Protection des abeilles : les autorités ferment les yeux sur un poison mortel


La direction de l’Office Français de la Biodiversité veut empêcher le contrôle de l’usage des pesticides dans l’arboriculture


L’extinction des abeilles est l’une des plus grandes menaces écologiques de notre temps. Les pollinisateurs sont essentiels à la reproduction des espèces végétales, base de toute la chaîne alimentaire. La réduction massive des populations d’abeilles est une alerte rouge pour les cycles du vivant. Pourtant, une note interne de la direction de l’OFB en date du 20 avril 2023, révélée par Le Monde, demande à ses inspecteurs et inspectrices de ne pas mener de contrôle concernant l’usage de pesticides dans l’arboriculture, culture qui utilise le plus de produits chimiques ! Les lobbyistes empoisonneurs sont au pouvoir.

Le comble de l’absurdité. Dans le régime de perversion généralisé qui règne actuellement, c’est donc l’agence censée protéger la biodiversité qui protège l’usage de pesticides en refusant d’appliquer la réglementation. Le Monde précise que ce traitement de faveur réservé à l’arboriculture est à l’initiative du Ministère de l’agriculture lui-même ! Les infractions en arboriculture sont pourtant, selon les agents de l’OFB, les plus faciles à établir, l’usage des pesticides étant le plus répandu dans ce genre de culture.

Même un procureur chargé des affaires liées à l’environnement s’indigne dans Le Monde (et c’est pour dire…) «Que l’organisme dont la mission est de protéger l’environnement demande à ses services de ne pas effectuer de contrôles, c’est scier les pattes à l’institution judiciaire. En leur exhortant de ne plus prendre d’initiatives, on nous prive d’affaires. Ce n’était pas la peine de créer des parquets spécialisés en environnement…». La Justice française, une immense mascarade… pour changer !

Manque d’agent-es sur le terrain, contrôles programmés des mois à l’avance et connus par les personnes contrôlées… l’État refuse de mettre les moyens pour réprimer l’usage illégal des pesticides, à l’inverse il protège même leur usage.

Troisième pays d’Europe à autoriser le plus grand nombre de pesticides, la France est à la tête d’un sinistre classement et met en danger de mort toutes les formes du vivant. Un programme de réduction de l’usage de pesticides qui voulait réduire de 50% l’utilisation de ces produits mortifères avait pourtant été lancé en 2008. Le constat est tragique : non seulement l’usage de pesticides n’a pas diminué mais il à bondi de 20% entre 2009 et 2018. Encore plus criminel : la France va même jusqu’à exporter à l’étranger les pesticides interdits sur le territoire français.

Comment s’en étonner dans un pays qui privilégie les dividendes des multinationales à la qualité de l’eau, de l’air, de la biodiversité et à la santé de ses propres citoyens ?

Rien d’étonnant non plus quand on sait que le nouveau président de la FNSEA, plus grand syndicat d’exploitation agricole, est lui-même un fervent de l’agriculture intensive et productiviste qui empoisonne le vivant en toute impunité ! À la tête de la FNSEA depuis avril 2023, Arnaud Rousseau, diplômé d’une école de commerce, dirige en effet une exploitation inhumaine de 700 hectares, tout en cumulant des fonctions de maire ainsi que la présidence du gros groupe agro-industriel “Avril gestion”.

Médiapart a également révélé qu’il détient parallèlement des sociétés «para-agricoles», comme une entreprise de méthanisation et une société de production d’énergie photovoltaïque… Pas étonnant donc de le voir défendre les mégabassines ou encore les semences enrobées de néonicotinoïdes.A

Et toute l’opération est organisée au sommet de l’État, par le ministre de l’agriculture Marc Fesneau. Rappelons que son ancienne directrice de cabinet travaille aujourd’hui pour le lobby des pesticides. Et que lorsque Marc Fesneau était député macroniste, il a tenu à être être présent à 4h du matin à l’Assemblée pour voter contre l’interdiction du glyphosate. Dès sa nomination, le lobby de l’agriculture productiviste, la FNSEA, saluait «l’attachement» du nouveau ministre pour «l’agriculture et les territoires ruraux».

Ces industriels et politiciens semblent ne pas comprendre un constat très simple : «si les insectes disparaissent, le reste disparaît avec eux», comme le rappelle avec justesse Dave Goulson.

Nous n’avons rien à attendre de l’État et de ses institutions, y compris celles qui prétendent travailler en faveur de la protection de l’environnement et de la biodiversité. La lutte est dans la rue et dans les champs, ZAD partout !

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