Le racisme d’État vole des vies


Les politiques xénophobes continuent de tuer : des exilés retrouvés morts ou enlevés après leur expulsion de France


Ruben Torres, assassiné 10 jours après son expulsion, Mamadou Garanke Diallo, mort après avoir reçu une OQTF, et Magomed Gadaev, Enlevé et emprisonné après son expulsion vers la Russie. Les politiques xénophobes et le racisme d'État tuent.

Ruben Torres avait 37 ans. Il était menacé dans son pays d’origine, le Honduras, par un gang qu’il l’avait déjà braqué avec une arme. Ce dernier le recherchait car, 15 ans auparavant, son frère avait dénoncé l’assassinat commis par un membre du même réseau criminel. Ces menaces et ce danger imminent pour sa vie, Ruben les expose très clairement en 2024, lorsque qu’il demande l’asile en France, pour rejoindre sa famille qui y réside déjà.

L’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) n’a rien voulu savoir et l’a débouté de sa demande d’asile en 2025. Trois mois plus tard, il était placé sous le coup d’une obligation de quitter le territoire (OQTF) malgré un recours à la Cour Nationale du droit d’asile (CNDA), lui aussi refusé.

Le 10 mars 2026, soit dix jours seulement après son retour forcé au Honduras, son corps est retrouvé dans un ravin, mutilé et criblé de balles. Peut-on considérer que l’État français est coupable de cet assassinat ? Il est des cas où une OQTF équivaut à une condamnation à mort. Le président de l’association ASTI, qui a accompagné Rubens notamment pour lui apprendre le français, estime que «La France l’a renvoyé à la boucherie. Elle ne l’a pas protégé».

En 2021, Magomed Gadaev, un opposant tchétchène au régime autoritaire et pro-Poutine dans son pays d’origine, était expulsé depuis la France vers Moscou malgré les risques soulevés par la CNDA. Cette dernière avait jugé que son renvoi en Russie était contraire au droit international, et que Magomed risquait sa vie pour avoir témoigné contre les prisons secrètes du dictateur tchétchène. À son retour en Russie, il est enlevé par des agents tchétchènes en civil sans laisser de traces. Emprisonné en Russie pendant 3 ans, il avait déjà été torturé pendant plusieurs mois par le régime.

En octobre 2025, Mamadou Garanke Diallo meurt après avoir été percuté par un camion près de Dunkerque. Accueilli par une association à son arrivée en France, il est un temps régularisé suite à une mobilisation collective, mais en mai 2025, il reçoit une seconde obligation de quitter le territoire (OQTF) et décide de partir sans prévenir son entourage pour ne causer de tort à personne. C’est dans cette errance que sa vie a été fauchée.

Les morts de Mamadou et de Rubens ne sont pas des accidents. Des décennies de politiques migratoires racistes condamnent sciemment à la mort les personnes qui ont pris les routes de l’exil. Le passage au Ministère de l’intérieur du néofasciste Bruno Retailleau a encore empiré les choses : la circulaire du 23 janvier 2025 prévoit en effet que tout refus de titre de séjour soit automatiquement accompagné d’une OQTF, alors que le mythe des politiques d’accueil prétend ne pas être raciste, et promet que les exilés qui «s’intègrent bien» sont accueillis à bras ouverts dans «le pays des Droits de l’Homme».

Depuis le 1er janvier 2026, au moins 1003 personnes ont perdu la vie en mer Méditerranée en essayant de rejoindre l’Europe. Ce chiffre record ne tient pas compte des personnes tuées après avoir été renvoyées dans leur pays d’origine, ou décédées dans les rues européennes faute d’accompagnement adapté. Ces décès sont directement imputables à Frontex, tout comme à l’ensemble des autorités nationales et des médias qui propagent des discours déshumanisants sur les millions de personnes contraintes à l’exil chaque année.

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