Cancel Culture : le livre d’un historien israélien contre la colonisation retiré des ventes


Ilan Pappé est un historien israélien de gauche, né le 7 novembre 1954 à Haïfa. Il mène depuis des années un travail visant à contrer le discours révisionniste des suprémacistes israéliens.


En 1948, plus de 700.000 palestiniens sont contraints de quitter leurs villages, leurs maisons, leurs terres. L’armée israélienne commet des meurtres, des viols, détruit des villages entiers. C’est l’acte fondateur de cet État colonial et une catastrophe absolue pour les palestiniens, qu’ils nomment la «Nakba», la catastrophe.

Depuis 1948, des générations de palestiniens chassées de chez eux survivent dans des camps de réfugiés en Syrie, au Liban ou à Gaza. Oui, beaucoup de gens l’ignorent, mais la plupart des habitants de Gaza massacrés ou déplacés actuellement sont déjà des exilés sur leur propre terre : des enfants et petits-enfants de personnes chassées en 1948. Une errance et une souffrance sans fin, depuis 75 ans.

De leur côté, les autorités israéliennes et leurs historiens affirment que les Palestiniens auraient principalement fui à la suite d’ordres des dirigeants arabes, tandis que des historiens indépendants estiment que l’exode a été planifié par les autorités israéliennes.

C’est la thèse étayée par Ilan Pappé, proche de l’historiographie palestinienne, qui compare ce grand exode palestinien à une «épuration ethnique», un choix politique et planifié par les fondateurs d’Israël. En 2008, il publie «Le nettoyage ethnique de la Palestine», une recherche documentée sur cette création de l’État d’Israël à partir d’expulsions systématiques et de méthodes qu’il qualifie de «génocide progressif». La tragédie actuelle lui donne raison.

Ilan Pappé vit aujourd’hui en Angleterre, après avoir subi des harcèlements et des évictions au sein du monde universitaire israélien. Il a aussi publié, entre autres, les livres : «La propagande d’Israël» ou «Les dix légendes structurantes d’Israël», travaillant sur l’imaginaire dominant servant à justifier la domination coloniale.

En décembre, le média littéraire ActuaLitté révélait que les éditions Fayard avaient suspendu la vente du livre «Le Nettoyage Ethnique de la Palestine». Un libraire expliquait que les sites de commandes destinés aux professionnels du livre indiquent que ce dernier est en «arrêt définitif de commercialisation». Cette suspension est incompréhensible : la question palestinienne connaît un regain d’intérêt, et le livre de Pappé se vendait de plus en plus.

Ce retrait semble donc idéologique et il a eu lieu après la prise de contrôle en novembre d’Hachette Livre, qui contrôle Fayard, par le milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré. Ce dernier avait nommé à la tête de Fayard Isabelle Saporta, chroniqueuse chez RTL, BFM et Europe 1, et macroniste convaincue, provoquant le départ de plusieurs grands auteurs qui lui reprochaient «une allégeance à l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy» selon Le Monde. Un petit monde.

Cette censure de l’ouvrage d’un chercheur israélien n’est qu’une des offensives de l’Empire Bolloré. Les médias du milliardaire ont été à l’avant-garde de la propagande de guerre israélienne et des pires discours génocidaires et islamophobes depuis le 7 octobre.

Cette inquiétante affaire s’inscrit dans une chasse aux sorcières de grande envergure en France : censure de toute voix critique d’Israël dans les médias de masse, diffusion en flux continu des éléments de langage de l’armée coloniale, arrestations de syndicalistes pour «apologie du terrorisme», diffamations très violentes et systématiques contre la France Insoumise, dessin animé «Wardi» racontant la vie d’une fillette de Gaza retiré des projets scolaires par le rectorat de Paris, pressions au sein du monde de la recherche pour ne pas parler de la question palestinienne. Et pour couronner le tout : interdiction et répression de toute expression collective pour la Palestine.


Si la cancel culture existe, elle vient de l’extrême droite raciste, impérialiste et liberticide, et des milliardaires qui contrôlent ce pays.


Ajout : Les éditions La Fabrique, indépendantes du milliardaire fasciste, ont récupéré les droits d’édition et devraient à nouveau proposer le livre en mai 2024.

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