Affrontements à Belfast et Derry : que se passe-t-il en Irlande du Nord ?


Dans la presse, on entend parler d’unionistes, de loyalistes, de républicains, de Sinn Féin, d’affrontements…
Une petite mise au point pour comprendre la situation


Un peu d’histoire

Dès le XVIe siècle, l’Irlande se transforme en colonie anglaise. Au fil des ans, le territoire voit se soulever le peuple irlandais, très majoritairement catholique, avant d’être sévèrement réprimé et de voir ses libertés bafouées par les colons anglais, majoritairement protestants. L’Union Act de 1801 rattache officiellement l’Irlande au Royaume-Uni de Grande Bretagne et d’Irlande.

Des manifestations de soutien aux opprimé.es ont lieu en Irlande du Sud. L’armée britannique intervient de nouveau, utilisant la torture contre des prisonniers et des suspects, tirant dans la foule, entre autres dates, le 30 janvier 1972 à Derry, un tristement célèbre Bloody Sunday. Les grèves de la faim de 1981 sont un tournant international dans la lutte, par leur médiatisation et le dévoilement de la barbarie de Thatcher, qui reste un traumatisme dans la mémoire des irlandais.es. Les noms de Bobby Sand ou Joe McDonnell résonnent encore aujourd’hui, à quelques jours des quarante ans de leurs morts.

Si les armes, aujourd’hui, ont pour l’essentiel été déposées de part et d’autres, il n’en demeure pas moins que la tension est latente entre loyalistes et républicains. Par ailleurs, le parti républicain a fait une percée aux dernières élections, ce qui fait craindre au gouvernement britannique un futur référendum sur la réunification de l’Irlande. Pourtant, aujourd’hui, le conflit qui agite l’Irlande du Nord est tout autre, et surprend par sa composition.

Le Brexit

En 2016, le Royaume-Uni vote par référendum son départ de l’Union européenne. Mais les accords négociés avec Bruxelles sur cette sortie permettent à l’Irlande du Nord de rester dans le marché unique européen. L’un des effets de ce Brexit est de rétablir une frontière entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne, et en particulier une frontière commerciale. Ce qui implique de nouvelles taxes douanières, de nouvelles formalités pour les exportateurs, et donc des difficultés d’approvisionnement pour l’Ulster.

C’est ainsi que des rayons de supermarché se retrouvent trop souvent vides. Les unionistes, dont une bonne partie a soutenu le Brexit, se sentent trahis à la fois par l’Angleterre et par les partis politiques unionistes, qui leur ont menti en affirmant qu’il n’y aurait pas de rétablissement d’une frontière entre l’Irlande du Nord et l’Angleterre. Les républicains, quant à eux, tout en continuant le bras de fer avec le pouvoir britannique, y voient une possibilité accrue de réunification de l’Irlande.

Les premières émeutes ont eu lieu dans les quartiers unionistes, où la jeunesse s’affronte avec la police depuis plusieurs nuits. La contestation a gagné les quartiers républicains quelques jours plus tard. La police est attaquée, des véhicules sont incendiés. Mais les deux jeunesses semblent difficilement réconciliables et se sont même un peu écharpées, s’échangeant des cocktails molotov de part et d’autre du mur de séparation (le peace wall). C’est en tout cas sur ce point que les médias français insistent.


Quelques sources :

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