle, interdisent toutes les manifestations en journée. Pourquoi pas, si on pense que la chaleur est trop dangereuse, mais dans ce cas il faut être cohérent. Pourquoi appliquer ces restrictions uniquement aux loisirs et aux revendications ?

C’était déjà le cas en 2020 et 2021, pendant la crise du Covid. Souvenez-vous : le 17 octobre 2020 à minuit, le gouvernement français instaurait un couvre-feu sous prétexte d’état d’urgence sanitaire. Une mesure aussi absurde que liberticide qui a duré plus de 6 mois : interdiction de sortir de chez soi la nuit, interdiction des manifestations et rassemblements au nom de la lutte contre la pandémie, mais obligation d’aller travailler en journée. Comme si le virus circulait moins dans les bus et métros bondés qui mènent au boulot qu’au cœur de la nuit.

Ce couvre-feu imposé sans débat, sans bilan, sans remise en cause, avait provoqué des bouchons monstrueux, des transports en communs encore plus remplis et des ruées massives dans les commerces aux heures de pointe. Macron avait alors répété à plusieurs reprises que les français devaient continuer à travailler.

Nos gouvernants n’ont aucune intention de résoudre les «crises» qu’ils ont eux-mêmes provoqués. Ni sanitaires – sinon ils n’auraient pas sacrifié les hôpitaux – ni climatiques – puisque le modèle productiviste et fossile continue de nous emmener dans le mur. Par contre, ils sont tentés d’utiliser ces situations pour durcir encore le contrôle des corps et des esprits. Leur credo, c’est «travaille, consomme, et ferme ta gueule». Tant mieux si la «crise» permet de vider les rues et d’empêcher les luttes ou les rencontres. Et pourquoi pas, à l’avenir, des confinements et autres mesures liberticides pour «notre bien», au nom de l’emballement du climat ?

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