Macron va-t-il dissoudre le Pape ?


«Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger;
j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire;
j’étais étranger, et vous m’avez recueilli;
j’étais nu, et vous m’avez vêtu;
j’étais malade, et vous m’avez visité;
j’étais en prison, et vous êtes venus vers moi»


«Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites.»

Ce sont des extraits de l’Évangile selon Saint-Matthieu, qui raconte la vie de Jésus. Dans les écrits Saints, l’accueil de l’autre, de l’étranger, de celui qui est différent est non seulement un devoir mais une libération pour soi-même. C’est le message originel du christianisme.

Ce samedi 23 septembre, le pape François célébrait une messe devant 57.000 fidèles au stade Vélodrome à Marseille, après une déambulation dans la ville. Le pape a dénoncé «des nationalismes archaïques et belliqueux veulent faire disparaître les rêves de la communauté des nations» parlé de l’accueil des exilés et de leur sauvetage en mer comme étant «la sauvegarde de la dignité humaine». Évoquant la «journée mondiale du réfugié et du migrant» qui a lieu le 24 septembre, il a ajouté «Ceux qui se réfugient chez nous ne doivent pas être considérés comme un fardeau à porter».

Un discours fidèle aux textes bibliques mais totalement contraire au message des droites européennes. Et opposé aux politiques macronistes, qui consistent à traquer les exilés, les enfermer en camps de rétention, à lacérer leurs tentes, à leur tirer du gaz lacrymogène… Pourtant, Macron et ses ministres, voulant surfer sur la venue du Pape, sont allés l’écouter. Et ont été filmés en train d’applaudir ses discours. Une grande démonstration d’hypocrisie.

Pendant que les macronistes jouaient leur spectacle, la droite et l’extrême droite, soi-disant gardienne de l’Europe Chrétienne et fière des racines catholiques de la France ont attaqué le Pape sans aucune retenue. Le chef du RN Jordan Bardella a vomi sa xénophobie : «Il est argentin et il n’a pas conscience du problème de l’immigration aujourd’hui en Europe qui déstabilise les sociétés européennes». Guillaume Bigot sur Cnews, a même lâché : «Le pape n’aime pas la France». Un vrai séparatiste ! Philippe de Villiers, le vendéen qui a fait de sa religion un argument marketing est même soudainement devenu anti-catholique : «les évêques nous laissent mourir», il a dénoncé un «chantage émotionnel».

L’extrême-droite française, c’est celle qui est catholique jusqu’au jour où le Pape lui dit qu’il ne faut pas laisser mourir les étrangers. Là, elle se rappelle qu’elle est surtout raciste. Il faut dire que Jésus était plus révolutionnaire pour son époque que proche des idées de Zemmour…

La droite comme l’extrême droite ont estimé que le Pape avait fait un «discours politique». Non, il a rappelé la base des évangiles. De même que l’archevêque de Marseille lorsqu’il a dit : «Quand les organisations politiques interdisent aux ONG et aux navires de porter secours aux naufragés, c’est un crime grave et une violation du droit international le plus élémentaire.»

Macron a-t-il été touché par la grâce ? Pas vraiment. 24h plus tard, il faisait un discours à la télévision, et parlait «d’accélérer les procédures et de renvoyer plus rapidement les personnes qui n’ont pas vocation à rester dans notre pays».

La France devient tellement fasciste que le Pape lui-même est quasiment traité de «wokiste» voire «d’islamo-gauchiste». Macron va-t-il dissoudre le Pape, ou le mettre en garde à vue ?

Car dans la France actuelle, ceux qui aident les exilés sont réprimés. Cédric Herrou, paysan dans la vallée de la Roya, dans le sud-est de la France, qui aide et accueille des réfugiés, est persécuté par les autorités. Depuis 2016, il a subit des arrestations, plusieurs gardes à vue, des perquisitions parfois violentes dans sa propriété et des procès en justice éprouvants. Sans compter le harcèlement de la fachosphère.

Le 13 décembre 2018, 7 militants de Briançon accusés d’aider les migrants sont jugés «coupables d’aide à l’entrée sur le territoire d’une personne en situation irrégulière». Et écopent de peines de prison, ferme pour l’un d’entre eux.

À Avignon, Chantal a aidé un mineur isolé à s’inscrire à l’école. Elle est poursuivie pour «usurpation de fonction» et «usage de faux» après avoir coché la mention «représentant légal» dans le formulaire d’inscription. À Nantes, des personnes ont été menacées, arrêtées, enfermées ou poursuivies pour avoir aidé des exilé.-es en ouvrant des bâtiments vides ou en les aidant à installer des tentes.

Des exemples identiques de criminalisation de l’entraide et de la solidarité, il y en a des dizaines d’autres au pays de Macron. Qui fait décidément preuve de bien peu de charité chrétienne.

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