USA : la police exécute un bébé d’un an devant un supermarché

Des policiers blancs "protègent" l'entrée d'un Walmart après qu'un bébé noir d'un an ait été exécuté pour un soupçon de vol de couches par sa mère.

Le fétichisme de la marchandise est le stade le plus extrême du capitalisme. C’est lorsque la vie d’un nourrisson vaut moins qu’un produit de supermarché à quelques dollars. Et que des agents se sentent légitimes de tirer sur une mère et son bébé dans le cadre d’un soupçon de vol à l’étalage, sur fond de racisme.

La scène d’horreur a eu lieu dimanche 14 juin à Senatobia, dans le Mississippi. Sur le parking d’un Walmart, la police débarque après que la direction du supermarché ait suspecté le vol d’un paquet de couches. Un bébé de 1 an, Kohen Wiley, se trouve avec sa mère et une de ses amies.

Les «suspectes» se trouvent alors dans leur voiture. La mère de Kohen crie aux agents qu’il y a un bébé à bord. Un policier sort tout de même son arme à feu et tire à plusieurs reprises, estimant que le véhicule prend la fuite. Cet homme a préféré cribler de balles une voiture plutôt que de noter la plaque.

Les tirs blessent gravement la conductrice. Une balle frappe le bébé, qui est dans les bras de sa mère. L’enfant meurt peu après. Des membres de la famille affirment que la mère de Kohen et son amie n’avaient rien volé, et qu’il suffit de consulter les images de vidéosurveillance du magasin pour le prouver. «Tout ce que nous savons, c’est qu’une voiture a été criblée de balles et qu’un bébé d’un an a été tué» expliquent les proches. Dans la presse, le débat porte sur la «proportionnalité» du tir dans cette affaire. Mais que le vol ait eu lieu ou pas n’est pas la question. Le fait même de poser cette question révèle à quel point le fétichisme de la marchandise a déshumanisé la société.

Deux jours après cette exécution, un rassemblement est organisé devant le Walmart responsable du drame. Le cortège, pacifique, compte de nombreux enfants. La majorité des manifestant·es sont noir·es, la plupart des policiers lourdement armés devant la porte sont blancs. Ils tirent des grenades sur la foule. Des enfants en bas âge ont les yeux et les voies respiratoires brûlées.

Un représentant de Walmart exige que les affiches déposées devant le magasin pour rendre hommage au bébé défunt soient retirées. Cela pourrait gêner le business. La police reste pour patrouiller sur le parking toute la journée et empêcher toute nouvelle expression publique. Même la mort d’un nourrisson doit être effacée de l’espace public. Selon un journal local, des protestataires seraient tout de même revenu·es occuper le parking une partie de la nuit.

Aucune grande fortune n’est innocente. Walmart est le premier groupe mondial dans le domaine de la grande distribution, avec un chiffre d’affaire de 600 milliards de dollars en 2022 et plus de 2 millions de salarié·es dans 11.000 magasins. Un succès bâti en détruisant tout le commerce de proximité aux USA et en organisant une précarité généralisée des salarié·es. Le groupe mène une politique managériale agressive, interdisant toute création de syndicat dans les magasins sous peine de licenciement, et en empêchant toute revendication collective des travailleur·ses. Les salaires y sont très bas. La fortune de Walmart nécessite aussi d’appeler une police militarisée et raciste pour quelques couches.

Aux USA, trois personnes sont tuées chaque jour en moyenne par la police, dont une bonne part de mineur·es. Un bilan qui s’alourdit d’année en année. En 2022, les forces de l’ordre ont causé la mort de 1093 personnes dans le pays. En 2024, le chiffre s’élevait à 1383.

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