Montage policier : perquisitions, famille menottée et 100 heures de gardes à vue sur la base de présomptions


Le ministère de l’Intérieur se vante d’une «coopération particulièrement précieuse» avec la police italienne de Giorgia Meloni, l’affaire se dégonfle déjà


Un policier de la BRI avec un bélier pour défoncer la porte de militants d'ultra-hyper-totale-gauche accusés de peut-être vouloir envoyer des avions en papier sur des lignes de CRS.

Jeudi 23 juillet, six heures du matin : des dizaines de policiers lourdement armés de la BRI – les unités chargées du grand banditisme et du terrorisme – débarquent chez huit jeunes en fracassant les entrées. Une mère de famille voit sa porte sauter avant d’être mise en joue par une arme à feu, elle croit d’abord à un cambriolage. Des enfants mineurs sont menottés à leurs lits, sous les yeux de leurs parents pendant l’une des perquisitions. Ces étudiant·es, âgé·es d’une vingtaine d’années, sont ensuite emmené·es au «bastion» de la Police judiciaire, où ils passeront près de 100 heures en cellule, avant d’être envoyé·es devant des magistrats.

Pourquoi une telle débauche de moyens répressifs ? Quels faits urgents et d’une particulière gravité méritaient une telle descente ? L’arrestation préventive de jeunes militant·es avant une manifestation prévue au Val de Susa, dans le nord de l’Italie. Une mobilisation y était annoncée deux jours plus tard, contre un projet ferroviaire inutile et destructeur, comme chaque été. Les personnes arrêtées n’ont rien fait, la plupart n’ont pas de casier judiciaire, mais elles étaient surveillées et suivies depuis des semaines par la police politique.

Dans la presse, les autorités disent que ces jeunes étaient «suspectés de préparer des actions violentes». Autrement dit, il s’agit d’une répression sans objet, car aucun fait concret n’a été commis, et rien ne peut matériellement leur être reproché. La police a agi sur la base d’intentions potentielles. Demain, n’importe qui peut ainsi être arrêté, car il serait suspecté d’avoir envisagé une action. Ce récit policier rappelle cette phrase d’un agent de la Tchéka, la police politique stalinienne, en 1928 : «Donnez-nous un accusé et nous trouverons l’accusation». Durant les interrogatoires, les policiers inventent une organisation hiérarchique, avec un «leader», des soldats fidèles et deux jeunes femmes considérées comme embrigadées, pour coller à leur récit.

Toujours dans la presse, les forces de l’ordre expliquent que l’enquête a été déclenchée suite aux «allers-retours d’un Français qui apparaîtra être proche des Soulèvements de la Terre». Faire du lien entre différentes luttes pour la nature méritait donc une procédure proche de l’antiterroriste. À présent, des poursuites sont lancées pour «association de malfaiteurs» et «transport de produits incendiaires». Alors même que la Gironde est en cendres, la République se préoccupe d’enfermer les jeunes cherchant à agir contre la catastrophe.

Ces perquisitions et les jours d’enfermement sans procès ont un objectif clair : intimider, démontrer sa force. Les huit jeunes ont été privé·es de sommeil pendant des dizaines d’heures par des coups sur les murs et des fouilles à minuit. Certains policiers, dans les couloirs du tribunal, leur ont dit qu’ils allaient leur «casser la gueule». D’autres les ont aligné·es contre le mur les mains dans le dos et les ont comparé·es à un «beau peloton d’exécution» avant d’admettre regretter la peine de mort.

Derrière cette opération au cœur de l’été, il s’agit de frapper la jeunesse qui s’organise. L’État écrase la Gen Z dès qu’elle sort de chez elle et fait corps, que ce soit pour s’amuser ou manifester. Il n’y a plus besoin de faits, seulement d’idées et de notes des renseignements pour envoyer des bridages de choc contre des actions «potentielles».

Dans les colonnes du Monde, le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez se vante d’une «coopération européenne particulièrement précieuse» et parle des «ramifications dans plusieurs pays» de la «menace d’extrême gauche». Une manière de dire que la police française s’organise avec le gouvernement d’extrême droite de Meloni pour traquer d’éventuel·les opposant·es. De fait, au pays de Macron, les forces de l’ordre sont déjà plus armées et violentes qu’en Italie.

Le 27 juillet, la baudruche se dégonflait déjà. Les huit personnes étaient remises en liberté sous contrôle judiciaire. Mais le parquet aux ordres de Gérald Darmanin exigeait de les envoyer en détention provisoire. Après deux semaines d’attente, la justice vient de confirmer que le dossier est suffisamment vide pour les laisser en liberté.

Ce genre procédure n’a pas vocation à aller au bout, mais à exercer une punition immédiate : huit jeunes ont subi une privation de liberté sans procès après des semaines de surveillance. Ce groupe va rester entre les griffes de l’institution le temps de l’enquête, devra pointer au commissariat, et ses membres auront interdiction de se voir alors qu’ils font leurs études ensemble.

En 2024 déjà, la police avait arrêté à Paris des manifestant·es anti-guerre pour «association de malfaiteurs» dans le cadre d’une mobilisation contre le salon de l’armement du Bourget. En cause : des ballons à l’hélium, accusés d’être d’éventuelles armes contre les avions de guerre. La procédure s’était vite dégonflée.

En 2018, c’est une autre «association de malfaiteurs» qui visait des militantes à Nantes, pour avoir fabriqué un homard en papier mâché, qui se moquait d’un ministre de l’époque, François de Rugy. Les services de renseignement suspectaient cet engin de carnaval d’être utilisé comme une arme par destination lors d’une manifestation. La justice avait fini par abandonner ces poursuites ridicules.

Pendant ce temps, l’extrême droite s’organise, s’arme et passe à l’acte, en toute impunité.

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