🇮🇱 IsraĂ«l : jeunesse emprisonnĂ©e pour avoir refusĂ© l’armĂ©e


Le courage des “refuznik”


Cet Ă©tĂ©, l’armĂ©e israĂ©lienne attaque de nouveau la bande de Gaza, bombarde les habitations et tue des civils. Des scènes malheureusement banales dans cette rĂ©gion du monde, en proie Ă  la violence coloniale. Le 11 mai dernier la journaliste Shireen Abu Akleh Ă©tait abattue d’une balle dans la tĂŞte par un tireur israĂ©lien. Elle portait un gilet pare-balle et un casque avec les lettres «PRESS». Elle informait depuis 20 ans, sur le terrain, au cĹ“ur des Ă©vĂ©nements, sur la situation en Palestine. L’État colonial a Ă©liminĂ© une journaliste gĂŞnante. Deux jours plus tard, la police israĂ©lienne attaquait les obsèques et tabassait les porteurs du cercueil de la dĂ©funte. Dimanche 29 mai Ă  JĂ©rusalem, des suprĂ©macistes sionistes tabassaient des palestiniens lors de la «marche des drapeaux». Quasiment chaque semaine, l’armĂ©e israĂ©lienne est envoyĂ©e face aux jeunes palestiniens, provoquant de nombreux blessĂ©s et, souvent, des morts. Chaque annĂ©e, des raids et des bombardements ont lieu sur Gaza.

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Pour exĂ©cuter ces violences, l’État IsraĂ©lien utilise sa jeunesse. Les jeunes IsraĂ©lien-nes doivent effectuer deux ans de service militaire obligatoire, sauf en cas d’exemption religieuse. En cas de refus de servir dans l’armĂ©e, c’est la prison. Tous les ans, des jeunes refusent le service obligatoire et sont donc enfermĂ©-es.

➡️ Cet été, Shahar Schwartz, 18 ans, refuse son enrôlement en pleine offensive militaire. «Je vais refuser et je serai envoyé en prison» écrit-il. «Les enfants de Gaza n’ont pas d’abris ou de technologie de défense anti-missile comme le dôme de fer pour les protéger. Je refuse de m’enrôler dans l’armée israélienne parce que cela entretient les inégalités et opprime tout espoir de changement positif. […] Je suis prêt à payer ce prix temporaire de la liberté.
J’espère que mes actions influenceront d’autres personnes qui sont dans une situation comme la mienne. J’espère que cela fera voir aux gens les crimes que commettent les militaires et les souffrances qu’ils causent. […] J’espère voir le jour où les enfants palestiniens et israéliens n’auront pas à vivre dans la peur, mais pourront vivre en paix.»

Ă€ la suite d’une pĂ©riode d’enfermement, l’armĂ©e convoque de nouveau. Et en cas de refus supplĂ©mentaire, retour en cellule. Certains jeunes enchaĂ®nent donc les sĂ©jours en prison.

➡️ Par exemple, en 2020, la jeune Hallel Rabin se disait «la personne la plus heureuse au monde» après avoir Ă©tĂ© libĂ©rĂ©e, alors qu’elle avait Ă©tĂ© emprisonnĂ©e Ă  quatre reprises pour avoir refusĂ© le service militaire.

«L’armĂ©e est l’une des choses les plus Ă©videntes en IsraĂ«l : on grandit en se disant qu’un jour on sera soldat, qu’on se taira et qu’on fera son travail […] Je ne servirais dans aucune armĂ©e du monde, mais la situation dans les Territoires palestiniens renforce ma conviction». Aux questions posĂ©es, elle rĂ©pondait : «Je ne suis pas folle, c’est la situation ici qui est folle».

➡️ En 2021, Shahar Perets avait Ă©tĂ© condamnĂ©e trois fois Ă  des sĂ©jours en prison militaire parce qu’elle refusait de faire son service pour s’opposer Ă  l’occupation des territoires palestiniens par IsraĂ«l. Elle a donc passĂ© son dix-neuvième anniversaire en prison. Son père est venu lui chanter bon anniversaire au mĂ©gaphone, de l’autre cĂ´tĂ© du grillage de l’établissement.

➡️ On les appelle les “refuznik”, mot composĂ© de “refuse” et du mot russe ouznik, c’est-Ă -dire “prisonnier”. L’expression est synonyme de dissidence. En 2019, cinq objecteurs de conscience ont Ă©tĂ© dĂ©tenus militairement. En 2020, soixante lycĂ©ens et lycĂ©ennes signaient une lettre refusant le service. En 2001, au moins 300 refuzniks ont refusĂ© de servir dans les territoires occupĂ©es durant la Seconde intifada. En 2003, vingt-sept pilotes de l’armĂ©e dĂ©nonçaient les attaques «illĂ©gales et immorales que l’État d’IsraĂ«l effectue dans les territoires palestiniens». Et il y aurait bien d’autres cas de refus Ă  raconter.

MalgrĂ© une sociĂ©tĂ© encadrĂ©e militairement et en Ă©tat de guerre permanente, une partie de la jeunesse d’IsraĂ«l refuse d’obĂ©ir et en paie le prix fort. Les mĂ©dias français ne font jamais entendre la voix de ces jeunes qui dĂ©sobĂ©issent et refusent le colonialisme de leur État. Ă€ nous de les faire entendre.


Retrouvez notre dossier sur la situation en Palestine ici :