Le mythe de «l’héritage blanc en danger»

La peur d’un prétendu «grand remplacement» est au cœur de la rhétorique d’extrême droite. Elle est régulièrement mise au goût du jour par les acteurs de la fachosphère. Illustration la plus récente : le grand journal de droite Le Figaro propose depuis quelques jours à ses lecteurs de découvrir un classement des villes de province où la part d’immigrés augmente le plus, statistiques du nombre d’étrangers à l’appui… Sordide. Un titre comme Valeurs Actuelles, par ailleurs condamné pour racisme, reprend régulièrement à son compte le concept de «grand remplacement», théorie suprémaciste utilisée comme prétexte par les terroristes d’extrême droite pour commettre des attentats.

Pour répondre à ces injures, l’erreur serait de vouloir expliquer dans une bataille statistique que le grand remplacement n’existe pas. Mais au fond, quel est le problème que la population d’un territoire évolue et se mélange ? Le mythe d’un «sang pur» qui serait attaché à une terre est un mythe forgé par les fascistes et les idéologues du racisme biologique, ceux qui ont précipité l’humanité dans les guerres et commis des génocides. À écouter les rasés du ciboulot fans de tonton Adolf, il serait question de maintenir l’héritage blanc durement protégé jusqu’ici contre l’envahisseur. Ces derniers oublient pourtant que leur patrimoine génétique comme l’histoire de la France et de l’Europe sont profondément marqués par les vagues de migrations, de départs, d’arrivée et que les peuples sont toujours en constante évolution.

À vrai dire il n’y a ni gène français ni même un gène européen qu’il faudrait soi-disant sauvegarder. Plus de 99,9 % du patrimoine génétique est commun à toute l’humanité et les 0,1 % de différences existantes ne sont que très peu liées à nos origines géographiques. Les études récentes sur l’évolution de la génétique humaine sont d’ailleurs encore plus impitoyables avec les théories des nazillons.

Si on va plus loin, le cloisonnement des populations promu par l’extrême droite est même une aberration évolutive aboutissant inévitablement au développement de maladies génétiques rares et vers une lente mais inévitable extinction. La consanguinité est un danger. Aucune logique (encore moins scientifique) ne peut appuyer les chasses aux immigrés, les reconduites à la frontière et la précarisation des sans-papiers. D’autant que c’est l’Occident, par le commerce triangulaire, la colonisation puis la mondialisation capitaliste qui a généré le chaos et l’exil de millions de personnes qui fuient les guerres ou cherchent un meilleur avenir.

Un vrai «grand remplacement» est toutefois en cours en France : il est médiatique et politique. Les nostalgiques du fascisme et du pétainisme ont colonisé tout l’espace public en quelques années, alors qu’ils auraient dû rester au fond des poubelles de l’histoire. Il est temps de grand remplacer les vieux riches de droite qui intoxiquent le débat public. Plus que jamais, la déconstruction de la rhétorique du grand remplacement est un prérequis pour lutter contre ce racisme décomplexé et l’établissement d’une Europe forteresse. Vive la diversité génétique et culturelle !


Le classement immonde du Figaro : https://www.lefigaro.fr/actualite-france/ces-villes-de-province-ou-la-part-d-immigres-augmente-le-plus-notre-classement-de-1700-communes-en-france-20221118