Antifascisme : le meilleur hommage, c’est continuer le combat


Mémoire des luttes


Hasard du calendrier : ce 21 février, alors que le résistant antifasciste arménien Missak Manouchian, tué par les nazis, et sa compagne Mélinée sont envoyés au Panthéon par un gouvernement néo-pétainiste en présence de l’extrême droite, cela fait exactement 29 ans que le Front National a commis un assassinat raciste. Avant de subir des représailles.

À Marseille, entre 1991 et 1998, l’extrême droite s’implante, le FN obtient ses premières victoires électorales et gagne ses premières mairies.

Durant ces années, onze attentats contre l’extrême droite ont lieu dans la Cité Phocéenne et aux alentours, revendiqués par «Les Francs-Tireurs et Partisans». Le nom du groupe communiste ayant agi sous l’occupation, celui de Missak Manouchian.

Par exemple, en 1991, trois cocktails Molotov sont jetés contre le siège du FN à Marseille. En octobre 1992, des bâtons de dynamite soufflent un restaurant où doit se réunir le Front National de la Jeunesse. Le Consulat d’Italie est visé avant la visite du président italien Silvio Berlusconi. Celui qui, avant Sarkozy et Macron en France, a banalisé l’extrême droite et même gouverné avec. Avec les conséquences que l’ont connaît.

Le 21 février 1995, des colleurs du Front National, équipés d’armes à feu, tirent sur des adolescents non-blancs à Marseille. Ils en tuent un : Ibrahim Ali, 17 ans. L’affaire choque la France.

La réponse ne se fait pas attendre : dès le mois d’avril 1995, 500 grammes de plastic explosent dans le garage du secrétaire départemental du Front National. L’action est signée «FTP» et revendiquée en hommage au jeune homme assassiné.

Le 21 février 1996, un an jour pour jour après ce crime, les «FTP groupe Missak Manouchian» revendiquent l’explosion du local du FN.

En tout, quatre attentats contre des locaux du Front National sont signés «FTP» avec ce message : «Ibrahim Ali a été assassiné. Nous n’avons pas oublié. Des quartiers Sud aux quartiers Nord, pas de quartier pour le Front national».

En 1998, la salle de concert de Vitrolles, ville FN, est sabotée avant un spectacle néo-nazi. Mais les actions s’arrêtent avec l’interpellation d’Yves Peirat après une longue enquête policière. Ce militant, un petit-fils de républicain espagnol, est arrêté en 1999. Il expliquera qu’«historiquement le fascisme ne s’est jamais combattu dans les urnes. Par contre, les fascistes sont souvent arrivés au pouvoir par les urnes».

Au procès, un ancien résistant des FTP historiques, Jacques Jurquet, 78 ans à l’époque, vient témoigner pour soutenir le plastiqueur antifasciste. Il déclare à la barre : «moi, j’ai fait sauter des voies ferrées, ça m’a valu des médailles».

Ces actions ne sont pas isolées. Le 28 février 1992 en Corse, des indépendantistes envahissent l’aéroport d’Ajaccio avec une banderole «fascisti fora». L’avion de Le Pen est détourné à Calvi. Le soir même, énormes affrontements à Ajaccio. Le meeting du FN est annulé et le leader frontiste chassé de l’île. Des émeutes ont lieu à Nantes, Grenoble, Rennes ou Rouen à chaque déplacement de Jean-Marie Le Pen.

Dans les années 1990, s’en prendre à l’extrême droite était encore une évidence pour la majorité de la population. Aujourd’hui, les fascistes sont quotidiennement sur tous les plateaux télé.


Cette approche de l’antifascisme est loin, très loin de la cérémonie mortifère organisée par le régime ce 21 février 2024.


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