
À longueur d’année, les éditorialistes scrutent les manifestations sociales et écologistes. Ils parlent de «casseurs» et d’«ultra-gauche», analysent chaque pancarte, observent chaque tag à la recherche de ce qu’ils pourraient reprocher aux cortège. Et quand ils ne trouvent rien de scandaleux, ils l’inventent carrément, comme on l’a vu dans le cas de manifestations pour la Palestine, auxquelles les médias ont attribué des slogans antisémites imaginaires.
Mais cette fois-ci, lors de la processions fasciste à Lyon il y a une semaine, les éditorialistes n’ont rien trouvé à redire. Ils n’ont pas enquêté, pas chercher à dramatiser : le défilé était néo-nazi. La marche organisée à Lyon a été retransmise quasiment en direct et avec une complaisance totale toute la journée. Et puis, il y a ce que les médias n’ont pas montré : des milliers de lyonnais et lyonnaises qui ont eu peur, des événements annulés, des bibliothèques, locaux et bars associatifs fermés par peur des attaques. Ou encore la famille de Quentin Deranque elle-même, qui ne partageait pas ses idées et qui a dénoncé la récupération. Mais puisque les médias télévisuels affirment que cette marche s’est «bien passée» et qu’elle était «familiale», on vous présente ceux qui l’ont menée :
- En tête de cortège, derrière la banderole : Yvan Benedetti, figure historique du pétainisme, il dirige l’Œuvre française, dissoute après la mort de Clément Méric. Il a été condamné à plusieurs reprises pour injure publique, provocation à la haine et à la discrimination, il multiplie les propos et textes violemment antisémites et négationnistes. Il se revendique «antisioniste, antisémite et antijuif». Après la manifestation, il publiait encore ce 23 février : «Il faut combattre le judaïsme politique qui fait le lit du processus de grand remplacement de notre peuple. Un seul mot d’ordre : ni BFMuzz, ni CJews; ni droite casher, ni gauche halal ! Nous allons rendre la France à son peuple, l’Europe à sa race et l’Église à Dieu !»
- Éliot Bertin, chef du groupe néonazi Lyon Populaire jusqu’à sa dissolution en 2025. Sa présence pourrait presque passer inaperçue, sauf qu’il est est interdit de paraître à Lyon pour son rôle dans une violente attaque d’une conférence sur la Palestine, avec un commando armé qui avait dévasté un local et blessé plusieurs personnes. Le chef d’un groupe violent, mis en examen, et interdit d’être présent, a donc pu parader sous les yeux de la police et des caméras pendant toute une après-midi. Des militants de gauche ont été incarcérés pour bien moins que cela. La complicité des forces de l’ordre, de la justice et des nazis est, une nouvelle fois, évidente.
- Marc de Cacqueray Valmenier, néo-nazi issu d’une famille de l’aristocratie, aujourd’hui embauché par Bolloré comme homme de main. Il était tout à l’avant de la manifestation, guidant ses camarades, visiblement dans le service d’ordre. Chef d’un groupe ultra-violent, les Zouaves Paris, il a mené plusieurs attaques armées, notamment contre des supporters marocains, des Gilets Jaunes ou des militant·es antiracistes, et a toujours bénéficié d’une étonnante complaisance judiciaire. Le corps tatoué de symboles nazis, adepte des sports de combat, il a aussi fait de la lutte armée. Et dire que des enquêtes antiterroristes ont visé la gauche pour de simples dégradations !
- Alexandre Gabriac : ce néo-nazi faisait beaucoup parler de lui il y a dix ans. Prognathe, bas du front et bras tendu, la caricature du bonehead. Basé à Grenoble, fondateur des Jeunesses Nationalistes, mouvement fasciste violent, il a été pris en photo en train de faire des saluts hitlériens et a donc été exclu en 2011 du FN. Il fera d’autres saluts devant la tombe de Mussolini, et organisera des manifs à Lyon aux cris de «Pas de quartier pour les pédés».
- Tristan Arnaud, visage porcin et bob vissé sur la tête, est surnommé «le cogneur». Basé à Clermont-Ferrand, il multiplie les violences depuis le début des années 2010. Après avoir commis des agressions racistes dans le centre-ville et près du stade de foot, il est condamné et s’exile à Bordeaux. Quand il revient à Clermont, il passe à tabac une jeune homme qu’il identifie comme «antifa» le 17 novembre 2023. Il gère également le service d’ordre du C9M, qui organise la marche annuelle des nazis français à Paris. Il est également condamné pour des violences sur l’ex-compagnon de sa compagne.
- Fabrice Robert, leader d’un groupe de punk hardcore à l’idéologie nationaliste-révolutionnaire, et responsable du Bloc Identitaire. En 1992 il est condamné à un mois de prison avec sursis et 10.000 francs d’amende pour avoir distribué des tracts négationnistes à la sortie de lycées niçois.
- Raphaël Ayam, leader du groupuscule fasciste provençal Tenesoun, créé en septembre 2019. En juin 2023, il était invité en Espagne par l’Association culturelle des amis de Léon Degrelle, un ancien SS ayant combattu dans les rangs nazis, et resté jusqu’à sa mort un grand défenseur d’Hitler. Ancien collaborateur d’un député RN.
- Pol-Oscar Legris : l’un des leaders de Jeunesse Lyon Populaire, groupe nationaliste et antisémite – émanation du Baston social et du GUD, Groupe Union Défense – dissous en juin 2025. C’est un des assaillants identifiés par notre média lors de l’attaque qui a conduit à la mort de Quentin Deranque.
- «Vincent», mèche brune rabattue sur le crane et regard noir, est passé sur toutes les chaînes de télé, présenté comme un «ami proche» de Quentin Deranque. Il expliquait que son copain était un gentil catholique qui aspirait à la «bonté». Il s’agit de Vincent Claudin, collaborateur de la députée RN de la Drome Lisette Pollet mais surtout membre de Lyon Populaire, le groupe fasciste violent évoqué précédemment. Médiapart a retrouvé ses tweets pro-Hitler, antisémites, racistes et menaçants, ce qui a poussé son employeuse à le débrancher.
- Domitille Casarotto, autre personne présentée comme une «amie de Quentin», porte-parole de la marche lyonnaise, faisait partie du groupe de discussion qui a planifiée une violente attaque menée contre une conférence sur la Palestine à Lyon en 2023.
Dans cette marche, évidemment, des participants ont hurlé des phrases comme «Sale Bougnoule ! Sale race de merde !» vers des passants maghrébins, avant que d’autres les préviennent : «Ho les gars, y’a une caméra !» Des saluts nazis ont aussi été filmés, malgré les consignes des organisateurs. Chassez le naturel, il revient au galop.
Ce sont ainsi toutes les tendances de l’extrême droite radicale, du royalisme au néo-nazisme, venues de toute la France mais aussi d’Italie, de Suisse, d’Autriche ou d’Allemagne qui savent désormais qu’elles peuvent défiler au grand jour et sous protection policière en France, et avec la bénédiction des grands médias.
Pire, le Figaro, dans son reportage au sein la manifestation, a évoqué un policier qui applaudissait un chant des manifestants. Pendant ce temps, le Sénateur LR du Rhône Étienne Blanc était présent dans le cortège. Alors qu’on harcèle la FI pour le moindre écart dans des mouvements réunissant parfois des centaines de milliers de personnes, aucun média n’a mis en cause Les Républicains pour leur participation à cette marche ouvertement fasciste.
Alors même que la famille de Quentin Deranque «condamne très fermement la récupération politique» et les «débordements racistes» lors de la marche, et qu’elle n’était même pas présente, personne sur les plateaux télé n’a parlé de «récupération».
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