Antifascisme rural : dans la Meuse, 500 personnes défilent contre un hangar néo-nazi


Depuis 10 ans, les autorités françaises protègent ce lieu de rencontre de l’extrême droite radicale européenne. Le 7 février, la gendarmerie a envoyé des grenades lacrymogènes et explosives vers les antifascistes


Connaissez-vous Combres-sous-les-Côtes ? Sans doute pas. Il s’agit d’un petit village de la Meuse, peuplé d’une centaines d’âmes au milieu de vastes champs, situé à une trentaine de kilomètres de Verdun. Les néo-nazis de toute l’Europe, eux, connaissent bien cette commune, puisqu’ils s’y retrouvent et s’y organisent avec la bienveillance des autorités françaises.

C’est à Combres-sous-les-Côtes que se situe depuis 10 ans un hangar nommé la «Taverne de Thor», tenu par un groupuscule de nostalgiques d’Hitler : les Hammerskins du Grand Est, qui y invitent leurs camarades des pays voisins. Les Hammerskins sont constitués en gangs violents, organisés en réseau international, considéré comme la plus grande et plus dangereuse structure néonazie. Aux USA, ils ont commis des meurtres, des attentats et des attaques armées. En France, ils s’organisent en attendant leur heure.

Dans la Meuse, ils organisent des concerts de musique néo-nazie, des repas entre cranes rasés mais aussi des entraînements et des tournois de MMA. Dès 2015, année de l’ouverture de cette grange dans la Meuse, une pétition demandant la fermeture du local récoltait plus de 50.000 signatures, sans réaction des autorités. En 2016, une manifestation contre la Taverne de Thor réunissait des centaines de personnes à Verdun. Toujours rien.

En 2024, après plusieurs concerts à la gloire d’Hitler et tournois de sports de combats réunissant des centaines de nazis venus d’Allemagne, d’Italie, de Belgique et de Suisse, le Conseil départemental demandait à son tour la dissolution de la Taverne de Thor, mais toujours aucune réaction. Le gouvernement français a laissé ce petit endroit de Meuse devenir un centre incontournable de l’organisation néo-nazie européenne. Il a même gagné en importance, car les Hammerskins ont été interdits en Allemagne, et viennent ainsi plus régulièrement de l’autre côté de la frontière, où ils bénéficient d’une plus grande bienveillance…

Les habitant·es, révolté·es par cette situation, ont donc organisé une nouvelle mobilisation antifasciste le 7 février 2026. Il y avait plus de 500 personnes contre le local néo-nazi dans la campagne de la Meuse ce samedi, derrière des banderoles colorées, avec des déguisements et la présence d’antifascistes allemands. Une vraie réussite. En novembre dernier, un premier rassemblement avait eu lieu à Bar-le-Duc pour dénoncer la complicité des autorités.

Ce samedi, c’est avec les slogans «Fermez-là» et «Pas de fachos dans les villages» que le cortège s’est élancé sur les routes au milieu de la campagne, en direction du hangar. Non seulement la police laisse prospérer ce bastion d’extrême droite, mais elle le protège. Les manifestant·es ont constaté avec stupéfaction que des agents discutaient tranquillement avec des nazis durant certains événements. Ce 7 février, une ligne de gendarmes protégeait même la taverne.

En fin de parcours, la gendarmerie a tiré des grenades lacrymogènes de manière «préventive» vers le cortège qui était d’un calme total. En prime, les militaires ont envoyé une grenade explosive GM2L, potentiellement mortelle, causant un cratère dans le sol. Heureusement, le vent était du côté des antifascistes, et a renvoyé les gaz vers le hangar : les nazis ont donc été gazés en Meuse.

La journée s’est terminée dans la joie, avec un concert au sein d’un «village antifasciste» installé sur la place centrale de Combres-sous-les-Côtes, avec le groupe de punk René Binamé, autour de boissons et d’un repas partagé. Dans les villes comme dans les campagnes, de la Bretagne à la Meuse, plus un pas en arrière contre les fascistes.


Images : Manif-Est, Loïc Citation, presse locale

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