Sondocratie : quand l’institut IPSOS efface toute la gauche

Brice teinturier, le directeur d'IPSOS, à côté d'un sondage qui a littéralement fait disparaître les organisations de gauche.

Nous avons documenté à de nombreuses reprises les manipulations des instituts de sondages. Ces machines à façonner l’opinion, qui tentent d’imposer Raphaël Glucksmann, Fabien Roussel, Bernard Cazeneuve, et avant eux Dominique Straus Khan comme les «sauveurs de la gauche», alors qu’il s’agit à chaque fois du casting souhaité par les néolibéraux.

Nous avons aussi disséqué la manière dont ces instituts conditionnent depuis des années les esprits à la victoire de l’extrême droite : ils répètent depuis au moins deux ans que le RN culminerait à 35 voire 37% des intentions de vote. L’IFOP annonçait par exemple mai 2025 une victoire certaine et inévitable du RN, quel que soit le scénario : selon leur sondage, la France Insoumise, premier parti de gauche, se serait effondrée, tombant à 10%, et le RN, lui, aurait bondi de 12 points depuis la dernière présidentielle. Peu crédible.

Autre manipulation emblématique : tous les instituts promettaient sans aucun doute possible une majorité absolue au RN lors des élections législatives de 2024. Ils se sont tous trompés.

À chaque élection depuis 2012, les sondeurs offrent systématiquement entre 5 et 10 points de trop à Marine Le Pen, et 10 points de moins à LFI. Le RN était mesuré à presque 30% avant les scrutins de 2017 et 2022, il a fini à 21 et 23%. À l’inverse, Mélenchon était mesuré autour de 10% pendant quasiment toute la campagne de 2022, et il a fait 22%.

À la tête d’un institut comme l’IFOP, on trouve Frédéric Dabi, soutien d’Israël et ennemi juré de LFI, qui «assure lui-même le redressement, une méthode consistant à modifier les résultats bruts du sondage». Ces «redressements» ont un effet énorme : si lors des dernières élections, LFI avait été mesuré comme étant en mesure de passer devant le RN, cela aurait évidemment motivé une partie des électeurs à voter pour les insoumis. Le second tour aurait opposé Macron à Mélenchon, et tout le climat politique du mandat et le rapport de force aurait été profondément différent.

Mais les escroqueries de l’IFOP ne sont pas isolées. L’institut Elabe, partenaire de BFM, multiplie aussi les gros mensonges et les manipulations. À présent, une nouvelle étape semble franchie : les sondeurs ne s’embarrassent même plus de truquer les chiffres, ils effacent purement et simplement l’existence même de la gauche. Comme ça au moins, pas de suspense.

C’est ce qu’a révélé une sympathisante insoumise, Martine Charbonnier, sur le réseau X. Elle explique qu’elle a «répondu à un sondage IPSOS la semaine dernière», demandant aux internautes : «D’une manière générale, à quel parti vous identifiez-vous ?» Elle montre une capture d’écran du sondage, avec les six choix proposés par l’institut : en premier le RN, ce qui n’est absolument pas neutre et oriente d’emblée les réponses. Puis vient En Marche !, parti macroniste qui n’existe plus officiellement. Ensuite le PS qui pèse moins de 2% des voix, puis l’UDI, micro-parti d’extrême droite, LR et enfin le Modem, le groupuscule de Bayrou.

Les écologistes, les communistes, le NPA, LO, Révolution Permanente et LFI sont passés à la trappe. Cela représente pourtant près d’un tiers de l’électorat !

L’IPSOS a quand même la charité de proposer un onglet «autre» où il faut «préciser» le nom d’un parti, mais cela demande une démarche supplémentaire, et cela élimine de fait les options autres que celle proposées. Martine Charbonnier souligne gentiment qu’elle trouve ce sondage «un peu orienté».

C’est le moins qu’on puisse dire : ne proposer que des partis de droite est une opération de manipulation de masse, puisque ces résultats seront ensuite utilisés sur tous les plateaux télé pour orienter le choix des sujets et des invités. Les éditorialistes peuvent ainsi convier exclusivement des personnalités réactionnaires sur la base d’estimations frelatées, prétendre qu’ils ne font que s’aligner sur l’opinion des français, et ainsi accentuer encore le bourrage de crane à sens unique des téléspectateurs. La prochaine fois, l’IPSOS pourrait demander directement «à quel parti d’extrême droite ou de droite extrême vous identifiez-vous ?»

Martine Charbonnier dit avoir envoyée une réclamation, et voici ce qu’elle a reçu comme réponse, qui semble rédigée par une IA : «Nous vous remercions pour votre message et d’avoir pris le temps de nous signaler l’absence du parti ‘La France Insoumise’ dans la liste. Nous comprenons l’importance de votre remarque et tenons à vous assurer que celle-ci sera transmise à l’équipe responsable des enquêtes, afin d’améliorer la formulation et l’exhaustivité de nos questionnaires à l’avenir. Nous ne pouvons malheureusement pas modifier le sondage en cours». Circulez, y’a rien à voir.

En mars dernier, lors des municipales : le directeur d’IPSOS, Brice Teinturier, omniprésent dans les médias et passé jadis par l’IFOP et TNS Sofrès déroulait directement un discours d’extrême droite en guise d’analyse des résultats. Pour lui, la victoire de maires insoumis s’expliquait par la «forte concentration de personnes issues de l’immigration maghrébine […] une stratégie qu’on a appelée la stratégie Gaza». Ces propos racistes ont immédiatement été repris et validés par la fachosphère, notamment le site Fdeosuche.

Quand les sondeurs parlent comme les soldats israéliens ou des fascistes, et qu’ils font littéralement disparaître la gauche des enquêtes d’opinion, c’est que le processus de pourrissement du petit monde médiatique est très fortement avancé.

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