Nantes : la police gâche la fête, elle est tenue en respect


Récit d’une soirée de liesse et de répression


Soulagement, incrédulité, joie, inquiétude… Les sentiments se mêlaient confusément sur la Place Bretagne à Nantes, dimanche 7 juillet à 20h.

Une foule de plusieurs milliers de personnes était réunie depuis le début de la soirée pour assister collectivement aux résultats plutôt que de les subir isolément. Un rassemblement organisé par les différentes forces qui font vivre les luttes sociales et les résistances nantaises : syndicalistes, jeunesse autonome, paysan-nes, associations… En attendant le verdict, la place avait été redécorée, avec des affiches, des pochoirs, et un immense tifo d’une vingtaine de mètres déployé : “Face au fascisme, refus d’obtempérer”. Mais la tension était palpable.

À l’annonce des résultats, une onde résonne, comme une grande délivrance. Puis un tonnerre d’applaudissements et le désormais classique slogan : «Siamo tutti antifascisti», alors que des fumigènes colorent l’atmosphère. Une syndicaliste de Solidaires rappelle que le combat est devant nous, même si Macron vient de subir une défaite, le Parti Socialiste ne sait que trahir et les fascistes sont en embuscade. Des percussions entraînent des centaines de personnes dans une ronde dansante. Face à la situation politique inattendue, la foule hésite : partir en manifestation comme prévu ? Rester sur place ?

Vers 21h, des banderoles emmènent un cortège de milliers de personnes en direction de la rue du Calvaire. Mais un énorme dispositif policier barre l’accès. Première provocation. Des sonos portatives diffusent des chansons de JUL. L’ambiance est encore festive, joyeuse, légère, mais elle se heurte à un mur de casques, de boucliers et de lance-grenades prêts à déchainer la violence. Alors que la manifestation avance tranquillement, une énorme salve de grenades lacrymogènes atterrit sur le défilé. «La police vote pour l’extrême droite, la police a perdu les élections !» crie un mégaphone.

Il paraît clair que les forces de l’ordre, déçues du résultat, cherchent à se venger. Une compagnie de CRS 8 – la «super compagnie» créée par Darmanin, particulièrement violente – et un blindé ont été d’ailleurs déployés à Nantes. L’État français se préparait à une possible victoire du RN, et à organiser le transfert de pouvoir à Bardella en écrasant les manifestations.

Le cortège se reforme, repart, encadré, mais fait à nouveau face à ce gros dispositif policier. Place du Bouffay, la foule veut occuper la place pour y faire la fête, comme à l’époque des Nuits Debout. Mais la police l’en empêche, encore. En réponse, des feux d’artifice partent dans sa direction. Nouvelles salves de gaz. La CRS 8 lance plusieurs charges brutales dans le dos des manifestant-es. C’est la confusion. Des balles en caoutchouc sont tirées sur la foule composée de gens sans protections, pour la plupart un verre à la main et en liesse. Les forces de l’ordre veulent empêcher la fête.

C’est dans ce contexte qu’un engin incendiaire repousse une charge de la CRS 8. Ce lundi, les médias ne montrent que cela, sans raconter les attaques policières gratuites qui avaient lieu depuis le début du défilé. La presse ne parlera pas de «légitime défense» d’un cortège qui n’aurait fait «que se défendre».

Des feux d’artifice crépiteront jusqu’à 23h autour de la Place du Commerce et la soirée continuera dans des bars nantais dans une joyeuse ivresse.

À Paris, Lille ou Lyon, les témoignages sont similaires : la police a chargé et gazé une foule qui fêtait les résultats.

Cette soirée, et la violence déclenchée par la police, démontrent que les résultats électoraux n’ont pas d’influence sur le niveau de répression. Que le gouvernement soit macroniste ou social-démocrate, la police est désormais un corps autonome et tout puissant, massivement fascisé, qui utilise la violence comme arme politique. Cette force armée n’hésitera pas à se liguer contre un gouvernement de gauche s’il touche à ses intérêts et à déchainer sa brutalité s’il faut soutenir l’extrême droite.


Il faudra donc beaucoup plus qu’une timide victoire du Front Populaire dans les urnes pour déboulonner l’État policier, et permettre d’obtenir des jours heureux.


Images : Oli Mouazan, Nicolas Mollé, CA

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