Courrier des lecteurs

Nous qui observons l’Histoire se faire ou se refaire, des sentiments multiples nous ont traversé au fil de ces derniers jours.
D’abord, et malgré les différences de vues qui nous séparent, un sentiment de solidarité avec la France Insoumise et Rima Hassan face à l’opération d’excommunication qui les frappe.
Ensuite du dégoût et de la colère à voir une assemblée de députés, dans un pays qui fut envahi par l’Allemagne hitlérienne, faire une minute de silence pour un militant néo-nazi.
Enfin, un sentiment de camaraderie. Notre cœur est avec les interpellés de Lyon, ces inconnus d’hier qui, par la force des choses, sont pour nous des camarades de fait aujourd’hui.
Si cette séquence nous interpelle, c’est parce qu’à bien des égards elle semble dotée d’un puissant pouvoir de révélation.
L’injustice du traitement qui frappe la FI et la criminalisation de l’antifascisme ne pouvaient se faire qu’à la faveur d’une concentration sans précédent du pouvoir idéologique. Sans l’effort soutenu et coordonné d’un vaste maillage de journaux, de chaînes, de polémistes, de notables et de chefs d’entreprise… Tous engagés dans une une entreprise réactionnaire d’une ampleur inédite en France.
Depuis vendredi, nous assistons à la mise à jour d’un front unique à l’Assemblée Nationale face à la France Insoumise. L’alliance spontanée des partisans de l’ordre racial avec les souteneurs de l’ordre économique crève les yeux. Leur complaisance mutuelle montre à quel point le maintien du consensus néolibéral est devenu impérieux : de l’extrême droite au Parti Socialiste il peut justifier toutes les compromissions politiques.
Une contre-révolution est en cours.
À cette époque qui ne manque ni de juges, ni de procureurs, inutile maintenant d’apporter une nouvelle « analyse des faits ». La question n’est pas de savoir qui des antifascistes ou des fascistes a commencé vendredi : ça fait des années que ça a commencé. Nous n’avons pas eu à attendre la mort opportune d’un homme pour nous en émouvoir, nous avions déjà pris parti.
Qu’un ministre fasse semblant de découvrir cette violence après vingt ans de militarisation continue de l’appareil policier ne trompe personne. Il ne la déplore pas, il en défend simplement le monopole. La multiplication des crimes racistes de ses fonctionnaires et les yeux crevés par les Flashballs ne font pas lever nos députés. Si la violence antifasciste choque c’est parce que celle d’en face, par sa répétition, ne surprenait plus.
Ajoutons encore que, puisque le fascisme est naturellement du côté du pouvoir, le régime de cette violence sera toujours asymétrique. Face à des groupuscules qui s’arment pour défendre la domination en place, nous ne serons jamais du bon côté du manche. Quand l’État entend la donner d’office aux forces de l’ordre, la « légitime défense » ne suffit plus.
Pourtant il faut aussi savoir refuser le chantage idéologique qui voudrait faire croire qu’un autre monde ne se payera qu’avec des morts ou des larmes. Ce chantage nous empêche de nous poser la question des manières de faire. Réduire l’antifascisme à la seule logique de l’affrontement nous empêche de dire qu’il commence, d’abord, en son tout premier point, par une disposition à être attentif. À regarder ce qui arrive. À regarder ce qui arrive à ce qui n’est pas soi, comme une impossibilité de fermer les yeux. À construire une sensibilité, à la mettre en partage. À savoir reconnaître l’ami pour, enfin, prendre position.
Une idée ancienne nous appelle. Nous ne pouvons l’évoquer qu’avec une extrême humilité, en la murmurant, tant le courage des femmes et des hommes qui se sont sacrifiés pour elle nous surplombe. Cette idée, c’est celle de la Résistance. Il nous incombe de la rendre de nouveau possible, d’en tisser les liens, d’en soigner les formes, d’empêcher ce qui la mine. De lui faire de la place.
À la « lutte à mort » que professait Quentin Deranque, nous préférons la lutte à vie.
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