Affaire du 8 décembre : le procès démarre à Paris


L’affaire dite du «8 décembre» s’ouvre ce mardi 3 octobre devant le tribunal correctionnel de Paris. Le procès va durer trois semaines, jusqu’au 27 octobre. Florian D. et six autres personnes y sont renvoyées pour «participation à une association de malfaiteurs terroristes».


Le 8 décembre 2020, un énorme coup de filet mobilise des centaines de policiers dans toute la France. Nous sommes alors en plein mouvement social contre la loi de sécurité globale, des centaines de milliers de personnes descendent dans la rue le jour même. Deux jours plus tôt, Macron avait appelé à «casser les blackblocs». La vague d’interpellations contre des militants présentés dans les médias comme étant «d’ultra-gauche» tombe à point nommé pour l’agenda médiatique. Il faut mettre en récit la «menace» que constituent les luttes sociales.

Ce jour là, neuf arrestations sont orchestrées dans plusieurs villes de France. Les personnes inculpées sont présentées par les autorités comme «préparant des actions violentes». Après des gardes à vue antiterroristes de quatre jours dans des cellules totalement isolées, au sous-sol des services spéciaux, sept personnes sont poursuivies et cinq sont placées en détention préventive.

Le principal accusé reste 16 mois en isolement total. Une méthode de torture. Une autre y est placée pendant des mois et subit des fouilles à nu à chaque visite. Une méthode destinée à la briser mentalement et à l’humilier : très vite elle demandera à ses proches de cesser les visites et subira elle aussi un isolement de fait. Il faudra une grève de la faim qui poussera Florian D., le dernier détenu, aux frontières de la mort pour obtenir sa sortie sous condition, en attendant le procès. Nous y sommes.

Qu’est-ce qui justifie un traitement aussi extrême ? On reproche à cette bande de libertaires qui ne se connaissent pas tous d’avoir cherché à, éventuellement, peut-être, songé à passer à l’action. Laquelle ? On ne sait pas. Il n’y a pas de début de plan, pas de cible, de date ni de projet défini, malgré des mois de surveillance, de mise sur écoute et de filatures… Le seul élément concret ? Un gros pétard testé dans un champ par trois des personnes arrêtées, qui s’ennuyaient pendant le confinement. Plusieurs mois avant les arrestations, et sans suite. Il leur est aussi reproché une partie de paintball qui constitue, selon les services, une préparation à la guerre. Tout le reste se base sur des spéculations. Tant pis : l’antiterrorisme est d’abord un récit.

Les enquêteurs estiment que le «chef» du groupe, qui a passé dix mois au Rojava et en Syrie, est dangereux car il a combattu Daesh. Plutôt que de recevoir une médaille à son retour, Florian D. avait subi sans le savoir une surveillance totale de ses moindres faits et gestes, et une instruction l’accusant «d’œuvrer à la constitution d’un groupe armé, formé et entraîné grâce à l’expérience militaire acquise sur un théâtre de guerre, dans le but de provoquer une révolution, de renverser l’État et d’attenter à la vie de ses représentants.» C’est lui le dénominateur commun dans l’affaire : la police a arrêté ses différents amis, l’un artificier chez Disneyland, d’autres militants, afin de construire une mise en scène de commando qui s’apprêterait à commettre des violences. Les néo-nazis français partis combattre en Ukraine ces derniers mois subiront-ils le même sort ? On peut en douter.

Le procès qui commence est une opération de propagande. Le parquet national antiterroriste (Pnat) se félicite du premier procès de militants d’«ultragauche» poursuivis pour avoir cherché à fomenter des attentats, depuis ceux d’Action directe dans les années 1980. Une manière d’effacer au passage le gigantesque fiasco de l’affaire dite de Tarnac, qui s’était soldée par une relaxe générale.

Ces dernières années, nous avons vu les moyens de l’antiterrorisme augmenter sans cesse, l’envoi de brigades spéciales militarisées dans les rues suite à la mort de Nahel ou encore la police antiterroriste utilisée pour arrêter des membres des Soulèvements de la Terre. Ce procès n’est donc pas juste une affaire montée de toute pièce par un régime aux abois. Il concerne tout le mouvement social. Si ces inculpé-es sont condamné-es, demain, chaque collectif qui s’organise pour préparer des actions contestataires peut être concerné par une répression antiterroriste.

N’hésitez pas à témoigner votre solidarité avec le «groupe du 8 décembre», par des banderoles, des collages, des messages… Ne nous laissons pas terroriser.


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