CALAIS : DRAGON MADE IN NANTES & CHASSE AUX EXILES

Pour développer le tourisme, la mairie interdit les distributions de repas !

A Calais, dans le nord de la France, les distributions de repas sont “suspendues” dans le centre-ville pendant plusieurs semaines. La mairie a publié un arrêté municipal, interdisant les «occupations abusives, prolongées et répétées» de migrants dans le centre-ville «au moment de la distribution de repas». La logique des élus : plutôt que d’aider les misérables, chassons la misère. Plusieurs personnes ont déjà été verbalisées pour avoir distribué de la nourriture.

Le but de cet arrêté municipal ? Faire place nette en vue d’un grand événement touristique dans la ville : l’arrivée d’un dragon mécanique. A Nantes, tout le monde connait le célèbre « éléphant des Machines» qui circule sur l’île de Nantes. C’est devenu l’attraction touristique incontournable de la ville.

Calais a donc commandé un dragon fabriqué par la même compagnie. Comme à Nantes, le but est d’attirer des touristes et de «redorer l’image» de la ville. Voici le discours de la mairie : «L’enjeu majeur est celui du développement économique et touristique de la ville. Le projet de la compagnie La Machine doit révéler la station balnéaire du XXIème siècle […] et faire basculer Calais de l’ère industrielle à celle du ludique.» On retrouve quasiment mot pour mot les arguments des élus nantais il y a dix ans pour lancer l’éléphant !

Ainsi, pour la venue de ce dragon, les autorités disent craindre que la présence de migrants perturbe «la bonne organisation de ces événements » alors que des «familles et les touristes sont attendus en masse à Calais». Chassez les pauvres de la ville « ludique » ! Le dragon mécanique est inauguré depuis deux jours. Coût des cérémonies d’inauguration ? 700 000 € pour le weekend.

Pour ce lancement, le ministre de l’intérieur Castaner a fait le déplacement. Une bénévole raconte : « je suis allée devant la mairie de Calais alors que Castaner accueillait le fameux dragon. J’ai été arrêtée, reconnue par un RG […] on m’a fait garder à l’écart de la mairie par plusieurs policiers en “service spécial” jusqu’à la fin de la soirée qui m’ont raccompagnée avec ordre de quitter la ville. »

De son côté, le collectif « L’auberge des migrants », qui vient en aide aux exilés démunis, annonce qu’il va attaquer en justice ces arrêtés illégaux et racistes. «Et nous continuerons à aider les exilé-es à survivre ici.»

Cet inauguration touristique et l’arrêté anti-repas qui l’accompagne est la démonstration que la culture peut être utilisée par les autorités pour chasser les indésirables. Comme à Nantes, où le centre-ville s’est embourgeoisé à base de «politiques culturelles».

Hier, à Calais, les pompiers ont découvert un homme mort dans sa tente. Un exilé. Son décès a été provoqué par une «intoxication au monoxyde de carbone», du à un réchaud de fortune.