Les 330.000 signataires de la pétition et les mobilisations ignorées : le clan illégitime qui dirige la France passe encore en force

«Les policiers et les gendarmes n’ont pas à être suspectés de faire un usage illégitime de l’arme». Cette phrase gravissime n’a pas été prononcée par un dignitaire fasciste des années 1930, ni par une dictature militaire des années 1970, mais par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, ce mardi 7 juillet, sur la télévision publique.
Il est difficile de lire cette déclaration sans être pris de vertige. Selon la mythologie républicaine de «l’État de droit», la police dispose d’un armement mortel et du «monopole de la violence» à la condition expresse qu’elle soit fortement encadrée, et que les agents soient suspectés et sanctionnés par une justice indépendante. Dans une prétendue «démocratie», les forces de l’ordre doivent justement être encore plus surveillées que le reste de la population, puisqu’elles exercent la violence et la répression. Nuñez assume donc un régime autoritaire.
Non seulement l’indépendance de la justice n’existe pas en France, et les policiers sont déjà systématiquement impunis, mais à présent un ministre assume sans complexe l’instauration d’un corps ayant le droit de donner la mort sans rien risquer. C’est l’officialisation d’un statut de citoyen à part. D’une caste armée ayant la permission de vie et de mort sur la population.
Cette loi est directement empruntée aux néofascistes. Elle figure depuis des décennies dans le programme du Front National de Jean-Marie Le Pen. Un cadre du RN déclare d’ailleurs dans Le Monde : «On va la voter, c’était notre proposition à la base». Jusqu’au bout, Macron applique les rêves de l’extrême droite.
Comme si ce n’était pas assez scandaleux, ce mardi 7 juillet, Laurent Nuñez a décidé de déclencher une procédure d’exception pour faire passer sa loi encore plus vite : l’article 44.3. Il s’agit d’un «vote bloqué», qui empêche les députés de discuter d’amendements à la loi. Et ainsi de la faire passer telle quelle, en urgence, quasiment sans débat, pour aller plus vite.
En début de soirée, elle a donc été adoptée par les macronistes, LR et le RN. La police, dont le nombre d’homicides a explosé ces dernières années, et en particulier par des tirs à balles réelles lors de simples contrôles, obtient de son permis de tuer. Rayana, passagère abattue par un policier en plein Paris. Aboubakar, exécuté au volant à Nantes. Souheil, assassiné à Marseille. Nahel à Nanterre. Maïky. Olivio… Et des dizaines d’autres meurent une deuxième fois.
Une pétition contre cette loi a pourtant recueilli plus de 330.000 signatures. Elle était initiée par Issam El Khalfaoui, dont le fils Souheil, 19 ans, a été tué par un policier lors d’un contrôle le 4 août 2021. Il se bat héroïquement depuis 5 ans pour exiger la justice. Il explique : «En présumant la légalité du tir, elle transfère la charge de la preuve sur les victimes, libère l’État de son obligation de justification, et va à l’encontre du concept même des droits humains».
Des dizaines de collectifs de défense des droits de l’Homme, associations, syndicats de magistrats et d’avocats protestent contre cette loi. Une manifestation a eu lieu devant l’Assemblée. Mais tout cela ne vaut rien pour les néolibéraux autoritaires qui gouvernent illégalement, malgré plusieurs défaites aux élections. Le macronisme est une des nuances du néofascisme contemporain.
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