
La ville de Bnei Brak compte 200.000 habitants en banlieue de Tel Aviv. Fondée par des colons sionistes venus d’Europe de l’est, elle est un bastion de juifs ultra-orthodoxes, appliquant des préceptes de textes sacrés vieux de plusieurs siècles à la lettre. Une ville d’intégristes, où 90% de la population vote pour deux partis d’extrême droite religieux, refusant la laïcité et les droits des femmes.
Le 14 juillet, les autorités de la ville ont annoncé une ségrégation de genre dans les rues. Sur les grandes artères, l’espace sera divisé entre les hommes et les femmes, avec l’installation de panneaux directionnels et de barrières destinées à séparer physiquement les trottoirs en fonction du genre. La municipalité a également publié un communiqué officiel dans lequel elle a demandé à tous les habitants de la ville de se conformer à ces nouvelles directives.
En 2023, dans la même ville, des chauffeurs de bus orthodoxe avaient demandé à des jeunes femmes de se couvrir et de s’asseoir à l’arrière, estimant que leurs tenues offensaient les hommes. La ségrégation est pratiquée sur les lignes de bus fréquentées par les religieux depuis la fin des années 1980.
Un autre bastion ultra-orthodoxe, la ville de Beit Shemesh, avait déjà mis en place cette séparation de l’espace. En 2017, la Cour suprême israélienne avait ordonné à la municipalité de retirer les panneaux. Cela n’a pas dissuadé les fanatiques.
L’Occident a construit la justification de toutes ses guerres au nom du «progrès» et de la «démocratie» contre l’obscurantisme. C’est ainsi que le monde entier a dénoncé les talibans qui ont interdit aux femmes de parler dans l’espace public en Afghanistan. Nos dirigeants ont justifié les agressions contre l’Iran au nom de la lutte contre un régime théocratique qui impose le port du voile aux femmes. Personne en Occident n’appellera à libérer les femmes israéliennes à coups de bombes.
Pourtant, saviez-vous qu’en Israël les mariages mixtes interconfessionnels sont interdits ? Saviez-vous que certaines communautés ultra-religieuses imposent aux femmes le port d’un voile intégral nommé frumka, encore plus couvrant que la burqa des talibans ? Ou encore que des persécutions ont été organisées contre les juifs noirs – les Falasha, très minoritaires – dont les femmes ont été stérilisées de force. Que l’un des ministres actuels, Bezalel Smotrich, veut séparer les arabes et les juifs dans les maternités. Et que le mouvement des colons fanatiques est désormais l’une des premières forces politiques du pays.
Pour ce courant, l’annexion de toute la Palestine et l’élimination de son peuple est un projet divin, messianique. Selon eux, Dieu a donné Israël au peuple juif, et il faut en chasser tous les non-juifs. Il s’agit même d’une obligation religieuse. En Cisjordanie, les colons détruisent des oliviers, volent l’eau, brûlent des maisons, les routes principales leur sont réservées.
Ces fascistes ne sont pas une anomalie, ni des gens isolés. En 1974, un parti est créé, le «Bloc de la foi» : celui-ci se base sur la Torah pour justifier le vol des terres qu’il reste aux palestiniens. Ce mouvement envoie ses membres s’installer directement dans les zones peuplées de palestiniens au nom d’une interprétation littérale du judaïsme. En 50 ans, le mouvement a pris une place énorme dans la société israélienne : ils étaient 100.000 en 1992 et plus de 500.000 en 2022, avec des moyens, des armes, des partis, des relais… Depuis trois ans, ces colons religieux d’extrême droite sont même représentés dans le gouvernement de Netanyahou.
Qu’est-ce qui différencie ces groupes qui pratiquent la violence armée de masse au nom d’une interprétation littérale de la foi d’autres intégristes, comme Daesh ou Al Quaeda ? Rien, si ce n’est qu’Israël est une théocratie suprémaciste disposant de la bombe nucléaire, sponsorisée par tout l’Occident. Pensez-y la prochaine fois que les plateaux télé justifieront une guerre au nom de la «démocratie» et des «droits des femmes».
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