«Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes»

La véritable écologie punitive est sous nos yeux : cours d’eau à sec, cultures qui brûlent sous un soleil de plomb avant d’avoir pu être récoltées, animaux d’élevage qui meurent par millions. Le chaos climatique, c’est la disparition programmée de l’agriculture telle qu’elle existe actuellement en France. Avec des risques de pénuries, d’explosion des prix de la nourriture et, à terme, de famines. Et tous les engrais chimiques, pesticides et mégabassines n’y pourront rien : on ne peut pas «s’adapter» à des étés à 45°C sans une goutte de pluie. Voilà où nous mènent le productivisme et le capitalisme fossile. Pourtant, une partie des agriculteurs continue à défendre ce modèle qui les assassine.
Prenons le cas de Cédric Viallemonteil. Cet éleveur habite dans le Cantal, et il est très actif sur les réseaux sociaux. Connu sous le pseudonyme @agric15, il pousse des «coups de gueule» réguliers contre les «animalistes» et les écologistes. Son premier tweet, dit-il, a été une réaction au témoignage d’une enseignante qui avait invité une association de défense des animaux dans sa classe. «Ce jour-là, j’ai craqué», expliquait ce défenseur de la chasse. Ça c’est un homme qui s’indigne pour des vrais sujets. Depuis, il poste jusqu’à 50 tweets par jour.
Cédric Viallemonteil est aussi un habitué du plateau de Cnews, où il déroule un discours réactionnaire et incarne le personnage d’agriculteur d’extrême droite idéal pour plaire au public de Bolloré.
En août 2022, Viallemonteil s’excitait sur le site d’extrême droite Boulevard Voltaire contre parti écologiste : «On va leur botter le cul !» Il menaçait aussi les défenseurs de la nature : «Ils viennent la nuit, mais n’oseraient pas nous affronter de jour. Tout cela risque de finir mal».
La même année sur Sud Radio, il grognait qu’il «n’y a pas d’élevage intensif en France !» Un énorme mensonge. L’élevage intensif représente 8 animaux sur 10 dans notre pays, et la France est le deuxième pays abritant le plus d’élevages intensifs en Europe.
En 2024, la CGT avait apporté son soutien au mouvement des agriculteurs en colère. Cédric Viallemonteil était invité sur Cnews pour semer la division : «Sophie Binet représente tout l’opposé du monde agricole, qui sont des valeurs de travail, de famille, de respect». Forcément, il préfère le soutien de l’extrême droite plutôt que celui de la gauche.
Son plus grand coup d’éclat a eu lieu en janvier 2024, alors qu’il avait fait annuler une journée d’étude sur l’écologie. À l’époque, la prestigieuse école d’agronomie AgroParisTech organisait une rencontre intitulée : «Paradoxes de l’action stratégique écologiste contemporaine». Un événement prévu de longue date, réunissant des professeurs, des chercheurs et des personnes engagées dans les mobilisations écologistes, pour aborder avec les étudiant·es les questions relatives à l’écologie, aux modalités de son action et à la répression à laquelle elles sont confrontées.
Cédric Viallemonteil avait publié une vidéo très partagée sur Twitter : «Il y a une journée organisée à AgroParisTech contre les lois antispécistes [sic], un truc qui nous plaît pas bien». Il appelait alors le Ministre à interdire la journée d’un ton menaçant : «Vous faites annuler cet événement, je compte sur vous». Quelques heures seulement plus tard, la direction de l’École pliait. Dans un communiqué, le président de l’école estimait que la journée d’étude allait être «une caisse de résonance de prises de position militantes» et qu’il fallait donc l’annuler. Pourtant, jamais cette direction ne s’était opposée à cet évènement auparavant, tout était prêt et les intervenant·es programmé·es. En réalité, l’école pliait à d’autres militants : ceux de l’agro-industrie. Et au premier rang, Cédric Viallemonteil.
Peu après cette «victoire» anti-écologiste, la chroniqueuse d’un média du groupe Bolloré, Emmanuelle Ducros, qui diffuse toutes les fake news en faveur du productivisme, se félicitait que «le loup ne soit pas entré dans la bergerie» qu’est ArgoParisTech. L’influenceur réac’ et l’empire Bolloré avaient fait du bon boulot.
Une journée de débat avait tout de même été maintenue dans une autre salle à Paris, et Cédric Viallemonteil avait de nouveau lancé des menaces, appelant ses collègues à attaquer l’évènement : «Eux ne se gênent pas de détruire et saccager, rendons-leur la monnaie de leur pièce». L’objectif était donc de faire taire une parole qui ne lui plaisait par la violence et la peur. Cédric Viallemonteil peut-il être qualifié «d’agro-terroriste» ?
Après des années de militantisme enragé contre l’environnement, le 6 juillet 2026, l’agriculteur se lamente sur Twitter : «Un peu le moral dans les chaussettes. Nous affrontons une grave sécheresse. Les vaches n’ont plus d’herbe». Quel dommage, si Cédric Viallemonteil avait écouté et rejoint les défenseur·ses du climat plutôt que de vouloir leur «botter le cul», il n’en serait peut-être pas là.
Si les paysan·nes veulent défendre leurs conditions d’existence, ils ont tout intérêt à s’allier avec les mouvements écologistes et anticapitalistes plutôt que de servir les multinationales et politiciens qui les envoient droit dans le mur. C’est ce que répètent, entre autres, la Confédération Paysanne et les Soulèvements de la Terre depuis des années. L’écologie défend la paysannerie contre les lobbys qui la tuent. Mais ces mouvements sont à la fois réprimés par l’État et discrédités dans les médias. Cédric Viallemonteil est en train de l’apprendre à ses dépends. Pour lui comme pour d’autres, il n’est pas trop tard pour se joindre aux luttes pour le vivant.
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