
Vous avez l’impression qu’on vous prend pour des cons ? Rassurez-vous, ce n’est pas qu’une impression, vous êtes simplement lucides. Pendant que le gouvernement nous annonce tranquillement qu’il va falloir «s’adapter» à l’emballement climatique et aux canicules à répétition qui tuent des milliers de personnes, la Ministre de la transition écologique rentre du Sud-Ouest de la France en avion.
Vous l’ignorez sans doute, mais cette ministre chargée de l’écologie s’appelle Monique Barbut. Nommée en octobre dernier, on ne l’entend jamais, et c’est précisément son rôle. Elle est grassement payée pour ne rien faire face au désastre climatique, ne gêner aucun intérêt pétrolier ou agro-industriel, ne surtout pas prononcer la moindre parole un peu pertinente sur l’environnement. On peut la féliciter, elle fait ça très bien.
Cette dame est l’ancienne présidente du Fonds mondial pour la nature – la bien connue ONG WWF-France, avec son logo de panda noir et blanc. C’est une «personnalité issue de la société civile» vanteraient les macronistes. Sauf que Monique Barbut spécule en bourse, et elle a déclaré un portefeuille d’actions de 153.362 € investis dans des entreprises très «éco-friendly» comme Airbus, la BNP Paribas, LVMH ou Zara. Dans une autre déclaration d’intérêt, datée de novembre dernier, elle reconnaissait même des participations financières dans la firme TotalÉnergie, géant du pétrole, dans le groupe de matériau de BTP Saint-Gobain, l’un des pires émetteurs de gaz à effet de serre français, ou encore chez Leonardo, vendeur d’armes italien. Voilà le genre de personnes qui sont à la tête de grosses organisations «pour la nature». Pensez-y la prochaine fois que vous croirez donner des sous pour les pandas.
Mais revenons au travail de Monique Barbut en tant que ministre. Le 20 juin, au début de la vague caniculaire, la ministre est aux abonnés absents. Elle n’est même pas présente à la première réunion interministérielle de crise sur la vague de chaleur. Monique Barbut a préféré maintenir un déplacement dans les Pyrénées-Orientales où elle a «suscité de l’incompréhension et laissé un goût amer au sein des services de l’État, chez des journalistes et des représentants locaux», selon un article de Médiapart.
Officiellement, elle devait inaugurer un projet de recyclage des eaux usées, un site déjà inauguré un mois plus tôt par les officiels locaux, mais qu’elle a jugé prioritaire. Sur place, elle ne prononce que 12 minutes de discours, et ne répond quasiment à aucune question. «La ministre a donné l’impression de ne pas connaître les sujets, elle s’est très peu exprimée, semblait mal à l’aise et s’est dépêchée d’en terminer» explique une élue à Médiapart.
Ensuite, elle déjeune en petit comité, un repas concocté par un traiteur de luxe. Et enfin, la ministre rentre à Paris le soir. Elle décommande le TGV qui lui avait été réservé, qui l’aurait ramenée à la capitale en 5 heures en émettant très peu de CO2, et réclame à ses équipes un retour en avion. «Il n’était pas question que la ministre se retrouve bloquée dans un train» justifie son cabinet à Mediapart. Les désagréments dans les transports, c’est réservé aux gueux.
Lors de ce petit séjour aux frais de l’État, Médiapart rapporte qu’elle a bénéficié de fonctionnaires pour lui servir de taxi jusqu’à une maison d’amis, pour coordonner ses déplacements, informer la presse et lui préparer des notes. «Au total, plus d’une vingtaine de personnels publics requis sur le week-end. Sans compter les gendarmes pour la sécurité» comptabilise Médiapart. On aimerait autant de moyens pour sauver des vies dans les hôpitaux que pour transporter une Ministre qui prononce quelques phrases creuses.
Les aventures de Monique Barbut n’ont malheureusement rien d’exceptionnel au sommet de l’État. Le 19 juin 2025, le Premier Ministre François Bayrou se déplaçait en Falcon 900, l’un des jets privés de la flottille présidentielle, pour aller passer 27 minutes à Biarritz. La raison ? Une conférence sur les énergies renouvelables, lors de la 6ème édition des Journées nationales de la géothermie ! Sa présence était d’ailleurs aussi utile que le PS dans une manifestation, puisque son expertise sur le sujet est proche du néant.
Juste après sa nomination, Bayrou s’était payé le luxe d’un aller-retour à Pau – ville dont il était maire – pour présider un conseil municipal. Coût du vol : 12.000€. Alors qu’un cyclone historique venait de balayer Mayotte, la pilule avait eu du mal à passer.
Le 14 novembre 2022, la Première Ministre Élisabeth Borne était allée à Marseille avec un jet du gouvernement pour signer un «protocole sur la planification écologique». Le soir même, elle était à Paris, dans les locaux de la chaîne BFM pour l’émission sur le climat intitulée : «2050, ouvrons les yeux». Et tout cela en pleine COP 27, le sommet mondial sur le climat, alors que le train relie Paris et Marseille en trois heures, en émettant très peu de CO2.
Avant elle, le Premier Ministre Jean Castex avait lui aussi pris un jet privé pour faire un aller-retour à Prades, son fief du sud-ouest de la France, pour aller voter. Médiapart calculait à l’époque le montant : 10.000€ d’argent public. En février 2022, Castex était venu signer un contrat sur la «transition écologique» à Nantes en Falcon. Nantes est à 2 heures de Paris en train.
Décidément, nos dirigeants ont l’air de prendre un certain plaisir à aller donner des leçons d’écologie au bon peuple en utilisant le moyen de transport le plus polluant et scandaleux qui existe. Un jet privé émet 14 fois plus de CO2 qu’un avion de ligne classique, et 50 fois plus que le train. Les émissions de CO2 des jets privés ont augmenté de 46% entre 2019 et 2023 selon une étude publiée dans la revue Nature l’an dernier. Mais surtout pensez bien à faire pipi sous la douche.
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