⚽ Tifos : la lutte en tribune ?

Marseille jouait contre l’Olympique Lyonnais ce dimanche 6 novembre. Dans le stade, les supporters de l’OM ont mis en œuvre un tifo massif : «ANTIFA», en lettres majuscules composées par les spectateurs, pour rappeler les valeurs antiracistes et antifascistes de la tribune, face à une ville de Lyon tristement célèbre pour l’implantation d’une extrême droite très violente et impunie. On se rappelle d’une époque pas si lointaine où la bâche des Gones était composée d’un gigantesque drapeau français sur lequel trônait une croix celtique, un symbole mussolinien.

Les tifos sont des performances visuelles, souvent composées de banderoles gigantesques, parfois accompagnées de fumigènes, feux d’artifice et animations, dans les tribunes des stades. Ces grandes créations organisées de supporters prennent régulièrement une tonalité politique. Parfois les revendications sociales et les luttes politiques apparaissent en tribune, sur des bâches bien plus massives que celles vues en manifestation. À l’origine de ce mode d’expression, une tradition ultrà venue d’Italie à la fin des années 1960, alors que les contestations sociales battaient leur plein et que la ferveur populaire des tribunes permettait de médiatiser un combat politique mais aussi de fédérer des groupes contestataires. Faire corps, s’engager physiquement, dans le sport comme en politique.

En Allemagne, des tifos appelant à boycotter le mondial au Qatar fleurissent ces derniers mois. À deux semaines de l’ouverture du Mondial de la honte, de nombreuses tribunes affichent des messages hostiles à la compétition et rappellent notamment le nombre d’ouvriers morts sur les chantiers de la dictature du golfe. Un tifo du même type a été déployé à Guingamp.

En août dernier, le message « On traîne en bande, comme à Gaza» accompagné du drapeau palestinien apparaissait dans la tribune Auteuil du Parc des Princes à Pairs. Le même été, un tifo «UEFA MAFIA» au stade Vélodrome entraînait de lourdes sanctions pour les marseillais.

En 2019, un tifo du club de foot populaire et antifasciste de Ménilmontant, le MFC1871, était censuré, et le club subissait une sanction de la Fédération Française de Football pour «apologie de la haine» après un visuel anti-police. Supporter d’accord, s’exprimer, non.

En septembre 2022, les supporters du Celtic, le club écossais de Glasgow, créé par des irlandais, déployaient une impressionnante image du «Petrol Bomber» accompagnée du message: «Today we dare to win». La photo, iconique de l’autre côté de la Manche, représente un adolescent de 13 ans en veste de cuir, avec un masque à gaz et un cocktail Molotov en main. Elle avait été prise en 1969 lors d’un épisode sanglant : les «troubles», période de conflits en Irlande du Nord entre la population locale et le colonisateur britannique. Un façon de rappeler l’identité du club et l’engagement de ses supporters pour une république irlandaise libérée de la domination britannique, autoritaire et royaliste.

Le football n’est pas qu’une arène dépolitisée et marchande, il est travaillé par des rapports de force, des mobilisations et des répressions. Et si l’extrême droite tente de s’implanter dans certaines tribunes, des groupes supporters sont parfois en pointe dans les combats pour le foot populaire, contre les violences policières, le racisme, ou encore lors des insurrections du monde arabe à partir de 2011.

Le stade peut devenir une tribune de lutte. Il l’a de toute façon toujours été. Le foot est bien l’enjeu d’intérêts financiers et de conflits politiques et sociaux, le Mondial du Qatar nous le démontre à nouveau.