Islamophobie d’État et double discours

C’est la dernière mise en scène crapuleuse du gouvernement. Au cœur de l’été, alors que la crise climatique et sociale fait rage, le régime Macroniste relance une nouvelle fois sa chanson préférée : celle de l’islamophobie. Et pousse très loin l’art du double discours : en frappant publiquement un imam tout en recevant un dictateur fondamentaliste d’une monarchie pétrolière.

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EXPULSION

«Ce prédicateur tient depuis des années un discours haineux à l’encontre des valeurs de la France contraire à nos principes de laïcité et d’égalité entre les femmes et les hommes». «Il sera expulsé du territoire français», écrivait Gérald Darmanin il y a deux jours à l’encontre d’un imam du Nord de la France, Hassan Iquioussen. Darmanin qui défend l’égalité homme/femme, cela pourrait presque être drôle. L’imam ciblé est presque soixantenaire, né en France, grand-père. Il lui est reproché aussi d’inciter «à une forme de séparatisme» et d’alimenter «des thèses complotistes autour de l’islamophobie». Derrière ces accusations floues de «séparatisme», nous l’avons vu, le gouvernement peut mettre tout et n’importe quoi. Parler de «racisme d’État» ou de «violences policières» et désormais passible de «séparatisme». Et c’est bien pratique, car une telle expulsion n’était pas possible avant la «loi contre le séparatisme» promulguée en août 2021 et qui a été utilisée pour dissoudre des collectifs et associations.

Le journal Libération, jamais en retard pour accompagner la propagande gouvernementale, écrit que cet imam était «épinglé pour des propos rétrogrades». On lui reproche notamment une conférence datant de l’an 2000. C’est probablement vrai. Cet imam a-t-il tenu des propos réactionnaires ? Sans doute. Est-ce une raison de l’expulser ? Au nom de quoi ? Gérald Darmanin est lui même un ancien militant de l’extrême droite royaliste, ancien soutien de la Manif pour Tous et même accusé de viol. Sera-t-il expulsé ? Une ministre de Macron, Caroline Cayeux, a tenu des propos violemment homophobes ces dernières semaines. Sera-t-elle expulsée ? Non ? Alors l’enjeu de cette affaire n’est pas tant la teneur des propos de cet imam, mais une énième opération islamophobe.

DICTATEUR THÉOCRATIQUE

Exactement au même moment, le dictateur Mohammed Ben Salmane, prince héritier d’Arabie Saoudite, était reçu en grande pompe à l’Élysée par Macron en personne. Les deux hommes se sont longuement serré la main devant les caméras, se sont cajolés en faisant de grands sourires, ont dîné ensemble… Après le repas, le régime saoudien a remercié Macron pour «son accueil chaleureux». Pour rappel, Mohammed Ben Salmane représente l’une des pires dictatures islamistes fondamentalistes de la planète. C’est le dernier pays au monde qui organise des exécutions publiques au sabre, par dizaines, chaque année. L’Arabie Saoudite est une prison à ciel ouvert, qui perpètre des crimes de guerre massifs au Yemen, avec des armes vendues par la France. L’héritier saoudien a littéralement fait torturer, assassiner et démembrer un journaliste qui lui déplaisait. Mais Mohammed Ben Salmane n’est pas un «séparatiste», c’est un «ami». On lui vend même des armes. Il a du pétrole.

Le fondamentalisme religieux ne sera jamais notre allié, surtout quand il est en position de pouvoir comme c’est le cas dans les pays du golfe. Mais il est impossible de ne pas voir derrière l’expulsion de cet imam une manœuvre politique raciste destinée à flatter l’extrême droite. Et une nouvelle étape autoritaire, une nouvelle brèche dans le droit des étrangers, et des droits humains en général.