L’écologiste aux homards François de Rugy devient banquier d’affaire


“Senior advisor” en fusion-acquisition


Il existe des célébrités locales dont on ne tire pas de fierté. À Nantes, ce sont les préfets ultra-violents et les politiciens véreux. De son nom complet François Goullet de Rugy, ce fils d’une famille anoblie membre de l’Association d’entraide de la noblesse française, s’est fait un nom à Nantes en tant que député écologiste. Et c’est depuis Nantes qu’il a gravi les marches du pouvoir, en faisant de ses trahisons systématiques sa marque de fabrique.

En tant qu’élu vert, il passe plus de temps à réclamer l’expulsion de la ZAD et l’anéantissement des mouvements écolos qu’à défendre l’environnement. Il dénonce les manifestations après la mort de Rémi Fraisse, soutient les lois liberticides de Manuel Valls et tweete compulsivement son soutien aux forces de l’ordre. En 2015, il publie l’ouvrage «écologie ou gauchisme, il faut choisir» – vendu à quelques dizaines d’exemplaires seulement – pour justifier l’abandon de son propre parti : Europe Écologie. Il y défend la politique du gouvernement Valls, et monte dans la foulée son micro-parti – «Écologistes» –, qui fait un flop et disparaît rapidement.

L’objectif est d’obtenir un ministère, et c’est un échec. Lors des élections présidentielles de 2017, De Rugy tente sa chance, en se présentant à la ”primaire” de la gauche, où il réunit péniblement 3,8% des voix. Il trahit immédiatement son engagement et soutient Emmanuel Macron. Qu’il venait pourtant pourtant d’attaquer lors de débats télévisés.

Une fois élu, le président Mc Kinsey le récompense : Ministre de l’écologie. Enfin ! C’est durant son ministère que la ZAD de Notre-Dame-des-Landes subit une attaque de plus de 2000 gendarmes qui dévaste la zone. De Rugy est même propulsé Président de l’Assemblée Nationale, dans les hautes sphères de la République. Un poste qui s’accompagne d’avantages monarchiques : 15.000 euros d’argent de poche par mois, un logement de fonction dans un château du 7eme arrondissement de Paris, l’hôtel de Lassay, et la domesticité qui va avec.

En 2019, De Rugy va trop loin. Médiapart révèle son train de vie décadent. Des festins luxueux à base de homards, de grands champagnes, et des bouteilles de vins à plus de 500 euros pièce, dont tout le monde se rappelle. De Rugy s’offre avec l’argent public un sèche cheveux incrusté de feuilles d’or, un vélo elliptique à 800 euros, 3 chauffeurs personnels, et même 60.000 euros de travaux dans un appartement de fonction, déjà haut de gamme et ultra-confortable, dont 20.000 euros pour un simple «dressing». Le tout en plein mouvement des Gilets Jaunes.

Contraint de démissionner, il tente tout de même de se présenter aux régionales pour LREM en Pays-de-la-Loire. Échec cuisant. Le 11 juin 2021, il est enfariné par une jeune femme dans le centre de Nantes et porte plainte pour «violence sur une personne dépositaire de l’autorité publique sans incapacité». Quelques semaines plus tôt, il avait pris position pour le nucléaire et les OGM.

Épilogue de ce somptueux parcours : François de Rugy vient de rejoindre une banque d’affaires espagnole, Alantra. Il est nommé “sénior advisor”, c’est-à-dire conseiller de haut rang en fusions-acquisitions – ces opérations qui visent à racheter des entreprises et à les “rentabiliser” le plus vite possible en licenciant ou en cassant les droits des travailleurs. Dans cette banque, De Rugy va œuvrer au ”verdissement” des entreprises explique Ouest-France. Du greenwashing pour le capitalisme financier. ”J’avais envie de faire autre chose et d’agir pour l’écologie dans le domaine économique” explique l’ancien ministre. Le patron d’Alantra France veut “développer une offre consacrée aux entrepreneurs et aux projets qui contribuent au développement durable”. Concrètement, il s’agit d’afficher de labels “verts” destinés à valoriser des entreprises sur les marchés financiers.

L’ancien écologiste est “persuadé de pouvoir peser grâce à son carnet d’adresses et son expérience”. De la trahison politique à la prédation économique. Après s’être gorgé d’argent public, certains élus mettent à profit le réseau tissé en politique au service des capitalistes, et inversement. “Écologie ou gauchisme”, de Rugy a choisi : ni l’un ni l’autre. Le productivisme ultra-libéral écocidaire.

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