La campagne présidentielle commence par un show patronal


Réclamons la séparation du MEDEF et de l’État, et une convocation des candidats devant les syndicats ouvriers


Sur le cours central de Rolland Garros, le MEDEF fait passer les candidats à la présidentielle comme pour un entretien d'embauche patronal.

Quoi de plus révélateur que le coup d’envoi d’une élection donnée par les patrons ? Alors que, selon la mythologie républicaine, les candidats sont censés représenter l’intérêt général dans le cadre de débats libres et éclairés, la campagne électorale en France démarre au cœur d’un fief de la bourgeoisie, sous le contrôle de chefs d’entreprises. Et tous les gros candidats jouent le jeu, passant comme de bons élèves devant leurs maîtres.

C’est ce qui s’est passé le jeudi 27 août : le premier grand débat présidentiel était organisé par le MEDEF sur le terrain de tennis de Rolland Garros, tout un symbole. Le lobby patronal convoquait les prétendants au trône pour choisir qui allait le mieux défendre ses intérêts. Et nous avons eu le droit à 50 nuances de capitalisme plus ou moins extrême.

Un capitalisme sauvage et dérégulé pour Le Pen, Retailleau et les candidats macronistes. Un capitalisme alternatif et plus humain à gauche de l’échiquier. Parmi les plus offensifs, Édouard Philippe, ancien Premier Ministre de Macron, actuellement courtisé par le Parti Socialiste. Ce monsieur a osé annoncer une fin de «l’open bar» pour les arrêts de travail. Dans un pays où les morts et accidents du travail sont parmi les plus élevés d’Europe, et alors que les arrêts maladie ont déjà été largement sabrés, mettant en danger la vie des travailleurs, ce propos est d’un mépris et d’une violence sans borne. Il a aussi parlé de «travailler plus», de réduire encore l’indemnisation chômage, et de repousser les retraites à 67 ans… Un plan de bataille ultra-libéral.

Autre poulain macroniste : Gabriel Attal, le fils de millionnaire qui n’a connu que les beaux quartiers et n’a jamais travaillé de sa vie, a aboyé comme un roquet. Il a été acclamé par les patrons lorsqu’il a attaqué Mélenchon à propos de la déclaration de l’insoumise Manon Aubry, qui a qualifié les milliardaires de «nuisibles». Une vraie solidarité de classe entre privilégiés. Il a aussi déroulé une suite de propositions toutes plus destructrices les unes que les autres, pour réduire «la dépense sociale». Évidemment, pas question de diminuer les aides aux entreprises ou le budget militaire.

Retailleau, ne sachant plus comment surenchérir, a singé Javier Miléi, le président d’extrême droite argentin. Il a cogné sur «l’État vorace et l’État paperasse», a promis de dégommer le droit du travail et même d’indexer l’âge de départ à la retraite sur l’espérance de vie. Pourquoi pas, mais alors il faudrait le faire par catégories de métiers, car une bonne partie des plus pauvres sont déjà morts ou en sale état lorsqu’arrive l’âge de la retraite.

Marine Le Pen aussi a tout fait pour séduire les patrons. Il faut dire qu’elle est alliée, de fait, avec les macronistes depuis plusieurs années, vote toute les mesures néolibérales et invite les grands patrons à des réunions et des repas mondains pour préparer sa prise de pouvoir. Elle a donc promis «125 milliards d’économies», faciliter les héritages d’entreprises et la suppression de 130 impôts et taxes, notamment pour les patrons.

Jean-Luc Mélenchon s’est fait remarquer quand il a proposé une augmentation des salaires, provoquant des rires cyniques dans la salle. Le candidat Insoumis aussi a joué sa partition : celle d’un capitalisme social, qui donne des salaires corrects aux travailleurs pour garantir la croissance et la consommation. C’est donc un programme Keynesien, pas une rupture avec l’économie actuelle, et encore moins l’abolition du salariat ou un projet «d’extrême gauche», comme aiment le répéter les médias. Pour le candidat, si le patronat veut «tirer d’affaire» le pays, il faut une «classe ouvrière correctement rémunérée, et vivant dans la dignité dans son logement et dans son travail». Loin d’un horizon marxiste, il ne s’agit donc pas d’abolir les classes et le salariat, mais de permettre une harmonie entre travailleurs et patrons pour l’intérêt de tous. On ne le dira jamais assez : ce n’est pas LFI qui est de «gauche radicale», c’est tout l’échiquier politique qui s’est radicalisé vers la droite. Des mesures qui auraient été considérées comme gentiment sociales et consensuelles il y a 30 ans sont présentées comme des propositions révolutionnaires aujourd’hui.

Vite oublié, ce débat télévisé témoigne quand même de l’emprise du patronat organisé sur la vie politique. Et nous rappelle qu’il ne faut pas attendre le verdict incertain des urnes pour nous organiser. Les élus ne devraient pas rendre des comptes à une petite minorité de chefs d’entreprises, mais à la grande majorité de salarié·es, employé·es, précaires…

Si les candidats étaient forcés de passer un entretien filmé devant des syndicats ouvriers, de se faire huer ou rire au nez quand ils font leurs propositions indécentes, le climat serait un peu plus respirable dans ce pays. Exigeons une convocation des politiciens devant une assemblée de grévistes !

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