Israël : jeunesse emprisonnée pour avoir refusé l’armée


Le courage des “refuznik”


Cet été, l’armée israélienne attaque de nouveau la bande de Gaza, bombarde les habitations et tue des civils. Des scènes malheureusement banales dans cette région du monde, en proie à la violence coloniale. Le 11 mai dernier la journaliste Shireen Abu Akleh était abattue d’une balle dans la tête par un tireur israélien. Elle portait un gilet pare-balle et un casque avec les lettres «PRESS». Elle informait depuis 20 ans, sur le terrain, au cœur des événements, sur la situation en Palestine. L’État colonial a éliminé une journaliste gênante. Deux jours plus tard, la police israélienne attaquait les obsèques et tabassait les porteurs du cercueil de la défunte. Dimanche 29 mai à Jérusalem, des suprémacistes sionistes tabassaient des palestiniens lors de la «marche des drapeaux». Quasiment chaque semaine, l’armée israélienne est envoyée face aux jeunes palestiniens, provoquant de nombreux blessés et, souvent, des morts. Chaque année, des raids et des bombardements ont lieu sur Gaza.

Pour exécuter ces violences, l’État Israélien utilise sa jeunesse. Les jeunes Israélien-nes doivent effectuer deux ans de service militaire obligatoire, sauf en cas d’exemption religieuse. En cas de refus de servir dans l’armée, c’est la prison. Tous les ans, des jeunes refusent le service obligatoire et sont donc enfermé-es.

Cet été, Shahar Schwartz, 18 ans, refuse son enrôlement en pleine offensive militaire. «Je vais refuser et je serai envoyé en prison» écrit-il. «Les enfants de Gaza n’ont pas d’abris ou de technologie de défense anti-missile comme le dôme de fer pour les protéger. Je refuse de m’enrôler dans l’armée israélienne parce que cela entretient les inégalités et opprime tout espoir de changement positif. […] Je suis prêt à payer ce prix temporaire de la liberté.
J’espère que mes actions influenceront d’autres personnes qui sont dans une situation comme la mienne. J’espère que cela fera voir aux gens les crimes que commettent les militaires et les souffrances qu’ils causent. […] J’espère voir le jour où les enfants palestiniens et israéliens n’auront pas à vivre dans la peur, mais pourront vivre en paix.»

À la suite d’une période d’enfermement, l’armée convoque de nouveau. Et en cas de refus supplémentaire, retour en cellule. Certains jeunes enchaînent donc les séjours en prison.

Par exemple, en 2020, la jeune Hallel Rabin se disait «la personne la plus heureuse au monde» après avoir été libérée, alors qu’elle avait été emprisonnée à quatre reprises pour avoir refusé le service militaire.

«L’armée est l’une des choses les plus évidentes en Israël : on grandit en se disant qu’un jour on sera soldat, qu’on se taira et qu’on fera son travail […] Je ne servirais dans aucune armée du monde, mais la situation dans les Territoires palestiniens renforce ma conviction». Aux questions posées, elle répondait : «Je ne suis pas folle, c’est la situation ici qui est folle».

En 2021, Shahar Perets avait été condamnée trois fois à des séjours en prison militaire parce qu’elle refusait de faire son service pour s’opposer à l’occupation des territoires palestiniens par Israël. Elle a donc passé son dix-neuvième anniversaire en prison. Son père est venu lui chanter bon anniversaire au mégaphone, de l’autre côté du grillage de l’établissement.

On les appelle les “refuznik”, mot composé de “refuse” et du mot russe ouznik, c’est-à-dire “prisonnier”. L’expression est synonyme de dissidence. En 2019, cinq objecteurs de conscience ont été détenus militairement. En 2020, soixante lycéens et lycéennes signaient une lettre refusant le service. En 2001, au moins 300 refuzniks ont refusé de servir dans les territoires occupées durant la Seconde intifada. En 2003, vingt-sept pilotes de l’armée dénonçaient les attaques «illégales et immorales que l’État d’Israël effectue dans les territoires palestiniens». Et il y aurait bien d’autres cas de refus à raconter.

Malgré une société encadrée militairement et en état de guerre permanente, une partie de la jeunesse d’Israël refuse d’obéir et en paie le prix fort. Les médias français ne font jamais entendre la voix de ces jeunes qui désobéissent et refusent le colonialisme de leur État. À nous de les faire entendre.


Retrouvez notre dossier sur la situation en Palestine ici :

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