Éric Hazan : la mort d’un éditeur de combat


Nous apprenons le décès d’Éric Hazan, écrivain, militant, et fondateur de la maison d’édition La Fabrique, à l’âge de 88 ans, après une longue vie de combats.


Portrait d'Éric Hazan, cigarette en main et regard pétillant.

Né dans une famille juive en 1936 il avait, dans son enfance, dû rester caché pour éviter les persécutions du régime de Vichy. Fils d’éditeur, Éric Hazan avait d’abord fait une brillante carrière de chirurgien, tout en multipliant les combats pour la justice, notamment en soutenant les indépendantistes algériens. Dès 1975, il est membre de l’Association médicale franco-palestinienne et offre ses services de soignant au Liban. Plus tard, il fonde en 1998 une maison d’édition engagée, La Fabrique. Celle-ci publie depuis plus de deux décennies des ouvrages qui aident à penser le monde et nourrissent la révolte.

«Il souhaitait publier des livres qui soient des armes, des livres qui fassent bouger les lignes, et il fut toujours auprès des luttes : celles des filles voilées, du peuple palestinien, des camarades traqués par l’antiterrorisme ou matraquées par la police, de ses auteurs et autrices calomniées par la morale réactionnaire» expliquent Stella Magliani-Belkacem et Jean Morisot, de la maison d’édition.

Éric Hazan s’insurgeait contre l’oppression coloniale, à Alger comme à Gaza, dénonçait sans relâche la société de contrôle et la répression, racontait la Révolution française et la Commune avec un enthousiasme sans faille et prophétisait de grands soulèvements. Il était aussi un excellent connaisseur de Paris, ville qui lui a inspiré plusieurs écrits et dont il aimait le “tumulte”.

Avec La Fabrique, il a permis l’éclosion de nombreux ouvrages qui ont formé la nouvelle génération révolutionnaire. Parmi eux, les textes du Comité Invisible, la récente réédition du livre d’Ilan Pappé «Le nettoyage ethnique de la Palestine» qui avait été supprimé des rayons, mais aussi «Comment saboter un pipeline», incontournable traité d’écologie radicale, ou encore le tout nouveau «Première Secousse», le manifeste des Soulèvements de la terre.

Plusieurs de ces ouvrages sont encore scrutés par différents services de police, et parfois même utilisés dans le cadre de procédures judiciaires : les livres restent des outils redoutables. Signe de l’effondrement de la liberté d’expression et du rétrécissement de l’horizon, l’an dernier, un responsable de la Fabrique avait été arrêté à Londres, en vertu d’une procédure anti-terroriste.

Éric Hazan nous avait aussi fait l’honneur d’intervenir à Nantes en 2016, après le mouvement tumultueux contre la Loi Travail, alors que nous organisions un enterrement symbolique du Parti Socialiste et une “Université d’été des luttes”. Il venait traiter d’un thème ambitieux : “Vivre sans gouvernement”. Nous avions alors rencontré un homme à l’œil pétillant, à l’insubordination intacte et d’une grande modestie.

«Nous sommes orphelin•es mais son héritage nous protège en ces temps obscurcis où les monstres qu’il a toujours combattus se dressent sous les formes les plus obscènes» écrivent encore Stella Magliani-Belkacem et Jean Morisot de La Fabrique.

Alors que le milliardaire Bolloré constitue un immense empire néofasciste dans le monde des médias et de l’édition, et que Netanyahou et ses relais assimilent toute critique d’Israël à de l’antisémitisme, la disparition de la voix d’Éric Hazan laissera incontestablement un grand vide. Mais elle a semé dans les esprits de nombreuses graines de résistance, qui continueront de fleurir pour longtemps.


Le site de La Fabrique : https://lafabrique.fr/

Les ouvrages d’Éric Hazan et de sa maison d’édition sont à retrouver dans toutes les bonnes librairies.

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