La porte d’une famille défoncée «par erreur», la dernière d’une longue série de perquisitions râtées

Mercredi 8 juillet, il est 6 heures dans le 10ème arrondissement de la cité phocéenne. Une famille est brutalement réveillée par d’énormes coups qui fracassent son sommeil. Quelques secondes s’écoulent, et c’est sa porte qui s’effondre, mais aussi une partie du mur et le cadre qui la maintenait.
Derrière, des hommes cagoulés avec des boucliers foncent dans l’appartement tout en hurlant : «au sol !» devant les membres de la maisonnée interloqués. Il s’agit de gendarmes venus arrêter un suspect. Loupé : à la vue du mari, les assaillants se rendent compte que ce n’est pas l’homme qu’ils devaient interpeller. «Ils cherchaient un homme qui ne ressemblait pas du tout à mon mari, alors ils ont tout de suite compris» explique la mère de famille.
Effectivement, les militaires ont compté un étage de trop. Ce n’était donc pas la bonne porte. Paniqués, ils ressortent de l’appartement pour redescendre au bon étage.
Suite à cette intervention, un formulaire est remis à la famille pour «réparer» les dommages commis par erreur. Dans ce document, il est expliqué que la famille doit avancer les frais afin d’être remboursée ultérieurement. Dans le cas présent, cela se compte en milliers d’euros. L’habitante explique au journal La Provence qu’elle va devoir faire une croix sur les vacances de la famille, l’argent mis de côté sera sacrifié pour réparer la bêtise des gendarmes.
Rappelons que les notes d’admission au concours pour entrer au sein dans les «forces de l’ordre» se sont vues abaisser à 7/20, faute de candidats. À ce niveau-là, à quoi bon maintenir un examen avant de leur donner des armes à feu ? En tout cas, cela explique la difficulté de certains agents pour compter les étages avant de défoncer une porte.
Car ce cas n’est pas isolé. Beaucoup d’autres perquisitions ratées ont eu lieu, et certaines ont même tourné au drame. En 2023 à Saint-Denis, la porte d’une mère de famille et des ses enfants est enfoncée. Bon étage, bon pallier cette fois-ci, sauf que c’était la porte d’en face. À Toulouse, en 2021, le RAID interpelle au lit un couple de retraités sans histoire. Une nouvelle fois, l’étage n’était pas le bon.
À Nantes, en 2018, une étudiante se fait brutalement réveiller par une brigade d’intervention. Quelques instants plus tard, les policiers se rendent compte que les chiffres localisant l’appartement étaient inversés sur le mandat. À Lille, en 2022, la brigade antiterroriste intervient dans un appartement visé par les services de renseignement. Sauf que le suspect avait déménagé un an plus tôt, et c’est un couple de boulangers qui voit sa porte blindée sauter. À Rennes, en 2019, un homme se fait «soulever» au réveil par une brigade d’intervention. Il avait le malheur d’avoir le même prénom, nom et date de naissance que la cible des autorités. En 2019, à Nice, le RAID débarque harnaché de la tête aux pieds. La porte saute et blesse une fillette de 9 ans. Le père dit qu’il a cru voir son enfant mourir. Ce dernier n’était pas la personne recherchée puisque le bon appartement était à côté.
Dans un village du Gard en novembre 2015, 50 militaires cagoulés et armés investissent un logement en pleine nuit. Gérard entend sa fille crier : « papa, papa, on m’a tiré dessus ». Effectivement, le père remarque : « la fenêtre de la chambre de ma fille a reçu un impact ». Après avoir ravagé la maison, les gendarmes repartent en ne trouvant rien, et en s’excusant.
Pendant l’état d’urgence, nombre d’erreurs de ce type se sont produites.
Combien d’autres portes ont été détruites et de familles traumatisées par des forces de répression, qui sont autant toutes puissantes qu’incompétentes ? Et demain, en cas de tir «par erreur» sur la mauvaise personne, la loi sur la présomption de légitime défense leur assurera une impunité totale.
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