Territoire antifasciste

Cet été, il semble que les personnalités d’extrême droite aiment se rendre en Bretagne pour chercher un peu de fraîcheur et de beauté. Mais cet amour n’est pas réciproque, c’est le moins qu’on puisse dire.
Le 7 août 2026, Marine Le Pen se rendait en toute discrétion sur l’île de Hoëdic, dans le Morbihan. Repérée par des passants, elle a été prise à partie devant un restaurant, puis a quitté l’île en bateau pendant qu’une foule de plus en plus nombreuse se réunissait sur la plage en chantant «La jeunesse emmerde le Front national». Le clan Le Pen possède une maison juste à côté, à La Trinité-sur-Mer, commune d’origine de Jean-Marie Le Pen.
Une semaine plus tard, c’est justement cette maison qui était taguée dans la nuit du 13 au 14 août. Un homme de 45 ans a malheureusement été arrêté après avoir écrit «Non au R-Haine» sur le portail et un mur. Il a été placé en garde à vue pour ces faits insignifiants, alors que les délinquants en col blanc du RN sont mieux traités. Visiblement, la gendarmerie met les grands moyens pour permettre à la famille Le Pen de passer des vacances sereines.
Toujours à la Trinité, la tombe de Jean-Marie Le Pen avait été vandalisée en janvier 2025. En juin 2026, l’extrême droite voulait y organiser un hommage public au vieux fasciste, à l’initiative du Parti de La France, organisation ouvertement pétainiste. Un rassemblement antifasciste s’était rapidement organisé pour empêcher la mise à l’honneur d’un ancien tortionnaire en Algérie, raciste et révisionniste. L’hommage avait été annulé.
Quelques jours avant l’accueil glacial de Marine Le Pen à Hoëdic, c’était Erik Tegnér, patron du média d’extrême droite Frontières, qui avait été bolossé sur l’île de Groix. Des passants l’avaient reconnu et collectivement chahuté sur le port, dans une ambiance potache et légèrement alcoolisée. En mai dernier, des centaines de personnes manifestaient à Pléguien, dans les Côtes-d’Armor contre la brasserie cofondée par Erik Tegnér. Ce monsieur n’est décidément pas le bienvenu sur ce territoire.
Dans toute la Bretagne, dans les grandes villes comme en zones rurales, face à l’extrême droite, la riposte est souvent immédiate. À Brest en septembre dernier, une manifestation suite à des agressions néo-nazies réunissait des milliers de personnes malgré la répression. En mai 2025 dans le Finistère, une flottille de navires contre Bolloré partait à l’assaut d’une île des Glénans possédée par le milliardaire d’extrême droite. En mars 2025, c’est à Lorient que des milliers de personnes se mobilisaient contre le fascisme. Le 21 avril 2024 à Saint-Brieuc, au nord de la Bretagne, plus de 2000 personnes participaient à une marche antifasciste. Dans les petites communes, les projets solidaires, les collectifs de soutien et d’accueil, les lieux autogérés sont innombrables.
Dans les métropoles comme Nantes et Rennes, l’extrême droite ne parvient pas à s’implanter et fait face à des contre-manifestations systématiques, par exemple lors de meetings du RN ou celui de Zemmour à Nantes, occasionnant des affrontements, quand ils ne sont pas directement annulés. Dans la Cité des Ducs de Bretagne, le local du RN avait été tellement souvent vandalisé qu’il avait dû fermer en 2016, et n’a jamais réouvert. La Bretagne est aussi la seule région sans aucun maire RN élu lors des dernières municipales.
Cela ne veut pas dire que la région échappe à la montée de l’extrême droite : ses scores électoraux y augmentent rapidement, des groupes violents se forment et multiplient les attaques, avec la bienveillance de la police. Mais partout où elle avance, cette extrême droite trouve sur son chemin des collectifs déterminés. Ou de simples passants sur ses lieux de vacances.
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