Eurosatory : le salon mondial des vendeurs d’armes perturbé par la coalition Guerre à la guerre

Une guerre ne survient jamais toute seule : elle est menée par des États, des armées, des généraux, sur ordre de dirigeants qui se fournissent auprès de vendeurs d’armes. Aucune guerre n’est possible sans les marchands de canons qui réalisent d’immenses profits sur le sang des peuples. Et la France est au centre de ce business mondial de la mort.

Paris accueille régulièrement des salons internationaux de l’industrie des armes. L’été dernier, c’était le Salon du Bourget, un grand événement aéro-spatial qui recevait plus de 2000 entreprises exposantes. 290 délégations officielles de pays étrangers étaient venues y faire leur marché ou observer les dernières innovations. Des drones, des avions de guerre, des missiles, et des officiels qui viennent signer des contrats pour préparer leurs prochains massacres. Contre ce salon, 4000 personnes avaient marché vers le Bourget pour dénoncer le militarisme, à l’appel de la coalition Guerre à la guerre.

Cette année, c’est le salon Eurosatory à Villepinte, au nord de la capitale : le plus grand supermarché mondial des armes, qui dure du 15 au 19 juin. Cette année, ce salon de l’horreur guerrière met en avant les engins tueurs sans pilotes, les nouvelles technologies militaires tout en continuant d’exposer les bons vieux engins de mort. Contre cet événement, Guerre à la guerre a organisé un week-end complet de lutte.

Vendredi 12 juin, c’est aux côtés d’exilé·es, de mineur·es isolé·es et sans-papiers que la coalition a manifesté contre le racisme d’État et la militarisation des frontières, après le vote du Règlement retour et du Pacte Asile migration, des lois toujours plus dures. Car il ne faut pas oublier que les armes policières et militaires sont d’abord testées aux frontières contre les personnes réfugiées, qui servent de laboratoire des violences d’État. Et que ce sont souvent les guerres qui provoquent l’exil et les déplacements forcés de populations.

Dans la nuit, en Haute-Savoie, des activistes sont entré·es sur le site de l’entreprise Nicomatic, firme complice de Thalès. 13 personnes ont malheureusement été interpellées avec violence par le GIGN, et ont passé 40 heures en cellule.

Samedi 13 juin, c’est un village contre la guerre qui était organisé à Saint-Denis, avec des débats, stands et cantines. Un cortège a défilé dans les rues pour dénoncer les violences policières et militaires, et rencontrer les habitants et habitantes. Cette journée a vu converger des syndicalistes, des exilé·es, palestinien·es, féministes,  kurdes, soudanais·es… pour construire et renforcer les luttes à venir.

Dimanche 14 juin, certains membres de la coalition Guerre à la guerre ont manifesté à Genève contre le sommet du G7. Une mobilisation qui a réuni 60.000 participant·es et tenu tête au dispositif répressif. Une démonstration de force contre les puissants du monde qui alimentent et provoquent des guerres.

En région parisienne, le même jour, Guerre à la guerre a rejoint la Pride Radicale, placée cette année sous le signe de la dénonciation du militarisme et des génocides, pour la dignité de tous·tes les migrant·es et une décolonisation globale. Des dizaines de milliers de personnes ont défilé ensemble, avec beaucoup de visuels et de slogans anti-guerre.

Enfin, lundi 15 juin, jour d’ouverture d’Eurosatory, sous un soleil écrasant, des grappes d’activistes ont bloqué des entrées du salon. Alors que des milliers de visiteur·ses en costard affluaient pour faire la queue à l’entrée des halls d’exposition, un premier groupe a surgi devant les portes en déployant des banderoles. L’objectif de bloquer l’entrée principale a été atteint, mais les manifestant·es ont été brutalement repoussé·es par la police, avant d’être nassé·es pendant plusieurs heures, puis verbalisé·es et/ou embarqué·es pour des vérifications d’identité aux commissariats les plus proches.

Un second groupe s’est rassemblé sur un autre point, et a à son tour bloqué la route permettant aux visiteur·ses arrivant en voiture ou VTC d’accéder au salon pendant une petite heure avant de se faire repousser sur le parvis.

Pour la première fois depuis longtemps, le salon Eurosatory n’a pas pu démarrer comme prévu, malgré une dissymétrie des forces criante. À l’intérieur du salon, 12 stands d’exposants israéliens ont dû être fermés, car il ne respectaient pas la consigne de ne présenter que des « armes défensives », une règle édictée par un gouvernement français sous la pression de la mobilisation populaire en soutien à la Palestine.

Si Eurosatory n’a pas été annulé cette année, pas plus que le Bourget l’an dernier, la coalition Guerre à la guerre montre la voie : ce sont ces salons qu’ils faut bloquer, ces marchands d’armes qu’il faut dénoncer. La France est le deuxième exportateur d’armes au monde, la guerre se fabrique près de chez nous. Non seulement cette industrie est atteignable et visible, mais en tant qu’habitants et habitantes du cœur du complexe militaro-industriel, nous avons la responsabilité d’agir.

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