
Il n’a quasiment pas plu une goutte depuis près de deux mois sur une large partie du pays. Partout où l’on pose son regard, les arbres souffrent, certains prennent déjà des teintes orangées, les fleurs et les potagers ont rôti sous le soleil, les pelouses sont invariablement jaunes. Dans les parcs, les jardins, les champs, un paysage désespérant : plus un sol vert. Sauf dans les golfs.
Alors que des restrictions drastiques d’eau sont mises en place par les autorités, que la moitié des ruisseaux sont considérés comme «à sec» et qu’une grande métropole comme Nantes est désormais menacée par une pénurie d’eau potable, la bourgeoisie continue d’envoyer des petites balles dans des trous, sur un gazon moelleux, pour s’amuser.
C’est dans ce contexte que les greens du golf de Tremblay-sur-Mauldre, dans les Yvelines, ont été dégradés dans la nuit du 29 au 30 juillet. Des anonymes ont mis des coups de bêche dans les greens, et inscrit des slogans tels que «bourgeois de merde» ou «sport de luxe», accompagnés de symboles anarchistes sur le sol, rapporte la presse. Le directeur du terrain évalue les dégâts à 60.000 euros. Il affirme aussi qu’en période de sécheresse, les propriétaires de golf diminuent leur consommation d’eau.
La belle affaire. En temps normal, un parcours de golf de 18 trous consomme en moyenne 50.000 mètres cubes d’eau par an. Cela fait 50 millions de litres d’eau. Soit 20 piscines olympiques. Pour un nombre de pratiquants très limité.
Autre ordre de grandeur : en France, un habitant consomme en moyenne 148 à 150 litres d’eau potable par jour, soit 55 mètres cubes par an. Un seul terrain de golf consomme donc autant que 1.000 français, la population d’un village, tous usages compris. Au niveau mondial on estime que 9,5 milliards de litres d’eau sont utilisés chaque jour pour arroser les pelouses des golfs : presque autant que ce que boit l’ensemble de l’humanité !
D’accord, en cas de restrictions, les golfs n’arrosent que les greens, les parties les plus sensibles. Cela correspond quand même à une consommation estimée entre 100 et 120 mètres cubes par jour, soit jusqu’à 120.000 litres. Bien plus que des potagers, pour un loisir qui n’a rien d’essentiel. Historiquement, à part en Écosse, le golf est avant tout un sport de prestige, onéreux, pratiqué par les classes supérieures et servant à créer des réseaux et des moments de complicité entre bourgeois. Un séparatisme de classe, mais aussi écologique.
Car au-delà de l’eau, le golf est aussi destructeur des sols. Les parcours doivent présenter un gazon impeccable, sans aspérité, sans vie : les mauvaises herbes, les fleurs, petites bêtes et mottes doivent disparaître. Une étude estime que 18 kilos de pesticides sont utilisés par hectare et par an pour le golf. L’agriculture productiviste en utilise en moyenne 2,5 kg par hectare et par an. Et c’est déjà trop.
Le golf de Tremblay-sur-Mauldre n’est pas le seul visé cet été. On apprend dans la presse que les autorités ont recensé d’autres dégradations à Roissy dans le Val-d’Oise, à Noues-de-Sienne dans le Calvados, ou encore dans la Vienne. Le golf du Manoir de Beauvoir, qui jouxte un hôtel de luxe, a été creusé avec le slogan «- de green, + de racines».
En août 2023, un convoi de l’eau avait «désarmé» le golf de Beaumont-Saint-Cyr dans la Vienne. En 2022, année exceptionnellement chaude et sèche déjà, des golfs avaient été saccagés à Toulouse et à Saint-Cloud dans les Hauts-de-Seine. Un communiqué signé par des «Sangliers radicalisé·es» expliquait : «Nous ciblons ce golf privé, un des plus selects de Paris, car il est un exemple éclatant du communautarisme de la classe bourgeoise qui s’amuse tranquillement tout en détruisant notre environnement et nos acquis sociaux».
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