Calais : rodéo militaire devant un camp d’exilés, un véhicule vigipirate embourbé


Cinquième armée du monde, septième compagnie


La société française est devenue un absurdistan autoritaire, l’actualité ressemble à un mélange entre un épisode de Groland et une dystopie.

À Calais ce dimanche, des militaires sont venus s’amuser devant un camp d’exilés avec leur grosse voiture. Alors que des êtes humains survivent dans des conditions infernales, par un temps glacial, sous des tentes, à la merci des expulsions policières, des soldats viennent les narguer en faisant un rodéo.

Le journaliste Louis Witter, qui couvre l’actualité dans cette zone, raconte la scène et diffuse la vidéo des faits : « un véhicule militaire de Vigipirate est venu ce matin faire du drift et des pointes de vitesse sur l’un des campements d’exilés de la ville, avant de s’embourber. A plusieurs reprises, le véhicule occupé par des militaires armés est passé dans les flaques et devant les tentes sur ce terrain vague à la sortie de Calais où vivent environ 500 personnes. Tout ça pour finir sa course embourbé dans la boue du campement. Les militaires sont sortis avec leurs armes du véhicule en attendant quelqu’un pour les dépanner. Avant d’appeler un plus gros camion ils ont demandé, un peu emmerdés, « Vous avez pas des pelles ? »

La voiture utilisée pour le rodéo portait un flocage vigipirate, donc théoriquement destinée à l’antiterrorisme, et une immatriculation militaire. Les hommes sortis du véhicule portaient des armes de guerre. Finalement, il aura fallu l’arrivée de renforts, l’aide des exilés et un poids-lourd pour sortir la voiture de la boue. Le journaliste signale même eu une altercation entre des CRS, nombreux sur zone, et soldats : « Les militaires viennent de s’embrouiller avec les CRS parce que des personnes exilées sont en train de creuser en tongs dans la boue pour sortir la voiture de là alors que les policiers ne bougent pas d’un pouce ».

Tout est tristement grotesque dans cette histoire. Des forces répressives et armées suréquipées, qui s’amusent pendant que des hommes et des femmes vivent l’enfer. Une armée qui se considère comme « exemplaire », et dont les soldats font des rodéos. Le sentiment d’impunité totale des individus qui portent un uniforme et sont grassement rémunérées par l’État.

Tout aussi ubuesque : le début de polémique qui entoure cette histoire. Le ministère des armées a promis des « sanctions ». Pourtant, les nombreux néo-nazis repérés dans l’armée française n’ont jamais été sanctionnés, ni les crimes des troupes hexagonales en Afrique. De même, la police qui harcèle, gaze et détruit les tentes des exilés n’est pas inquiétée non plus. Sombre farce.


Le thread de Louis Witter

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